Cachez-moi ce nazisme, qui fait recette sur Amazon...

Clément Solym - 11.02.2020

Edition - Economie - Amazon nazis livres - documents vente nazisme - libraire choix éditoriaux


En matière de commerce, qui gardera les gardiens ? Quand un cybermarchand décide de supprimer de la vente des ouvrages, qui lui donnerait tort, quand il s’agit d’ouvrages nazis ? Par exemple, quand Amazon choisit de déréférencer les livres de David Duke, et d’autres fondateurs du parti nazi américain, que dire ?

Nazi toys
Peter Merholz, CC BY SA 2.0
 

Selon les dernières estimations du New York Times, Amazon disposerait du marché du livre papier et numérique, contrôlant les deux tiers des ventes aux États-Unis. Mais il est toujours commode de se déclarer modeste commerçant, qui choisit ce qu’il vend. En l’occurrence, comment blâmer l’attitude du marchand qui préfère supprimer des ouvrages aux thèses ouvertement antisémites ?
 
Ils seront en effet peu nombreux à déplorer que la prose de David Duke, ancien chef du Ku Klux Klan, ou celle de George Lincoln Rockwell, le fondateur du parti nazi américain, ne soient plus disponibles. En vertu de la formule consacrée, « Amazon se réserve le droit de déterminer si le contenu offre une expérience acceptable », s’entend-on répéter.
 

Moi Amazon, libraire...


Sauf qu’évidemment, il n’existe pas de critères objectifs préalables qui permettraient de se faire une idée de la ligne éditoriale et marchande mise en place. Pourtant, Amazon, qui depuis longtemps a coupé les ponts avec ses origines de vendeur de livres, sait toujours aussi bien se draper dans sa dignité de… libraire.

« Les libraires prennent chaque jour des décisions sur la sélection des livres qu’ils choisissent de proposer », répond la firme dans un communiqué — et manifestement, sans s’esclaffer. 

Une attitude d’autant plus intéressante qu’au cours des dernières années, Amazon s’est amplement fait reprocher de laisser vendre de la propagande nazie, voire des artefacts et documents conspirationnistes… 

Au point de faire prendre parfois des précautions excessives, comme ce fut le cas lors de la réédition du Maître du haut château de Philip K. Dick par Titan Books. En effet, l’éditeur avait choisi de gommer les symboles trop forts comme les croix gammées, les aigles, éradiqués numériquement de l’uniforme et de la Statue de la Liberté. Dans cette uchronie, ce sont en effet les Allemands qui ont gagné la Seconde Guerre mondiale. 

Aucune intervention directe d’Amazon, mais une prudence de l’éditeur, qui impliquait également une vigilance par rapport au marchand — en plus de précautions juridiques… Sauf que, l’ouvrage porte justement sur le triomphe du IIIe Reich, sans faire l’apologie du régime : pourquoi supprimer ces marqueurs ? 

D’autant que dans la série adaptée du roman, produite par Amazon, les croix gammées ne manquent pas. Ah oui, mais dans une révision du livre portant sur la production, les symboles ont justement disparu : troublant.
 

Le flou complet


C’est bien cette opacité dans les choix qui agace : Gregory Delzer, libraire dans le Tennessee, à Nashville (Defunct Books), est remonté. « Si les dirigeants d’Amazon sont si fiers de leur position morale, ils devraient publier les mémos sur les livres qu’ils interdisent, au lieu de maintenir vendeur et acheteur dans le flou. »

Dans cette histoire, le premier amendement de la constitution américaine n’est jamais loin. Laisser aux clients la possibilité d’acheter ce qu’ils souhaitent est un critère de liberté impossible à franchir. Et c’était d’ailleurs le mot d’ordre de Jeff Bezos en 1998, quand il affirmait que son entreprise allait vendre tous les livres — « le bon, le mauvais, le hideux ».

Évidemment, avec le temps, la notoriété et les investisseurs, ces critères ont progressivement disparu. Quant à parler de premier amendement, ce dernier s’exerce aussi pour le marchand : quelle que soit sa taille, il peut exercer un droit de refus de vente, sans qu’on vienne lui chercher des poux dans la tonsure. Sauf que la nuance devient fine : et si les ouvrages critiquant Amazon devenaient persona non grata ?

Après, la suppression de documents nazis est une chose : leur disparition totale, une autre. Parce que si certains sont supprimés, les étals numériques regorgent encore de documents douteux. Avec des notations souvent très positives. Encore une fois, les règles et les gardiens…


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