Calibre : On voudrait couler la petite édition, on ne ferait pas autrement

Clément Solym - 29.06.2011

Edition - Economie - calibre - petite - edition


« Je suis épuisée de cette histoire », nous confie une éditrice. Depuis maintenant deux mois que la situation dérive, et que la liquidation à l'amiable a été mise en place, les relations entre Calibre et les éditeurs distribués par ses soins deviennent délétères.

C'est que le temps durant lequel la liquidatrice s'est saisie du dossier n'aura apporté aucune solution, jusqu'au dernier courrier en date, expliquant que les éditeurs engagés n'avaient pas vraiment d'autre solution que de s'asseoir sur 50 % des sommes qui leur étaient dues, au cours du premier trimestre - après déduction des 20 % déjà payés. (notre actualitté)

Boire la coupe jusqu'hallali ?

« Calibre était un service rendu aux petits éditeurs, mais qui était avant tout tenu par la caution morale du Syndicat national de l'édition, et du Syndicat de la librairie française. On a un véritable sentiment de trahison dans cette affaire. Et sans parler du manque complet de transparence, sur la possibilité de quitter ou non Calibre », nous explique-t-on.


« Nous n'aurions jamais pensé qu'une structure fondée [NdR : en 2006] par le SNE et le SLF pourrait s'effondrer. C'est un peu comme d'imaginer que la BnP ferait faillite. Avec Calibre, l'éditeur était payé à 90 jours au lieu de 120 pour un plus gros distributeur, c'était tout de même une solution appréciable. »

Pollen et autres disséminations...

Contacté par ActuaLitté, Benoît Vaillant, de Pollen nous explique que les conditions financières pour l'expédition et les retours seront les mêmes que celles pratiques par Calibre. Cependant, « j'effectue le rachat d'un fonds de commerce, donc concernant les dettes, je ne peux rien faire. Il y a beaucoup de bonne volonté dans Calibre et l'on reprend à ce titre une partie de l'équipe, mais nous ne pouvons pas être responsables de l'héritage qui est laissé ».

Quitter le navire ? Non, tout le monde coule

Le 30 juin sera la date butoir, au terme de laquelle Calibre sera donc repris par la société Pollen. Or, selon un article du contrat liant les éditeurs au distributeur, en cas de liquidation judiciaire, il était possible de résilier son engagement. Chose que certains ont tenté de faire. Oui, mais... « On nous a simplement expliqué que cet article n'avait aucune valeur juridique et que nous ne pouvions donc pas dénoncer le contrat qui nous liait. Et la liquidatrice était tenue de présenter un bouquet d'éditeurs au futur repreneur, ce qui a entraîné de notre point de vue, une véritable prise d'otage. Nous étions dans l'impossibilité de partir. »

Heureusement, plusieurs maisons nous ont assuré qu'elles étaient parvenues à trouver un nouveau distributeur. « Comment accepter de travailler avec une société qui nous serait imposée ? La distribution, c'est une histoire de confiance avant tout. Je ne peux pas laisser mon catalogue aux mains, si sérieuses soient-elles, de personnes avec lesquelles je n'ai pas choisi de travailler. »

Communication au rabot


Certaines maisons concernées ont décidé de ne pas se rendre à la réunion prévue le 5 juillet prochain, où la liquidatrice doit expliquer clairement comment se passera la transition. « Une transition ? Mais pour quelle durée ? Encore une fois, on ne nous explique rien, et nous nous retrouvons au pied du mur. Lorsque la liquidation à l'amiable de Calibre a été annoncée, les éditeurs l'ont appris en même temps que les libraires. Et évidemment, la publication dans Livres Hebdo de l'information n'a rien arrangé. Panique complète ! Et surtout, panique pour tout le monde. On me demandait sans cesse qui allait désormais distribuer mes ouvrages - et finalement, il n'y avait plus de commandes, parce que la peur s'était diffusée. »

Pour l'heure, les maisons ont pu obtenir le paiement de 20 % des sommes dues durant le 1er trimestre, ainsi que la totalité du mois d'avril. « Pourquoi ? Je n'en ai aucune idée... Ce que je sais, c'est qu'à aucun moment nous n'avons pu négocier. La seule chose qui nous est offerte, c'est de signer ce coupon expliquant que l'on renonce à 50 % du chiffre du 1er trimestre. On voudrait couler la petite édition que l'on ne s'y prendrait pas différemment. »

Paiement en liquidations

Même son de cloche chez un autre éditeur francilien. « Quel rôle le SNE et le SLF veulent-ils désormais donner à la petite édition pour l'avenir ? Les talents découverts et repris par les grandes maisons sont bien souvent originaires de là. Est-ce que ce travail de découverte va disparaître ? Pardon, mais la fin de Calibre entraîne un vrai merdier ! »

Et d'ajouter : « Un petit éditeur est par définition fragile. Avec de telles conditions pour la reprise, certains ne s'en sortiront pas. Et que l'on m'excuse un élan d'égoïsme, mais moi-même, je ne suis pas certain de pouvoir m'en tirer. »

Conclusion de l'un de nos mutiples interlocuteurs : « Surtout que durant les deux mois de la liquidation, n'importe qui aurait pu partir, et trouver un autre distributeur. Il aurait suffi que la liquidatrice fasse un mail à Dilicom, pour leur demander d'envoyer les commandes au nouveau distributeur. Mais cela n'a jamais été accepté. »

La suite au prochain épisode...