Cameroun : le procès de Patrice Nganang pour “apologie de crime” et “menaces” reporté

Antoine Oury - 15.12.2017

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L'écrivain camerounais Patrice Nganang devait comparaître ce matin devant le tribunal de première instance de Yaoundé, mais son procès a été reporté au 19 janvier 2018, selon son avocat, Me Emmanuel Simh. L'auteur est désormais jugé pour « apologie de crime » et « menaces » après un post sur Facebook qui visait le président Paul Biya.

 

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Patrice Nganang en 2010 (Georges Seguin, Okki, CC BY-SA 3.0)

 

Après une nouvelle nuit passée en détention à la prison de Kondengui, l'écrivain Patrice Nganang, dont les livres sont publiés en France par Gallimard, Vents d'ailleurs, Philippe Rey, L'Harmattan, Le Serpent à Plumes, Motifs ou encore Magellan et Cie, a vu son procès reporté au 19 janvier 2018, rapporte l'AFP qui s'est entretenue avec son avocat, Me Emmaneul Simh.

« Je n’ai pas eu accès à son dossier, mais il est poursuivi pour “apologie de crime, outrage à corps constitué et menaces” », indique encore la défense de l'écrivain. Les précédents chefs d'accusation, « outrage au chef de l'État » et « immigration illégale », auraient finalement été abandonnés. Issa Tchiroma Bakary, porte-parole du gouvernement du Cameroun, affirme que la plainte s'appuie sur un post Facebook de l'auteur, dans lequel celui-ci aurait écrit :
 

Mais faites-moi confiance, et je ne blague pas - je l'ai devant moi, lui Biya, et ai un fusil, je vais lui donner une balle exactement dans le front. Je le dis depuis Yaoundé où je suis. Lui aussi.


D'après l'avocat de l'auteur, interrogé par RFI, Nganang risquerait au maximum 5 années de prison.
 

Difficile de savoir exactement ce qu'il en est : à l'origine, l'arrestation de l'auteur, le 6 décembre dernier, était expliquée par le gouvernement avec des faits d'« outrage au chef de l'État », puis d'« immigration illégale ». Selon les premiers éléments, c'est une tribune de l'écrivain dans le journal Jeune Afrique qui aurait mis le feu aux poudres.

 

Cameroun : l'écrivain Patrice Nganang toujours en garde à vue


Patrice Ngagang y critiquait la gestion gouvernementale des zones « dites anglophones » du Cameroun, où le français est majoritaire. Ngagang affirmait que cette appellation n'était qu'un moyen pour le gouvernement de faire taire arbitrairement l'opposition à Paul Biya, le président du Cameroun. 

« Il faudra sans doute un autre régime politique pour faire comprendre à l’État que la mitraillette ne saurait endiguer une foule en mouvement. Seul le changement au sommet de l’État pourra régler le conflit anglophone au Cameroun » indiquait l'écrivain dans le texte publié le 1er décembre.