Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Camisoles, violences et effets papillon : la rentrée romanesque

Béatrice Courau - 26.07.2017

Edition - Les maisons - rentrée littéraire romans - Chambon Inculte Gaia - éditeurs diffusion Actes Sud


Reprenant avec enthousiasme notre « fashion week libraires », c’est sous l’aile bienveillante des éditions Actes Sud que nous avons eu le privilège de découvrir les titres proposés pour la rentrée littéraire par les éditions Jacqueline Chambon, Le Rouergue, Gaïa et Inculte, romans marqués par le sceau de l’indépendance et des choix parfois radicaux de ces éditeurs.

 

 

Chez Jacqueline Chambon, c’est d’abord le texte Les femmes sont des guitares (dont on ne devrait pas jouer) de Clemens J.Setz, que nous présente l’éditrice : Nathalie, jeune soignante androgyne dans une maison médicalisée, observe sans concession les pathologies mentales qui se vivent sous ses yeux, en particulier celles d’un patient rageur et violent, lui-même aux prises avec la maltraitance perverse et sadique du mari de sa victime.



 

Autre texte attendu : Les bijoux bleus, bouleversant premier roman qui prend sa source dans la réalité. Filiz, une jeune Kurde de Turquie, mariée à 12 ans, mère à 13, va vivre terrorisée sous la coupe d’un homme violent qui pense qu’une femme bien tenue par son mari doit toujours être ornée de « bijoux bleus ». Un fil rouge sang, la virilité s’exprimant par une violence ritualisée effroyable. 

 

Le lumineux et sensuel roman de Pascal Morin, Une mer d’huile sera publié cet automne par les éditions du Rouergue. L’irruption de Prisca dans le trio formé par Danielle, son fils et son petit-fils, qui se retrouvent comme chaque été pour les vacances, va bouleverser les (des) équilibres anciens, en révélant les manques et frustrations de chacun, et leur permettre de renouer avec eux-mêmes.

 

Notons encore le déroutant et flamboyant premier texte du journaliste Pierre Souchon, Encore vivant, récit autobiographique sur la bipolarité. Après une nouvelle décompensation, se retrouvant en HP, il dresse avec autant de rage que d’humour le portrait de ses compagnons d’infortune, de sa famille, de ses racines.


 

Enfin, toujours dans cette indispensable collection « La Brune », Rachel Corenblit, forte de sa propre expérience d’enseignante, nous chuchote, nous crie, nous rage, dans Les attachants, une année de la vie d’une classe ; 26 portraits, 26 vies d’enfants qui sont autant de témoignages sur la misère sociale, les familles d’aujourd’hui, dans ces zones laissées en déshérence, au milieu desquels, avec amour, humour, colère et frustration ces enseignants se livrent à un combat quotidien qui les fait osciller entre Sisyphe et Prométhée.

 

 

Les éditions Gaïa publieront quant à elles Le pianiste blessé, de Maria Ernestam, cet homme énigmatique qui viendra faire vaciller les équilibres de la relation entre Veronica et Marieke, deux amies d’enfance, en réveillant les fantômes de l’enfance, leurs secrets et leurs rêves. 

 

C’est avec Tangvald, d’Olivier Kemeid, que nous embarquerons, avec ce navigateur aventurier, grand fou fascinant, égoïste et poétique, qui épuisa sept femmes et alla jusqu’au bout de son utopie personnelle. Un grand premier roman d’aventures sur des routes sans chemin.


 

 

 

Publié par les incontournables éditions Inculte, s’inscrivant dans la grande tradition du noir, mâtiné de gothique urbain contemporain, Possession, de Damien Aubel, est le monologue halluciné d’un narrateur devenu dieu, éructant sa haine pour les médiocres, dont les accès de méchanceté frisent le comique, et pour qui la métropole parisienne est une source intarissable d’angoisses. Le récit d’une descente aux Enfers furieusement inquiétante.

 

L’étreinte, d’Adrien Genoudet, cherche à percer le glaçant mystère de Salah Abdelslam : histoire de la sidération devant l’irruption de la violence et du drame, l’écriture puissante, délicate et profonde pose avec justesse les questions fondamentales de nos choix, de nos actes et de nos mémoires collectives et individuelles. 



 

 En présence de Claro (qui illustre magistralement depuis des années le fait qu’un traducteur puisse aussi être un grand éditeur…), c’est avec l’« hénaurme » et protéiforme Jérusalem d’Alan Moore que nous terminons : roman-monde (au titre trompeur pour qui ne fréquente pas les stades anglais), l’auteur mythique de V pour Vendetta, de Watchmen ou des Wildcats signe un texte aux réelles ambitions littéraires, 1280 pages emplies de moments de bravoure narrative que Jérôme Dayre, l’éditeur, n’hésite pas à placer dans le sillage de Rushdie, de Dickens, de Joyce ou de Beckett. Monumental. 

 

 

(à par. 6/09) Clemens J.Setz — Les femmes sont des guitares (dont on ne devrait pas jouer) — Trad. Stéphanie Lux — Editions Jacqueline Chambon — 9782330081577 - 27, 80€ 

(à par. 6/09) Katharina Winkler — Les Bijoux bleus — Trad. Pierrick Steunou– Ed J. Chambon — 9782330081584 — 13,50€

(à par. 16/08) Pascal Morin — Une mer d’huileEditions du Rouergue — 9782812614378 — 13.80€

(à par. 16/08) Pierre Souchon — Encore vivant — Ed. du Rouergue —  9782812614347 — 19.80€

(à par. 16/08) Rachel Corenblit — Les attachants — Ed. du Rouergue — 9782812614361 — 18.50€

(à par. 6/09) Maria Ernestam – Le pianiste blesséEditions Gaïa — 782847207934 — 24€

(à par. 16/08) Olivier Kemeid — Tangvald — Ed. Gaïa - 9782847207910 — 19€

(à par. 30/08) Damien Aubel — PossessionEditions Inculte — 9791095086451 — 15.90€

(à par. 20/09) Adrien Genoudet — L’étreinte — Ed. Inculte – 9791095086468 — 16.90€

(à par. 30/08) Alan Moore — Jerusalem — Ed. Inculte — 9791095086444 — 28.90€

 

Le catalogue des nouveautés éditeurs de la rentrée littéraire 2017


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