Canada : Face aux enquêtes on se souvient du "temps où PEN était libre"

Julien Helmlinger - 25.07.2014

Edition - International - PEN Canada - Organes caritatifs - Censure


La vague de vérifications lancée par l'Agence du revenu du Canada, une cinquantaine d'enquêtes visant à contrôler les activités politiques des organisations caritatives du pays,  fait des remous. Elle aurait le don d'effrayer ceux soucieux de conserver leur droit de recueillir des fonds par l'entremise des dons déductibles d'impôt, et ne va pas sans éclabousser avec elle le gouvernement conservateur de Stephen Harper. En effet, une part de ces organisations désormais sous le coup de l'observation, notamment PEN, aurait la réputation de s'être opposée par le passé au parti du Premier ministre. 

 

 


CC by 2.0 par Heather 

 

 

Les principales prérogatives du PEN sont de défendre les écrivains emprisonnés ou opprimés par des régimes dictatoriaux, et défendre la liberté d'expression au sens plus large, ce qui l'aura parfois amené au Canada à prendre position sur des sujets nationaux. Il avait notamment pris de vigoureuses positions contre le gouvernement fédéral en marge de mouvements anti-mondialisation, en 1997 comme en 2001, alors qu'Ottawa avait cherché à museler les manifestants et journalistes.

 

Selon John Lorinc, ancien membre du conseil d'administration du PEN au cours de cette période, l'organe caritatif ne craignait alors pas de représailles du gouvernement. Le PEN aurait travaillé en étroite collaboration avec les ministres des Affaires étrangères du gouvernement fédéral. L'auteur et membre Warren Kinsella s'affairait par ailleurs en tant que conseiller du gouvernement de Jean Chrétien, sans que l'organe n'ait à se priver de faire savoir haut et fort lorsqu'il s'opposait à la politique d'Ottawa..

 

Or pour John Lorinc, qui évoque « le temps où le PEN était libre », les enquêtes du moment s'apparentent à une forme de harcèlement sous couvert de vérification comptable. Elles contraignent ces oeuvres de défense de l'intérêt public à des enquêtes coûteuses, et qui viseraient à les censurer. Sous le gouvernement Harper, PEN poursuivit ses actions militantes, pointant notamment le musellement de scientifiques et un projet de loi contre la criminalité en ligne qui fut jugé excessif. Or l'organe qui s'est spécialisé dans la dénonciation de la censure sait que cette dernière peut prendre des formes diverses.

 

La censure ne se limite pas à l'enfermement de penseurs, et les gouvernements totalitaires ne manquent pas d'idées pour faire passer la pilule de manière plus subtile, rappelle John Lorinc. À l'heure où le gouvernement de Stephen Harper dénonce certaines violations des droits de l'Homme ayant lieu dans la Russie de Poutine, l'écrivain y voit une ironique forme d'hypocrisie.

 

Mais pour John Lorinc, la bataille du PEN pour la liberté d'expression ne serait pas perdue pour autant, au contraire, car tandis que l'être humain est bien souvent attiré par ce que l'on lui interdit, et notamment les oeuvres censurées en littérature, il espère que cette campagne répressive d'Ottawa va susciter un soutien accru à la défense de la libre expression au Canada. Selon l'écrivain : « Les conservateurs ignorent les leçons du passé à leurs propres risques et périls politiques. »