Canada : l’illustration pas assez reconnue dans le Prix du Gouverneur général ?

Victor De Sepausy - 25.11.2016

Edition - International - illustration - gouverneur - général


Le Conseil des arts du Canada, depuis 80 ans, récompense les créations littéraires canadiennes à travers une série de prix dont la valeur est aujourd’hui internationalement reconnue. Mais un changement apporté en 2014 à la catégorie des livres de jeunesse illustrés du prix du Gouverneur général nourrit une forte polémique. Différents illustrateurs ont signé une tribune dans Le Devoir afin de demander le rétablissement de la première version de ce prix créé en 1987.

 

 

A l’origine, ce prix récompensait l’illustration d’albums de littérature de jeunesse. Mais depuis 2014, rebaptisé prix de « littérature jeunesse – livres illustrés », il vient récompenser un duo, à savoir l’auteur des textes et la personne qui a signé les illustrations. Cet "amalgame" ne plait pas vraiment aux illustrateurs qui ne s’y retrouvent plus.

 

Cette situation s’avère d’autant plus problématique quand un artiste canadien collabore avec un artiste étranger car pour être éligible à cette récompense l’ouvrage doit être intégralement signé par des Canadiens.

 

Pour défendre leur point de vue, les illustrateurs assurent dans leur tribune que « ce prix est vite devenu la récompense la plus prestigieuse accordée dans le milieu de l’illustration au Canada et a permis à des créateurs d’ici d’être reconnus, encouragés, soutenus et de connaître un rayonnement sans précédent sur tous les continents. »

 

Et d’ajouter qu’« En créant cet amalgame entre auteur et illustrateur jeunesse, elle nuit à la reconnaissance du métier d’illustrateur, un art à part entière. De plus, la prise en compte de l’apport du texte pour récompenser l’illustration a de lourdes conséquences, notamment sur la composition et l’expertise des jurys — auparavant formés de pairs — et qui sont maintenant composés d’auteurs et d’illustrateurs (en 2016 : une auteure jeunesse, une poète/traductrice et un peintre/illustrateur), n’étant pas toujours outillés pour juger pleinement la qualité et l’authenticité du travail d’illustration. La crédibilité du prix s’en voit ébranlée. »

 

Arash Mohtashami-Maali, directeur du service des lettres et de l’édition au Conseil des arts du Canada, a finalement pris la plume pour répondre également dans Le Devoir en tentant de conforter les choix opérés par son institution.

 

Il assure ainsi qu’« après des années de dialogue avec l’ensemble de la communauté littéraire, incluant les auteurs, nous devions admettre que l’ancien prix de cette catégorie ne reconnaissait que le travail des illustrateurs et isolait l’auteur. Depuis 2014, l’esprit de ce prix renoue avec celle des GG, soit célébrer l’excellence d’une oeuvre. Dans cette catégorie, l’oeuvre littéraire est le fruit d’un remarquable, égal et indissociable travail de l’illustrateur et de l’auteur. C’est la base, le fondement même de cette collaboration. Ainsi, la nouvelle catégorie de livres illustrés respecte l’esprit généreux et inclusif des prix GG et, en même temps, célèbre le travail des artistes. »