Canada : La critique littéraire en danger, l'édition aussi

Nicolas Gary - 04.02.2013

Edition - International - journalistes - critique littéraire - édition


Les journalistes littéraires, victimes du désintérêt de la part des lectures, pour les nouveautés littéraires ? Voilà qui n'est pas banal. Surtout quand les rédactions desdits journaux décident de restreindre les budgets. Ainsi, au Canada, deux publications, le Toronto's Globe et le Mail, qui faisaient la part belle aux livres, et publiaient l'équivalent d'une liste des meilleures ventes du New York Times, ont décidé de prendre les mesures qui s'imposaient...

 

 

@GreatDismal review in VN

illustir, (CC BY 2.0)

 

 

C'est ainsi que deux noms de la presse littéraire, Martin Levin et Jack Kirchhoff, considérés comme les meilleurs critiques du pays, se retrouvent sans emploi. Mais la situation n'est pas nouvelle. Au cours de l'été 2012, la direction des journaux avait déjà décidé de couper radicalement la présence de critiques dans ses colonnes. 

 

Pour Kirchhoof, c'est l'absence de publicité qui est évoquée pour justifier son départ - question toujours délicate, quand on sait les liens qui unissent la presse à l'édition, sur les enjeux publicitaires. C'est que la critique littéraire débusque rarement des scoops sociaux, qui font la Une des grandes gazettes. 

 

Pour Levin, l'autre problématique, c'est la vitesse à laquelle les journalistes sont aujourd'hui contraints de sortir leur papier : l'urgence d'être le premier est primordiale, comme si la première critique était définitive - et loin de s'inscrire dans une série de conversations entre les lecteurs, pour alimenter les débats.

 

Bien entendu, la fin de cette période a entraîné une levée de boucliers de la part des journalistes. L'Union des écrivains du Canada a immédiatement diffusé un communiqué pour faire part de sa désapprobation. Et se demandant même si l'on n'assistait pas à un clair désintérêt de la part des médias pour la critique littéraire. 

 

Ce qui pose problème, c'est que les deux hommes n'ont pas été licenciés, mais bien restructurés : le nouvel emploi de Kirchhoff n'a pas été dévoilé, mais celui de Levin est connu. Il va désormais travailler à la section nécrologie... 

 

Levin ne décolère pas : « Les rubriques littéraires se tarissent, ce qui est un problème quand on sait combien elles sont importantes pour notre identité culturelle. Je suppose que les blogs l'emporteront désormais, mais ils ont tendance à interpeller des gens qui sont déjà d'accord avec le point du vue du bloggeur. »

 

Merilyn Simonds, directrice de The Writers' Union of Canada, va plus loin. Selon elle, c'est une perte pour les quotidiens, autant que pour les lecteurs des journaux que de découvrir cette situation. « Non seulement il sera plus difficile pour les livres de trouver des lecteurs, mais les discussions littéraires en cours, que déclenchent des critiques de qualité seront réduites au silence, ou tout du moins, à un simple murmure. »