Canada : Les librairies francophones en danger en Ontario

Louis Mallié - 26.06.2014

Edition - International - Ontario - Québec - Librairie


En Ontario, province la plus peuplée du Canada, les libraires francophones craignent pour leur avenir. La semaine dernière, l'Express Ottawa rapporte que le Centre franco-ontarien de ressources pédagogiques (CFORP) a annoncé la suppression de deux employés de la Librairie du Centre, dans la région d'Ottawa.... Les cinq librairies franco-ontariennes, dont trois sont établies à Ottawa, se sentent chaque jour plus menacées.

 

 

Le point Champlain à Ottawa,

Jkelly, Domaine public

 

Depuis quelques années, plusieurs librairies ont ainsi été contraintes de fermer boutique à cause de leurs difficultés financières croissantes : en 2009, la Librairie Champlain de Toronto après quasiment 50 ans de service, suivie de près en 2011 par la Librairie Grand ciel bleu du Sudbury.

 

« Les francophones représentent un marché plus petit que les anglophones », explique Michel Levesque, directeur de la Librairie du Centre. « Sans compter que sur les 500 000 Franco-Ontariens, une bonne partie d'entre eux a le réflexe de ne lire qu'en anglais. » Pour autant, cette difficulté de vendre dans les librairies en français serait moins à attribuer à un désintérêt pour la littérature francophone qu'à la concurrence ardue des sites de vente par correspondance, la diffusion des ouvrages dans les grandes surfaces, ou encore tout simplement la concurrence des grosses chaînes de librairies.

 

En plus de ce contexte économique difficile, car de transition, s'ajouterait une législation défavorable : « Les librairies québécoises peuvent vendre en Ontario, mais nous ne pouvons pas vendre au Québec », explique Michel Levesque, faisant référence à la loi 51. Celle-ci stipule que seules les librairies agréées peuvent être fournisseuses des institutions publiques : bibliothèques municipales et scolaires, ministères, etc.  Or, cette loi n'existant qu'au Québec, le marché du livre obéit purement et simplement aux lois de la concurrence en Ontario...

 

« Au Québec les librairies obtiennent 40 % du prix des livres. En Ontario, la moitié de ce revenu est dès lors distribuée directement pour ces institutions publiques. Pour nous, c'est évidemment des revenus en moins pour payer le salaire de nos employés, ou encore les coûts informatiques », souligne Michel Levesque. Et si les solutions au mal grandissant semblent évidentes, elles demeurent, selon le journal ontarien « difficiles ».

 

« La solution serait bien entendu de développer une politique d'achat de la part de nos conseils scolaires francophones et nos bibliothèques publiques pour éviter qu'elles se tournent vers le Québec », explique Marc Haentjens, directeur général des Éditions David.  Une idée qu'approuve Yves Turbide, directeur général de l'Association des auteurs et auteurs de l'Ontario français (AAOF) : «Nous voulons nous assurer auprès des conseils scolaires francophones de l'Ontario que l'entièreté des achats ait lieu en Ontario.» Car le problème est bien celui de cette législation à sens unique pointé par Michel Levesqe : «Nous savons qu'une partie [ des achats ] se fait toujours au Québec. »

 

Pour autant, le directeur de la Librairie du Centre demeure sceptique vis-à-vis de ces solutions à un problème qui demeure lié à l'identité de la province : « L'Ontario se rapproche culturellement d'un modèle anglo-saxon dans sa gestion des librairies. C'est donc quelque chose d'accepté culturellement. »