Canada : Un livre sur la migration forcée d'enfants au XIXe siècle

Julien Helmlinger - 26.08.2014

Edition - International - Sean Arthur Joyce - Histoire du Canada - Migration forcée


On n'enterre pas toujours proprement la hache de guerre, comme en attestent ces rancunes qui survivent souvent aux conflits du passé. Chaque nation semble ainsi poursuivie par ses fautes morales jusqu'au moment où elle les reconnaîtra en révisant le récit de son Histoire officielle. Si l'on préfère généralement conserver ses propres cadavres au placard, l'écrivain, poète et journaliste Sean Arthur Joyce, de Colombie-Britannique, a choisi de mener son exorcisme de front en prenant pour sujet une page refoulée de l'histoire canadienne.

 

 

 

 

Cet épisode tragique, que l'écrivain évoque en son livre intitulé Laying the Children's Ghosts to Rest, concerne la migration forcée d'enfants à destination du sol canadien au cours du XIXe siècle. Une pratique qui se propageait également à destination d'Australie, Nouvelle-Zélande et Amérique du Sud. Cette vague migratoire fut impulsée par la missionnaire évangélique écossaise Annie MacPherson, depuis sa résidence de Londres en 1879. L'enfer était pavé de bonnes intentions.

 

Ainsi aurait scellé le destin de plus de 100.000 gamins, souvent utilisés à leur arrivée là où l'on ne manquait pas de travail à pourvoir. Le gouvernement canadien en 2009, par l'intermédiaire de son ministre de l'Immigration, a officiellement annoncé qu'il ne présenterait aucune excuse pour son implication dans le trafic soi-disant caritatif. Contrairement aux gouvernements du Royaume-Uni et d'Australie qui ont tous deux présenté les leurs.

 

Joyce, quant à lui, s'est récemment découvert descendant de l'une des victimes. Il a donc abordé le sujet avec passion, mettant à profit ses habitudes de poète et d'investigateur pour raconter l'histoire de cette rafle et des enfants qui furent du voyage. Pour la majeure partie Britanniques et Irlandais, parfois orphelins, certains sortaient de l'hospice, quand beaucoup auraient été des pauvres que leurs parents espéraient voir promis à une existence plus aisée.

 

Finalement leur destination, dans les maisons et fermes du Canada, ne garantissait pas qu'ils seraient idéalement logés et blanchis. Le livre évoque ainsi la malnutrition, les mauvais traitements,  conditions insalubres et autres abus sexuels dont les plus mal lotis firent l'objet.

 

L'écrivain estime qu'il était nécessaire de s'écarter de toute parodie historique, que semblent chérir la classe politique. Il explique avoir cherché plutôt à tirer les conclusions du passé avec la volonté d'éviter que les choses ne se reproduisent.