Cannibaliser les librairies et leur travail de rencontre avec les auteurs

Clément Solym - 21.10.2012

Edition - Librairies - librairies indépendantes - cannibaliser - site en ligne


Quand on parle de cannibalisation des ventes, il serait plus intelligent d'évoquer celles du net sur la librairie physique. Mais en pointant que c'est bien le consommateur qui l'induit, en faisant ses emplettes mentalement dans une librairie, avant de se précipiter sur le net, pour profiter de prix plus attirants. Comment inciter un client à acheter dans sa librairie, plutôt que sur un site de e-commerce ? Hmmm...

 

 

 

En France, comme dans d'autres pays disposant d'un prix unique du livre papier, cette question ne devrait pas avoir à se poser ; un livre en librairie aura le même prix dans l'un comme dans l'autre, mais la communication fait la différence, au point de convaincre que le livre serait moins cher, acheté en ligne. 

 

Outre-Atlantique, outre-Manche, sans régulation du marché, la vie des libraires est plus complexe. Lissa Muscatine et Bradley Graham, propriétaire de la librairie Politics & Prose, ont avancé une réponse sur leur blog. Avec une question simple : pourquoi choisir d'acheter dans l'anonymat d'Amazon, ou au profit d'une grande chaîne de librairies, plutôt que de privilégier les indépendants ? (via Media Bistro)

 

Pour y répondre, les librairies sont passées par un autre prisme : l'accueil des auteurs pour des rencontres avec le public. Au fil du temps, et avec les difficultés économiques croissantes, les libraires ont modifié leurs politiques. Certains font payer les clients pour venir à la rencontre des auteurs, d'autres tentent de faire payer les éditeurs, le tout avec des possibilités de remises sur l'achat du livre, au final.

 

L'idée n'est pas stupide, bien au contraire. Elle est simplement impensable en France. 

 

Mais ces changements découlent de ce que les ventes de livres baissent. Et qu'il faut couvrir les coûts de fonctionnement de leur établissement. Politics & Prose résiste fortement à l'idée de faire payer ses clients, lors de l'organisation de petits événements, et cette décision se maintient, quand bien même les difficultés vont croissantes. 

 

« Si une librairie indépendante propose des événements, dans le cadre de sa mission, bâtir une communauté, pourquoi un Amazon, anonyme, lointain, ou une grande chaîne, profiterait du travail des indépendants ? »

 

« Oui, le livre peut-être acheté moins cher ailleurs, mais les magasins de brique et de mortier, comme P & P offrent des programmes qui permettent aux clients de rencontrer des auteurs, de recevoir des conseils personnalités, de personnels spécialisés, prendre des cours avec les autres personnes de la communauté, et de rejoindre des groupes de lecteurs. » 

 

Remercier ses clients fidèles, et leur donner l'occasion de le rester, voilà bien la gageure. Les établissements français disposant du Label LIR, octroyé par le ministère de la Culture, via le CNL, sont encouragés à multiplier les rencontres et les animations.

 

Mais dans l'idée d'ouvrir les librairies à tout un chacun, et leur octroyer un fonds de soutien, comme la région Île-de-France va le présenter cette semaine, ne serait-il pas essentiel que toutes les librairies profitent d'une aide pour organiser des rencontres, sans discrimination ?