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Capitale culturelle de l'Europe 2013, Marseille, en proie aux vers

Clément Solym - 22.05.2012

Edition - Economie - Marseille - poésie - cipM


Information ActuaLitté : La situation va de mal en pis à Marseille. Alors que la semaine passée, nous apprenions que l'exposition consacrée à Albert Camus serait tout simplement annulée, pour une série de divergences complexes, c'est de nouveau du côté du Centre international de la poésie que les regards se tournent.

 

En effet, le cipM nous avait alertés en… février 2011 de ce que sa situation devenait critique. Alors que l'année Marseille Capitale de la Culture 2013 était ouverte en grande pompe, le Centre ne pouvait que constater que les crédits qui lui étaient alloués diminuaient comme peau de chagrin. En effet, le centre international de poésie Marseille explique que depuis 1996, son budget a été rogné en permanence. Ce fut d'abord une coupure de 35.000 € entre 96 et 2008, puis 10.000 € de moins l'an passé et enfin, 30.000 € de budget coupé pour l'année 2011. Marseille, capitale culturelle, certes, mais à quel prix ?

 

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Emmanuel Ponsart, directeur du cipM, était perplexe : « Cette décision de la mairie nous a été notifiée par email, sans aucune justification. Mais je n'ai pas l'impression d'avoir démérité, depuis la création du Centre - à l'initiative de la ville, en 1990. Entre temps, nous avons créé une revue de 300 pages, organisé des événements internationaux, ouvert un site internet... avec un budget qui n'a cessé de diminuer. » (voir notre actualitté)

 

En avril dernier, à l'occasion de l'exposition Hundertwasser, la diffusion d'un tract tentait d'attirer l'attention de tous, élus et grand public sur le devenir du Centre. Mais manifestement, et malgré ses propos alarmants, les pouvoirs publics n'ont toujours pas donné suite. En effet, la nomination annoncée en 2008 de Marseille comme capitale européenne pour la culture avait incité les acteurs du cipM à se mobiliser. Et chacun de s'atteler « à la préparation de projets à proposer à Marseille Provence 2013, fiers de vivre et de travailler dans la ville qui allait devenir capitale, ville qui s'engageait résolument vers un avenir culturel, comme l'avait fait quelques années plus tôt la ville de Lille ».

 

Mais aujourd'hui, et après plusieurs tentatives de faire prendre conscience à la Mairie de la situation financière, « c'est la douche froide ». Malgré l'ensemble des activités et des manifestations dont le cipM s'est chargé et « à quelque mois du début de l'année capitale, après avoir amputé notre budget de 30 000 € en 2011, la Ville de Marseille nous supprime 30 000 € supplémentaires cette année, faisant ainsi passer la subvention au cipM (7 salariés) de 260 000 € en 2010 à 200 000 € cette année !!! »

 

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La mort de l'organisme, à ce rythme, est donc prévue pour l'année 2019, date à laquelle les subventions n'existeront tout simplement plus pour l'établissement. Pourtant, « le Centre national du livre nous a missionnés pour porter et organiser un projet de lectures en plusieurs langues du pourtour de la Méditerranée (à partir des ateliers de traduction créés par le cipM : IMPORT / EXPORT) lors du temps fort consacré au livre par Marseille Provence 2013 (17-20 octobre) », souligne le cipM.

 

"Aucune explication, absolument aucune"


Joint par téléphone, le directeur du Centre est désolé, « une fois de plus de devoir agiter la lanterne rouge. Nous avons eu un rendez-vous avec l'adjoint au maire, Daniel Hermann, au mois de février. Ce dernier nous avait expliqué qu'il n'y aurait pas d'augmentation du budget, ce qui était douloureux, bien entendu. Mais il nous avait surtout garanti que l'on n'aurait pas non plus de diminution. Et que constate-t-on ? Que sans aucune explication, absolument aucune, nous voici dans une situation plus délicate encore que l'an passé ».

 

Le cipM compte tout de même la plus importante bibliothèque de poésie d'Europe, et figure parmi les établissements de références, soutenus par le Centre national du Liver. « L'adjoint m'avait assuré que ce n'était pas l'absence de hausse de la subvention qui nous tuerait. Ah ça ! Ce n'est pas un programme très ambitieux que de ne pas faire mourir la structure, alors qu'approche cette année de capitale de la Culture. »

 

Un nouveau rendez-vous a été réclamé avec la mairie. Pour l'heure, la demande attend elle aussi...

 

La Mairie n'a pas pu nous donner de plus amples renseignements pour l'heure.