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Caravansérail, une librairie francophone à Londres qui mélange les cultures

Bouder Robin - 09.08.2017

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En juin dernier, Laura Cleary et Anne Vegnaduzzo ont fait le pari d'une vie : ouvrir une librairie-galerie francophone à Londres. Caravansérail est née de l'envie de ces deux cousines de mélanger et faire découvrir différentes cultures, littéraires ou artistiques, et de mettre en avant la francophonie dans la capitale britannique. Un défi de taille mais brillamment relevé.

 

Vitrine de Caravansérail - Laura Cleary et Anne Vegnaduzzo



« Le caravansérail, c'était un lieu sur la route de la soie où les marchands et les nomades s'arrêtaient pour passer la nuit, faire une pause ; un lieu d'accueil et d'échanges, marchands et culturels. » Pour Laura Cleary et sa cousine Anne Vegnaduzzo, le choix du nom de leur librairie tombait sous le sens. Caravansérail célèbre depuis son ouverture en juin dernier la francophonie en terre britannique, dans un quartier qui lui aussi fait écho à ce nom particulier.

 

« On s'est installées dans le quartier de Brick Lane, qui a vu arriver de nombreuses vagues de migrants, dont beaucoup de Français à la fin du XVIIIe siècle », raconte Laura Cleary, qui travaillait jusqu'ici à l'ambassade de France du Liban. « C'est un quartier d'accueil, où il y a eu beaucoup d'interactions entre différentes cultures ; le concept s'y intégrait bien ! » Un concept qui ne s'arrête pas à vendre de la littérature francophone en terre étrangère...
 

Quand art et littérature ne font qu'un

 

« Nous nous sommes installés à Shoreditch parce que le lieu était propice à la rencontre entre la littérature et différentes formes d'art ». L'idée était de créer un lieu de rencontres, d'échanges entre Français et Anglais, mais aussi entre différentes cultures. Ainsi, Caravansérail n'est pas une librairie comme une autre : elle comporte également une galerie d'art, dans laquelle sont organisés toutes sortes d'événements culturels et artistiques.

 

Des concerts acoustiques, des stand-up comedies, des spoken words – déclamations de textes sur un mode poétique ou musical – ou encore des vernissages. « Le premier mois, nous avons accueilli un artiste français, Mathieu Persan ; ce mois-ci et jusqu'au 5 septembre, c'est au tour du photographe Johann Bertelli, qui a également dessiné, en qualité d'architecte, la librairie-galerie. »

Bien sûr, d'autres événements plus axés sur la littérature sont prévus : lectures, signatures, discussions entre auteurs et traducteurs... « On aimerait inviter des maisons d'édition, organiser des ateliers... Ces choses que font les librairies ! »

 


Le tout est de favoriser la discussion entre plusieurs corps de métier, confrontant par exemple des artistes et des écrivains... en français et en anglais, bien sûr : il faut s'adresser à tout le monde, et pas besoin de parler français pour visiter les expositions. Quant aux ouvrages en eux-mêmes, « on compte environ un quart de livres en français. Des auteurs anglais traduits en français, du livre jeunesse, du livre d'art... »
 

Une librairie qui répond à un réel besoin

 

Le public aussi est hétéroclite, rassemblant tant des curieux ayant quelques rudiments de français – ou pas – que de véritables francophones. Et ceux-ci sont bien plus nombreux qu'on pourrait le penser... D'où la décision de bâtir Caravansérail à cet endroit.

 

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« À l'est de Londres il n'y avait rien », raconte Laura Cleary. « Pourtant, il y a une importante communauté de francophones qui travaillent à l'est de Londres, ou dans la City, que ce soit dans la mode, le design ou l'architecture... » Et en effet, selon ses estimations, 150.000 francophones sont enregistrés au consulat. Français, Canadiens, Britanniques ayant appris le français à l'école... Il y a donc de la demande, beaucoup ne pouvant acheter de livres en français de façon pratique.


« Il y a vraiment un marché : on répond à un besoin, puisque les livres francophones sont très peu disponibles à Londres et Amazon n'est pas très efficace, trop cher et trop long ; d'un autre côté, on crée un besoin chez ceux qui n'auraient pas pensé naturellement à lire en français. » Pour ceux-là, Laura Cleary admet que la tâche est plus compliquée, et c'est dans la communication qu'il faut savoir se réinventer, pour se faire connaître.

 

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La librairie vient d'ouvrir, mais connaît déjà de très bons retours des clients, et Laura Cleary est confiante : Caravansérail est la 3e librairie francophone de la capitale, il y a donc de la place sur le marché pour répondre à une forte demande. Comme elle conclut très justement : « Il y a toujours un potentiel ; on aura toujours besoin de plus d'espace pour la culture. »

 



 

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