Caricatures : Mahomet loin d'être 'Intouchable' pour Charlie Hebdo

Clément Solym - 19.09.2012

Edition - Société - Charlie Hebdo - caricatures - Mahomet


Un brin routinier, Charlie Hebdo vient de faire l'annonce suivante sur sa page Facebook suite à la fermeture de son site « une fois n'est pas coutume, le site de Charlie est en rade... on reprend donc nos habitudes sur notre bon vieux blog ». Et pendant que Charb le directeur du journal s'attire à nouveau les foudres pour des caricatures de Mahomet jugées « compromettantes », les abonnés sont redirigés sur le blog du journal satirique.

 

 

 

Le nouveau numéro qui vient de paraître est déjà épuisé en kiosques, représentant Mahomet en fauteuil roulant. La communauté musulmane s'est aussitôt levée pour condamner ces dessins et ses représentants étaient reçus à la mi-journée par Manuel Valls, l'actuel ministre de l'Intérieur qui a maintenu une position ferme quant aux éventuelles retombées, appelant chacun « à faire preuve de responsabilité ». Il soulignait " qu'aucune manifestation troublant l'ordre public ne serait tolérée ».

 

Les autres caricatures du prophète sont situées en quatrième de couverture et représentent Mahomet avec un nœud papillon, s'apprêtant à lire la liste des nominés pour l'Oscar du meilleur film antimusulman : d'où le titre Intouchables II. L'une de ces caricatures montre Mahomet dénudé, dans une parodie d'une scène du film Le Mépris de Jean-Luc Godard, où Michel Piccoli admire la chute de reins de Bardot. 

 

Rien de bien méchant, mais le passif est lourd pour Charlie et ses drôles de dessins et le contexte international « sensible ». Hier soir, Jean-Marc Ayrault n'assumait pas en dépit de la liberté de la presse.  Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères a également réagi « contre toute provocation, surtout dans une période aussi sensible que celle-là », il ajoute qu'il « y a des lois en France, qui ne sont pas les mêmes que les lois ailleurs, permettant un certain nombre de choses et excluant un certain nombre d'autre chose ».

 

Manuel Valls, qui a reçu les responsables du Conseil français du culte musulman (CFCM), a enfin donné le dernier mot, refusant toute remise en cause du « droit d'expression, celui de l'information, de l'opinion, de la caricature dans le cadre évidemment de la loi », expliquant que « les tribunaux sont là pour être saisis par ceux qui se considéreraient comme offensés ».

 

Et puis quoi encore ?

 

Le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, a lancé un « appel au calme » mardi soir, appelant chacun « à ne pas verser de l'huile sur le feu ». Il affirme aussi avoir appris avec beaucoup d'étonnement, de tristesse et d'inquiétude l'existence de cette  publication qui risque d'exacerber l'indignation générale du monde musulman. Le CFCM s'est aussitôt dit « consterné » par la publication de « dessins insultants » pour Mahomet. 

 

L'hebdomadaire avait subi la destruction de ses locaux, en novembre dernier, après la parution d'une version baptisée Charia Hebdo. Il s'est donc défendu dans les règles mardi, invoquant la liberté de la presse : « Si on commence à interdire de dessiner Mahomet, qu'est-ce que ce sera ensuite ? Il ne faudra pas dessiner des musulmans tout court », expliquait Charb pour Europe 1, « Ensuite il ne faudra pas dessiner quoi ? Des cochons, des chiens ? Puis au tour des êtres humains ? »

 

« Si on commence à céder sur un détail, c'en est fini de la liberté de la presse et s'il faut tenir compte du contexte, le contexte mondial ne sera jamais favorable à rigoler de l'islam radical ou des religions en général. Si on tient compte du contexte, on ne parlera plus de rien, la presse satirique est condamnée et c'est foutu » a-t-il ajouté. Au nom du même Mahomet, certains ont fait passer le satanique des versets au poète, à savoir Salman Rushdie. (voir notre actualitté) Aux États-Unis, mais surtout en Lybie, les violentes polémiques déclenchées par le documentaire bidon Innocence of Muslim, ajoute encore à la tension ambiante.

 

De son côté, Ahmed Djaballah le président de l'Union des Organisations Islamiques de France (UOIF) dénonce une provocation « inutile, injuste et insultante ». Liberté, institutions religieuses et droit jouent donc des coudes dans cette affaire, « Nous condamnons les caricatures de Charlie Hebdo qui recommencent les mêmes idioties et les mêmes ignominies. Cela relève d'un syndrome psychiatrique », a déclaré Dalil Boubakeur, lors de sa dernière conférence de presse. 

 

Pour l'instant aucune plainte n'a été déposée, mais certaines institutions en étudieraient déjà la possibilité...