« Casting la voix » au Festival du livre audio, ou la réappropriation de la lecture

Justine Souque - 23.05.2016

Edition - Les maisons - festival liver audio - réapproprier lecture voix - lecture haute voix


Mikhaïl Bakhtine parlait, dans Esthétique et théorie du roman (1975), de la dimension polyphonique du roman moderne. Une notion qui a eu un écho retentissant pendant les lectures du « Casting la voix » organisée par le Festival du livre audio, à la Médiathèque André Malraux de Strasbourg, le 21 mai 2016. 

 

 

 

Parmi 9 textes présélectionnés par La Plume de Paon, association en faveur du développement du livre audio, chaque participant a interprété l’extrait de son choix devant un jury de professionnels. Tous amateurs, quelques candidats ont pratiqué le théâtre, ou ont été des « donneurs de voix » (bénévoles qui enregistrent des livres sonores gratuits).

 

Au-delà de ces distinctions, ils ont partagé, le temps d’une journée, le plaisir de faire vivre le texte, d’y ajouter leur propre interprétation, leurs propres émotions, et de s’écouter les uns les autres. Après chaque prestation, le jury a été généreux en conseils et en encouragements. 

 

Pour un même texte, des tonalités différentes, comme les facettes d’un seul prisme : tour à tour, des accents tantôt sensuels, tantôt poignants ; une gestuelle plus ou moins marquée ; une confidence, puis une déclamation. Mais alors, existerait-il d’un côté des lectures fidèles aux supposées intentions de l’auteur, et de l’autre, une liberté totale de la part d’un lecteur subjectif ? 

 

Cette question se pose notamment après une remarque récurrente de la part du jury, et des désaccords sur cette même question entre ses membres : faut-il absolument respecter la ponctuation d’un texte pendant une lecture à voix haute ? Pas de réponse tranchée, à vous de vous exercer pour y répondre...

 

Après avoir écouté successivement les participants, on est tenté de penser à une nouvelle définition de la lecture, en tant qu’expérience concrète. La lecture à voix haute donnerait matière à penser aux théoriciens littéraires ! Car pendant ce casting, nulle directive : c’est le ressenti de chaque interprète amateur qui prime. 

 

Comme quoi, même si nous recevons et jugeons une œuvre en étant guidés par son titre, par le genre auquel elle appartient, bref, par tout ce qui entoure le livre (ce qui forgeait, selon Hans Robert Jauss, notre « horizon d’attentes »), force est de constater que la sensibilité individuelle est encore loin d’être théorisée.