Ce mois de décembre 2018, où Emmanuel Macron mourut assassiné

Nicolas Gary - 22.05.2018

Edition - Les maisons - Emmanuel Macron assassinat - roman François Médéline - Tuer Jupiter Macron


Ne le cherchez pas encore. Attendez-le simplement avec impatience. Le nouveau roman de François Médéline, Tuer Jupiter va faire frémir. Parce que, comme son nom l’indique, il s’agit bien de l’assassinat d’Emmanuel Macron – au sens littéral, et littéraire.


Abbaye parmi les chênes de C. D. Friedrich (Alte Nationalgalerie, Berlin)
Jean-Pierre Dalbéra, CC BY 2.0
 

 

Médéline, Médéline, avec un nom qui sonne comme un cartel de Colombie, on s’attend à tout. D’ailleurs, il vaut mieux. Tout débutera le 2 décembre 2018, mettant la planète sens dessus dessous : le plus jeune président de la République française a été assassiné. On porte sa dépouille au Panthéon, devant les caméras du monde entier, et la consternation du peuple français.

 

« Le pays, le gouvernement et ses proches demeurent incrédules face à son assassinat. Ne reste plus qu’à remonter le temps pour suivre les ramifications du complot qui a conduit à cette fin », indique l’éditeur. 

 

Fictionner le réel, voici la première des interrogations : au cours des dix dernières années, l’auteur a travaillé comme chercheur en sciences politiques. Immergé dans « un monde où l’on côtoie toutes sortes de folies et d’excès », il s’est ainsi lancé dans l’approche romanesque. 

 

« Emmanuel Macron est un personnage intéressant, qui incarne très bien notre époque, un personnage de transition », poursuit-il. Loin d’un Donald Trump, terrifiant, certes, mais dont le potentiel comique est « hors du commun ». Alors voici que ce « roi solaire au sommet de la République française » meurt donc assassiné. 

 

Évidemment, le XXIe siècle ne peut pas envisager la mort d’un chef d’État occidental sans que le spectre de JFK ne plane. Une influence inconsciente, garantit François Médéline, d’autant plus qu’Emmanuel Macron en a clairement joué – à l’occasion de ses vœux en janvier dernier. 

 

À la croisée des mondes entre une modernité qui « a pris le risque de raser le monde politique tel qu’il existait depuis 1945 », le président est également l’incarnation d’un monde ancien. « La politique fait naître chez certains un sentiment de toute-puissance et l’on finit par exister pour se mettre en scène », relève François Médéline.

 

Le livre comptera parmi les sorties de la rentrée littéraire : il faudra donc s’armer de patience pour le découvrir, mais nous en reparlerons assurément. Et pour en donner un avant-goût aux libraires qui hésiteraient, voici un extrait du roman. 

 


François Medeline © Hacquard et Loison

 

 

Dimanche 2 décembre 2018 

DE TOUS LES DIEUX la porte du paradis 

— Paris — À partir de 13 h 02 (heure locale) 


Le DS7 Crossback vira à gauche sur le quai des Tuileries et se plaça au cœur du triangle isocèle formé par les vingt-huit motocyclistes de la Garde républicaine. Un véhicule de combat d’infanterie version VPC de la 7e brigade blindée avec huit hommes et un cercueil dans le ventre suivit les rubans incolores tracés dans la neige par les quatre roues du SUV et les cinquante-six roues des Yamaha FJR 1300. 

 

L’itinéraire du cortège mortuaire avait été nettoyé, les quais évacués. Aucun véhicule, aucun humain, aucune feuille d’arbre, aucun chien, aucun papier, aucune affiche. Propre. Seuls quarante-deux hommes et une femme pouvaient évaluer au sol l’instant capté dans les airs par le drone multirotor OnyxStar FOX-C8-HD. 

 

Le cortège redémarra. Claire Arnoux précisa sur BFM : « Brigitte Macron a souhaité que le cercueil drapé aux couleurs de la nation soit à l’intérieur du véhicule, avec les soldats, alors qu’il était disposé sur le blindé au départ de la Boisserie pour les obsèques de Charles de Gaulle, quand le général avait permis que les hommes et les femmes de France et d’autres pays du monde fassent à sa mémoire un dernier hommage avec les yeux, mais dans le silence ». 

 

Le président Larcher examina ses ongles manucurés. Il observa le ciel se diluer dans la Seine. Brigitte Macron chercha à décoder la signature République française du tableau de bord au-dessus des genoux du capitaine du GSPR, un gars de 2,13 m et 142 kg qui faisait du 52 de pointure. La signature était beige et assortie à la toile de laque. Le garde du corps était noir et assorti à personne, Le chauffeur s’inquiétait de son rétroviseur central, du petit mec à képi bleu clair posté derrière le canon de 25 qui semblait déterminé à défoncer la vitre du hayon arrière, et de son clone dont un sommet de tête à peine dépassait vers l’avant des huit mètres de métal vert, marron, kaki. 

 

Le bleu, le blanc et le rouge claquaient au-dessus du porte-drapeau du véhicule présidentiel, comme le centaure jailli d’une croix avec force et avec audace » sur le blindé de l’armée de terre. Le cortège ralentit, quitta le quai Aimé-Césaire et fila sur l’avenue du général Lemonnier avant de réapparaître au croisement des rues de Rohan et de Rivoli. Il approcha, place du Carrousel. Un gant Dior lâcha par le toit ouvrant panoramique une poignée de pétales de roses que le drone montra au monde, soufflés vers le sommet de la pyramide du Louvre et le clocher de Notre-Dame (...) 

 

Le SUV noir pénétra rue Soufflot dans son V de protection motorisée. La foule applaudit derrière les barrières métalliques. Le Web crépitait. Les filtres bleu-blanc-rouge recouvraient les photos de profils de 124 908 153 comptes Facebook. Les hommages Twitter équivalaient à la distance de la Terre à la planète Mars. Un Eurocopter 665 Tigre dégagea dans le ciel. Il emporta vers Vélizy-Villacoublay le mouvement régulier de ses pales qui donnaient le tempo et l’angoisse de la guerre. 

 

Le cortège s’immobilisa après la rue Saint-Jacques et ce fut le silence. Le silence dans la foule, dans les salles de presse, sur les canapés, le silence à table et dans les bistrots. (...) 

 

Les escarpins en velours de chevreau de Brigitte Macron foulèrent la moquette carmin. Derrière le cercueil, le président Larcher était rapporté à la pièce, trop petit pour Brigitte Macron, trop gros dans son costume, tout comprimé dans son manteau droit et bleu fermé jusqu’au col. La veuve avait un tailleur noir, des collants noirs, des chaussures noires, le pas sûr. Anne-Claire Coudray fit remarquer sur TF1 que le lunetier parisien François Pinton, qui avait créé en son temps les mythiques lunettes de Jacky Kennedy, avait spécialement conçu la paire de Brigitte Macron et ce subtil verre fumé à travers lequel on percevait la tristesse de son regard. 

 

La trajectoire des huit Alpha Jets de la patrouille de France lécha l’arche de la Défense. Les biréacteurs survolèrent les Champs-Élysées, virèrent au sud au-dessus de la place de la Concorde. La Seine franchie et dans l’axe de la rue Gay-Lussac, les pilotes en formation diamant déclenchèrent à près de 300 km/h les pods fumigènes. Un vrombissement secoua jusqu’aux nuages. Cinq traits de fumée colorée, deux bleus, un blanc, deux rouges, barrèrent le ciel d’un panache tricolore qui rendit à la neige un éclat immaculé sur la triple coupole du Panthéon. 

 

Le cercueil, le président de ra République et la veuve avancèrent jusqu’aux marches qui montaient aux portes monumentales devant lesquelles deux fillettes, Louise et Aïssattou, procédèrent au lâcher de colombes. Deux oiseaux s’envolèrent entre les colonnes centrales du péristyle. 

 

Lorsque les soldats installèrent le cercueil à la croisée du transept, sous le grand dôme et l’Apothéose de sainte Geneviève, 245 341 personnes étaient connectées sur le compte de l’Élysée pour suivre le Facebook Live. Les destroyers stellaires de classe Executor étaient de vieilles carlingues de l’âge glaciaire. Les turbolasers et les canons à ions, des armes de geeks prépubères. La vérité s’écrivait à 300 000 km/s. Le hashtag #RIPEM explosait tous les records de hashtags. Sur le parvis, sous l’inscription AUX GRANDS HOMMES LA PATRIE RECONNAISSANTE du fronton triangulaire, le président Larcher avait les bras ballants le long du corps. La veuve Macron saluait la foule de la main droite. (...) 

 

Le président Larcher et la veuve Macron mirent trente-huit secondes pour traverser la nef et atteindre le pendule de Foucault. François-Charles Bideaux, qui avait réalisé la finale de la coupe du monde de football 2010, demanda à la nénette qui pilotait la Spidercam SC100 Studio de forcer le zoom. La main de Brigitte Macron sembla effleurer le pendule et les voix du chœur berlinois grimpèrent quatre-vingt-un mètres à 332 mis. Sibeth Ndiaye étudia l’image. Elle était pixélisée dans l’angle supérieur droit de son Phone. FCB, c’était son idée. Elle avait marné pour imposer ce réalisateur qui offrait un spectacle irréprochable à toute la putain de galaxie. (...) 
 

1. « Force et audace » est la devise de la BB. 


 

(à paraître 23/08) François Médéline – Tuer Jupiter – Éditions La Manufacture – 9 782 358 872 621 – 16,90 €


Commentaires

Dans l'immédiat, une partie non négligeable du peuple des grenouilles pourrait écrire sur le mur de son couloir préféré"Jupiter m'a tuer". Faute de pouvoir dissoudre le peuple, le monarque vertical à l'érection foudroyante, à la priapique volonté, éradique minutieusement tout ce qui a été conquis de haute lutte sur le plan des droits sociaux par ce peuple en plusieurs décennies. Ce n'est pas une ère de réformes mais une restauration d'un régime ancien où les seuls "privilèges" étaient ceux des biens nés. Suffit-il d'être "jeune" pour justifier une politique de classe impitoyable et cynique? Il semblerait que oui. Enfin, si Jupiter était foudroyé, un autre se lèverait pour finir le boulot de destruction des droits sociaux et finir de rétablir l'ordre ancien. La "firme" a de beaux jours devant elle. Jupiter sur ses cothurnes n'en est qu'un paravent soumis à son agenda.
L'extrait : une description néobalzacienne qui n'a vraiment pas grand-chose d'excitant sur le plan littéraire, on dirait du code sorti d'un ordinateur... mais assurément un très beau coup de marketing...
Cet extrait est juste glaçant par sa froideur numérique et une description peu enthousiasmante du moment! Volontaire? Ce n'est pas un grand moment de littérature pour ce que l'on en lit! Attendons la suite....

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