“Ce qui est important, c’est que les Français écrivent”

Nicolas Gary - 16.10.2017

Edition - Société - journée manuscrit francophone - institut monde arabe - autopublication auteurs éditeurs


Le 20 octobre sera célébrée la Journée du manuscrit francophone. Pour sa cinquième édition, l’événement , dont ActuaLitté est partenaire, prendra place à l’Institut du Monde Arabe. L’occasion de célébrer, avant tout, le plaisir de l’écriture et la volonté de centaines d’auteurs. En 2017, elle a enregistré plus de 1000 dépôts de textes, et 275 seront retenus par le Comité de lecture – représentant une trentaine de pays.

 

Pierre Dutilleul (Editis) et Antoine Gallimard
ActuaLItté, CC BY SA 2.0

 

 

Calquée sur le modèle de la Fête de la musique, initiée par Jack Lang, actuel président de l’IMA, la Journée propose à des auteurs de publier gratuitement leur livre. « L’objectif de la JDMF est d’être un tremplin pour les auteurs vers les éditeurs : à plusieurs reprises, déjà, des romans ont été achetés par des maisons d’édition traditionnelles », souligne Henri Mojon, fondateur de la Journée.

 

Pierre Dutilleul, directeur général du Syndicat national de l’édition, voit dans cette manifestation l’expression claire d’un enjeu pour l’avenir. « L’autopublication représente une véritable réalité qu’il n’est pas possible d’ignorer pour les éditeurs, compte tenu de la masse qu’elle représente. C’est également un chiffre d’affaires qui deviendra significatif à l’avenir. Mais, bien évidemment, nous parlons d’un métier qui est totalement différent de celui de l’éditeur. »

 

Peut-être faut-il revenir à ce qu’est le rôle de l’éditeur, pour mieux appréhender le phénomène, insiste-t-il. « Beaucoup de manuscrits ne sont pas publiables tels que les maisons peuvent les recevoir. En revanche, dans la collaboration qui s’instaure entre l’éditeur et l’auteur, on aboutit à un ouvrage publiable et commercialisable, sous la marque d’un éditeur. » Le travail d’accompagnement, de promotion et de valorisation « est irremplaçable », poursuit Pierre Dutilleul.

 

Reconnaître un phénomène, évident
 

L’offre pléthorique que l’on retrouve dans l’autopublication « aborde des sujets très intéressants, mais, à y regarder de plus près, les textes manquent souvent d’un regard professionnel. Et surtout, le mériteraient, plutôt que d’être ainsi livrés en pâture aux lecteurs. Mais ce qui importe, c’est que les Français écrivent ». 

 

A la manière, peut-être démultipliée, de ce que l’on voit dans l’édition classique, « l’autopublication donne le jour à des milliers et des milliers de parutions. Certains disparaissent dans la masse, sans avoir existé vraiment. Et pourtant, ils peuvent avoir développé une communauté, profité du bouche-à-oreille ».

 

Ainsi, beaucoup d’éditeurs se dotent aujourd’hui d’une structure de veille pour suivre ces publications, « car il pourrait s’y retrouver de futures pépites. Les talents, les éditeurs vont les chercher partout, et pour chacun, ils ont l’espoir de rencontrer un lectorat ». 

 

En tant que marchepied vers l’édition, « la Journée du manuscrit offre une alternative, d’abord pour ceux qui ont essuyé un refus, ou une non-réponse de la part d’un éditeur. Ensuite, organiser un événement autour des manuscrits francophones, c’est reconnaître la vivacité de ce phénomène, et créer une plateforme possible avec l’édition traditionnelle ». 

 

Certes, l’autopublication représente « un plan B, permettant de faire la promotion d’un texte qui n’a pas reçu l’attention d’une maison ». Et dans le même temps, elle offre à des auteurs l’opportunité de conserver « un terrain d’expérimentation. Les auteurs, comme les éditeurs, sont des entrepreneurs : chaque fois, l’auteur explore de nouvelles pistes d’écriture, dont il veut connaître les tenants et aboutissants. Et l’éditeur, lui, investit sur les livres, depuis le premier ».




 

Certains ont la chance de pouvoir trouver plusieurs éditeurs, pour les différents genres dans lesquels ils se décident à écrire, roman, essai, etc. Dans d’autres cas, « l’auteur peut considérer que sa notoriété est devenue assez intéressante pour tenter et réussir par lui-même : c’est aussi un air de liberté qu’il ressent », note Pierre Dutilleul. La mise en avant n’est alors pas la même. « Les éditeurs respectent cette dimension de liberté : il existe bien des auteurs qui écrivent plus qu’on ne peut publier. Le tout est que cela ne s’opère pas dans un esprit de rupture. »
 

 

“Capter l'attention d'un éditeur avec un manuscrit envoyé par la Poste
tient du miracle”


Butiner d’une maison à l’autre, voilà l’occasion pour des auteurs de multiplier les entrées pour leurs ouvrages, mais également le dialogue avec des éditeurs. Mais le directeur général du SNE souligne : « Stephen King avait tenté l'aventure de cette édition sans éditeur : en dépit de son envergure, il en est revenu. »

 

Les auteurs dits hybrides, qui décident de confier une partie de leurs textes à un éditeur, et de se charger d’autres, sont de plus en plus nombreux. Mais avant d’avoir ce choix, Pierre Dutilleul reconnaît que « l’autopublication peut offrir une opportunité. Une fois encore, ce ne sont pas les mêmes métiers, mais ils peuvent ici se rapprocher. Tout ce qui est fait pour mettre en avant des livres est de toute manière positif ».