“Ce sont les auteurs qui font le choix d’avoir un agent”, Valérie Miguel-Kraak

Nicolas Gary - 23.04.2018

Edition - Société - Valérie Miguel Kraak - agence littéraire Hyphen VMK - agent littéraire auteur


Durant une quinzaine d’années, Valérie Miguel-Kraak a « défendu des auteurs de toutes nationalités ». Devenue directrice éditoriale de Pocket, puis de Fleuve éditions et de Kurokawa, elle a choisi de basculer du côté indépendant de la force. Et a fondé l’agence Hyphen VMK. 

 


Valérie Miguel-Kraak
 

 

Hyphen, mais qu’est-ce donc ? En latin, ce symbole désignait le lien entre deux mots qui n’en faisait qu’un seul. Aujourd’hui, les Anglais s’en sont emparés pour désigner un trait d’union. « L’agence est le trait d’union entre les auteurs, éditeurs, et... les autres agents », explique-t-elle à ActuaLitté. 

 

Parmi les ouvrages qu’elle entend défendre, la création francophone occupera une place de choix — Canada, Belgique, France, évidemment. Avec l’envie de puiser dans une large diversité de genres, depuis la littérature au polar, en passant par le développement personnel ou la bande dessinée. « Les textes proposés, s’ils n’ont pas encore été publiés au Canada ou en Belgique, seront tous travaillés avant présentation aux éditeurs. » 

 

Cette idée d’une jonction va s’élaborer avec des sparring-partners (pour les droits étrangers et audiovisuels entre autres) situés à Bruxelles et à Montréal. Il s’agit d’agents représentant des auteurs. 

 

D’un côté, Sharon Galant, de Zeitgeist Media groupe. Depuis 2008, cette agence a ouvert des bureaux à Bruxelles et Sydney. À ce jour, elle représente des auteurs australiens, américains, britanniques et européens ainsi que plusieurs auteurs contemporains chinois, russes et turcs en fiction, et non fiction adulte et jeunesse. On retrouve par exemple Philippe Geluck (hors francophonie) ou le philosophe belge Philippe Chabot. 

 

De l’autre, Patrick Leimgruber, installé au Canada depuis une vingtaine d’années. Il travaille pour l’Agence Goodwin et a fondé en parallèle l’Agence Leimgruber, sa propre structure. Parmi les auteurs publiés en France, Marie-Claire Blais (Le Seuil), Geneviève Lefebvre (Robert Laffont), Michel Tremblay (Actes-Sud), Patrick Senécal (Fleuve noir), Pierre Szalowski (Héloïse d’Ormesson) ou Pierre Gagnon (Autrement). 

 

D’ici au mois de mai, l’agence Hyphen-VMK présentera son catalogue d’auteurs. En attendant, sa fondatrice détaille son projet, déjà bien avancé.

 

ActuaLitté : Que représente pour vous le métier d’agent ?

 

Valérie Miguel-Kraak : Le métier d’agent est en plein essor et en pleine mutation à la fois. Il répond à une évolution du milieu — des cycles plus courts de salariat, des regroupements, des mutualisations de services transversaux — et à une donnée qui reste, elle, inchangée : le besoin — artistique, émotionnel, temporel, juridique, pragmatique — d’accompagnement sans discontinuité des auteurs.

 

Il représente un point d’ancrage face à tous ces changements. Il représente un partenaire objectif — qui n’est ni juge ni partie à la fois — dans la construction d’un auteur. L’édition est un métier de mémoire. L’agent, face à l’incertitude, représente cette mémoire.
 

Pour finir, j’emprunterai une métaphore sportive, étant issue d’une famille d’internationaux de rugby à treize : on n’est jamais un joueur de trop sur un terrain pour marquer un essai. Chacun dans sa partie l’auteur, l’agent, l’éditeur se passent la balle dans un même but : transmettre un texte.

 

Pourquoi cette décision de devenir indépendante ?

 

Valérie Miguel-Kraak : Quand j’ai commencé, chez Solar (après une courte incursion chez Marabout et le groupe Hachette) au département beaux livres, Jean-Marie Messier était à la tête de Vivendi Universal Publishing. Il n’y avait pas d’intranet. On faisait des maquettes en blanc et il y avait un service iconographie (!). 

 

Quinze années plus tard, après avoir assuré trois directions éditoriales au sein du deuxième plus grand groupe d’édition française et passé, pour ma part, le seuil fatidique des quarante ans, l’envie de prendre une sortie d’autoroute, et d’emprunter un chemin moins balisé, qui reste en partie à inventer, a pris le dessus. C’est aussi le désir d’avoir un rapport au temps différent : s’il faut prendre quelques mois supplémentaires avant de présenter un texte aux éditeurs, on les prend.

Mais également pouvoir travailler la francophonie dans toute sa diversité : l’une des premières collections de littérature dont j’ai eu la charge, chez Pocket était la collection « Nouvelles Voix » qui accueillait des primo-romanciers francophones. J’ai ouvert la collection à l’Afrique, la Belgique, la Suisse, notamment.

 

Et j’ai choisi des camarades de jeux hors hexagone — Sharon et Patrick — ayant la même vision, à long terme, du métier. Ne plus être sous une étiquette permet également une liberté d’action plus grande et pouvoir collaborer avec, potentiellement, tous les éditeurs. Enfin le dernier facteur, décisif, a été la sollicitation des auteurs. Ce sont les auteurs qui font le choix d’avoir un agent.

 

Quels sont les segments spécifiques dans lesquels vous souhaitez vous investir ?

 

Valérie Miguel-Kraak : La littérature de genre — policier et thriller — que j’ai eu particulièrement l’occasion de développer chez Pocket et pour la collection « Fleuve Noir » ; la littérature blanche également. Les scénarii de BD. Le développement personnel et les essais. Les premiers textes sur lesquels je travaille actuellement couvrent cette palette : feel good littéraire, polar polyphonique, policier d’atmosphère, thriller historique, pépite littéraire, novella « coup de poing ».

Avec pour point commun, au-delà de l’argument de l’histoire, l’attention et l’exigence accordées à l’écriture. Le fait de ne plus suivre une ligne éditoriale spécifique au sein d’une maison permet d’envisager les projets éditoriaux pour leurs qualités intrinsèques. Le terrain de jeu devient plus vaste : on m’a proposé par exemple des projets jeunesse, des pop-ups.

 

Comment envisagez-vous la gestion des différents droits (audiovisuel, numérique, etc.)


Valérie Miguel-Kraak : En ce qui concerne les droits audiovisuels et les droits dérivés : ce qui prime, c’est le rayonnement de l’auteur et de son texte. Du coup, la gestion se fait au cas par cas et sur mesure. Si certains éditeurs se distinguent particulièrement dans l’audiovisuel ou les cessions de droits, ils auront des arguments de poids. 

 

Par contre si ce n’est pas leur domaine d’expertise, comme, parfois, ils peuvent le dire, plutôt que de bloquer ces droits, autant nous (i.e. l’agent et son auteur) donner une chance de les exploiter. Pour le numérique, si le cas par cas prime ici également, une clause de révision des conditions capée dans le temps est une disposition sensée dans un domaine qui est encore en train d’être défini.




Commentaires

Bravo Valerie. Nous sommes impatients de découvrir tes choix et te souhaitons bons vents. Amitié.

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