Censure au Maroc : Mohammed VI inviolable, fut-ce pas un livre

Clément Solym - 02.03.2012

Edition - International - Maroc - censure - Mohammed 6


Le Roi prédateur, publié aux éditions Seuil, a provoqué la colère des autorités marocaines. C'est qu'on l'oublierait assez facilement, bien qu'à tort : le roi, au Maroc, est sacré, et sa personne est inviolable. Alors, publier un livre à charge, fut-il de journalistes - mais après tout, ces derniers appartiennent plutôt à la plèbe, non ? 

 

Donc Mohammed VI serait un prédateur, amateur de finances, et figurant parmi les plus grandes fortunes mondiales. « Mohammed VI, roi du Maroc, est désormais le premier banquier, le premier assureur, le premier agriculteur de son pays. Il y joue un rôle dominant dans l'agro-alimentaire, l'immobilier, la grande distribution, l'énergie et les télécoms », écrivaient les journalistes.

 

Et à ce titre, Reporters Sans Frontières vient de diffuser un communiqué de presse, pour dénoncer la censure du journal El Pais, qui avait osé publier des extraits de ce livre infâme, le 26 février dernier. « Le ministère de la Communication a justifié cette décision en vertu de l'application de l'article 29 du code de la presse qui bannit tout propos portant atteinte à la personne du roi. Le 16 février, le quotidien espagnol avait déjà été interdit sur le territoire marocain en raison d'une illustration caricaturale du roi », explique RSF. 




 

Or, dans la constitution marocaine, qui s'est fait retouchée durant l'été 2011, on « ne prévoit aucune sanction contre la liberté d'expression, mais la sacralité du monarque est inscrite à l'article 46 : "la personne du Roi est inviolable". Le code pénal prévoit tout un arsenal de sanctions sévères pour quiconque enfreint cet article. Reporters sans frontières déplore cette instrumentalisation du crime de lèse-majesté, qui entrave la liberté de l'information ».

 

Ainsi, RSF dénonce et accuse le pays, où les actes de censure se multiplient. 

 

L'organisation rejoint l'Union des éditeurs internationale, qui avait tiré hier la sonnette d'alarme, demandant au gouvernement marocain de laisser libre cours autant au livre qu'au journal espagnol. 

 

Pour Olivier Bétourné, président de Seuil, et membre de l'UIE : « En interdisant ce numéro de El País qui publiait les bonnes feuilles du livre intitulé Le Roi prédateur, les autorités marocaines prennent à contre-pied le vent de liberté qui souffle actuellement sur la région. L'UIE condamne la censure de ce journal et prend par ailleurs les devants en invitant le Maroc à autoriser la distribution au Maroc du livre Le Roi prédateur. 

 

Retrouver ce livre dans  notre librairie

 

 

Ce livre est certes fort critique du roi du Maroc et de sa cour, mais il est écrit de bonne foi et est le fruit d'un travail d'enquête exceptionnel. À défaut, si la distribution du livre venait à être interdite, l'UIE considérerait que le Maroc contreviendrait à ses obligations internationales en matière de liberté d'expression et de liberté de publier, notamment au titre des articles 19  de la Déclaration universelle des droits de l'Homme et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. » (voir notre actualitté)