Censure : aux comics sacrifiés sur l'autel de la pudibonderie

Cécile Mazin - 03.07.2014

Edition - Bibliothèques - alphabétisation comics - lecture bibliothèques - censure semaine


Ils s'appellent Alan Moore, Marjane Satrapi, Jeff Smith ou Craig Thompson, et leur seul crime est d'avoir publié un ouvrage qui a choqué les esprits bien-pensants. Et chaque année, la Banned Books Week se consacre à la liberté d'expression, en rendant hommage aux livres qui ont été frappés de censure dans les bibliothèques américaines. Avec un focus particulier sur les comics, cette année. 

 

 

 

 

Chaque année, dans les écoles, les bibliothèques, des livres sont balck-listés et supprimés des étagères. « Les gens tentent toujours de supprimer le pouvoir des lecteurs de décider ce que les livres leur procurent, ou procurent à leurs enfants, et tentent de les supprimer des bibliothèques », rappelle l'organisation. Romans, essais, mais également comics, mangas, romans graphiques : tout y passe.

 

Pourquoi ? Simplement parce qu'ils contiennent un langage qui n'est pas policé, ou des contenus pour adultes, du sexe, ou de la nudité, des choses inappropriées en fonction des tranches d'âge. En 2013, par exemple, Bones de Jeff Smith fut le dixième titre le plus interdit dans les lieux publics, mais Persépolis a également été frappé et Fun Home d'Alison Bechdel. 

 

On retrouvera toute une liste de ces titres à cette adresse.

 

Mais au final, est-il nécessaire d'avoir un focus sur les comics, et comment justifier leur place en bibliothèque ? Question stupide, évidemment : quand on s'appelle le 9e Art, il est inenvisageable de ne pas trouver sa place dans un lieu de culture. Mais les organisateurs soulignent aussi que la BD fournit une base d'apprentissage, et permet de séduire des lecteurs récalcitrants, ou encore ceux qui ont des troubles de l'apprentissage - la dyslexie par exemple. 

 

L'alphabétisation par l'utilisation de solutions visuelles est un excellent moyen de participer à la lutte contre l'illettrisme. Les ressources ne doivent pas être négligées, et en aucun cas, être censurées. 

 

Charles Brownstein, directeur du CBLDF, le Comic Book Legal Defense Fund, à l'origine du projet, insiste : « Les parents ont le droit de dire ce qui doit se passer dans leur foyer. Ils n'ont pas le droit de prendre cette décision pour d'autres parents. » Autrement dit : laissons les bibliothèques libres.