Censure : L'affaire Rushdie a démontré l'incompétence des politiques indiens

Clément Solym - 04.03.2012

Edition - International - Salman Rushdie - edition - Jaipur


« Rushdie doit comprendre qu'il ne sera jamais le bienvenu auprès des musulmans d'Inde, du Pakistan, du Bangladesh ou de l'Arabie saoudite, parce qu'il a insulté leur sentiment religieux. S'il vient et donne une conférence, les musulmans seront en colère. » Les propos de musulmans, opposés à la visite du romancier étaient clairs, en janvier dernier. Pourtant, nulle violence ne ressortait encore trop clairement.

 

Le festival du livre de Jaipur allait donc se passer de l'homme aux Versets sataniques, qui, ayant offensé les sentiments musulmans, ne pouvait donc revenir en Inde. Au point qu'une menace d'action terroriste ait plané - avant que ce ne soit l'écrivain lui-même qui dénonce un mensonge de la police indienne, trop anxieuse et mise sous pression par le gouvernement, pour empêcher sa venue. 

 

Finalement, l'intégrisme musulman et le danger terroriste ont eu raison de Rushdie. Et surtout, le gouvernement continue de refuser toute part de responsabilité dans cette histoire. 

 

 

 

Après un mois, William Dalrymple, coorganisateur de cette manifestation, estime finalement que ce n'est pas tant une catastrophe pour la liberté d'expression, que cette omerta contre Rushdie. Elle révélerait plutôt la manière dont le gouvernement autant que les autorités ne parviennent pas à offrir aux écrivains, la liberté d'expression nécessaire. Et en tant que sa venue aurait déclenché des vagues de violences, probablement, l'organisateur considère que Rushdie a bien fait, finalement, en ne venant pas. 

 

« Je n'ai pas l'impression que quelqu'un a été réduit au silence, ni qu'il y ait une véritable conséquence pour la liberté d'expression. Je pense, que, d'une manière positive, tout cela a lancé un débat sur la manière dont les politiciens ne garantissent pas la liberté d'expression des artistes. » (via DNA)

 

Après tout, Rushdie aura été interdit de visite dans le pays, mais également interdit de visioconférence, événement annulé au dernier moment, les organisateurs redoutant de déclencher quelque chose de funeste. Pour autant, Rushdie a accordé une longue interview à une chaîne de télévision indienne, qui fut regardée par plus d'un million de personnes. 

 

Les organisateurs estiment aussi avoir fait une grave erreur, en annonçant à l'avance que Rushdie serait présent pour le festival, en jouant sur un effet d'annonce. Une décision promotionnelle, certes intéressante, mais qui n'aura finalement eu que l'effet inverse... Cette année, 120.000 personnes se sont déplacées pour assister au festival de Jaipur. Une fréquentation qui a doublé en regard de l'an passé. 

 

Tous les ouvrages de Salman Rushdie

 

 

Reste que cette histoire n'est pas complètement finie : un magistrat indien a décidé de porter plainte contre quatre auteurs du pays, Hari Kunzru, Amitava Kumar, Jeet Thayil et Ruchir Joshi, pour avoir publiquement donné une lecture du livre interdit de Rushdie, à l'occasion du festival de Jaipur. Pour l'heure, seules des coupures de presse auraient permis à l'avocat de constituer son dossier, et il serait en recherche de témoins, qui pourraient lui apporter un peu plus d'eau au moulin. (via Times of India)