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Censure, #MeToo : Hachette renonce à publier Woody Allen

Nicolas Gary - 07.03.2020

Edition - International - mémoires Woody Allen - Hachette publier Allen - protestation agression sexuelle


En l’espace de quatre journées, le groupe Hachette a traversé une tempête : sa filiale Grand Central Publishing annonce la publication des mémoires de Woody Allen, et suscite une vague de protestations. Emportée par la fille et le fils du réalisateur – que la première a accusé d’agression sexuelle –, la vindicte aura eu raison de la volonté de l’éditeur. 
 
Woody
Eco Dalla Luna, CC BY SA 2.0



La fête a été brutalement interrompue : quatre jours après que Apropos of Nothing, titre des mémoires du réalisateur, Hachette Book Group renonce. Prévue pour avril, cette biographie a été accueillie fraichement par les enfants Ronan et Dylan Farrow. Une forme d’indécence, puisque HGB était l’éditeur d’une enquête menée par Ronan sur les agressions sexuelles dans le milieu hollywoodien. Et que sa soeur avait dénoncé le comportement de Woody Allen…

Peu après que les enfants ont déclenché cette campagne, c’est un débrayage qui a eu lieu chez les employés de Hachette, à Boston et New York. Un mouvement de solidarité exprimé à l’égard non seulement des enfants, mais plus largement des victimes d’agression sexuelle. Inenvisageable de publier les mémoires d’un homme accusé, devait-on comprendre.

Et pouf, le soufflé retombe aussi rapidement qu’il était monté : dans une communication, Hachette Book Group indique que le choix de l’annulation des mémoires « a été difficile ». 

Mais que l’entreprise « prend très au sérieux les relations avec les auteurs et nous n’annulons pas les livres à la légère. Nous avons fait paraître et continuerons, de nombreux ouvrages délicats. En tant qu’éditeurs nous nous assurons quotidiennement que dans notre travail, différentes voix et points de vue peuvent être entendus ».

Il n’empêche que pour certains, c’est une forme de censure qui s’exerce, le groupe éditorial ayant cédé face à une pression grandissante. La grève des personnels de Little, Brown and Co., éditeur de l’enquête de Ronan Farrow n’y est certainement pas étrangère. D’autant que le groupe semble avoir accepté avec facilité ce mouvement de protestation.
 

Allen n'est pas Polanski


Reste donc à définir si l’ouvrage restera publié en France par les éditions Stock – qui ne se sont pas montrées bien bavardes au cours de ces derniers jours sur le sujet. Le PDG Manuel Carcassonne était cependant passé sur France Inter, quelques heures avant l’annulation, pour affirmer : « Ce que je peux dire, et qui est déjà connu, c’est que cet artiste a été entièrement blanchi deux fois de suite par la justice américaine, entièrement blanchi par les experts juridiques, entièrement blanchi par les psychiatres, etc. »

Et d’ajouter : « Par exemple, Woody Allen n’est pas Roman Polanski. Une partie des faits dont Roman Polanski est accusé sont avérés et reconnus par lui. Ce n’est pas du tout le cas de Woody Allen, qui a toujours protesté de son innocence et qui l’a prouvé avec la justice américaine. »

De son côté, Suzanne Nossel, présidente du PEN America, redoute la décision, considérant que « les lecteurs se verront refuser la possibilité de le lire et d’opérer leur propre jugement ». En qualité d’organisation défendant la liberté d’expression, le PEN espère surtout que ce choix ne va pas se généraliser. Et que les éditeurs ne refuseront pas des manuscrits, sur la pression du public, ou autre.

À cette heure, ni le réalisateur ni son agent ne se sont exprimés sur la polémique ou l'annulation désormais de l'ouvrage.


Commentaires
LAMENTABLE,scandaleux,inadmissible,etc.

On est en pleine régression !

CHRISTIAN NAUWELAERS
HGB ou GHB (la drogue du violeur) ?
Nous, celleux du Syndicat national intersectionniste français (SNIF), exigeons le retrait des films du sieur Allan Stewart Konigsberg des plateformes de vente en ligne et de la programmation des salles obscures.
Il y a deux choses étranges dans votre message. Premièrement, pourquoi vous référez-vous à Woody Allen sous son nom de naissance et pas sous son nom habituel ? Je trouve que ce choix véhicule des connotations nauséabondes.

Deuxièmement, il n'y a nulle trace de ce supposé syndicat intersectionniste sur Internet, ce qui me fait m'interroger sur son existence réelle.

Fake à tendance antisémite ? Pardon d'être prudent.
Les mots me manquent, tant je m'étais réjouie de cette parution. Je vais relire : "Dieu, Shakespeare et Moi" Opus 1, paru en 1985, et :"Pour en finir une bonne fois pour toutes avec la culture" Opus 2, paru en 1986.

Hachette : "La bêtise au front de taureau" Baudelaire repris par Cocteau
Je hais ce triomphe du tribunal de l’opinion publique. Tout comme Polanski vouloir confondre l’homme et l’œuvre, ou le retour de Sainte-Beuve.



Aujourd'hui lemonde.fr (abonné) publie une tribune de 114 avocates pénalistes, pour rappeller les principes de la présomption d’innocence et de la prescription https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/08/justice-aucune-accusation-n-est-jamais-la-preuve-de-rien-il-suffirait-sinon-d-assener-sa-seule-verite-pour-prouver-et-condamner_6032223_3232.html
Ces rappels sont salutaires, en effet. Même la meilleure cause du monde ne peut pas prétendre court-circuiter les procédures judiciaires, qui existent pour d'excellentes raisons. Une accusation n'est pas une condamnation judiciaire, la parole d'une victime est respectable mais doit être confrontée à d'autres et donner lieu à une enquête, tout comme celle d'un suspect, car la victime ne peut pas être le juge, si nous voulons continuer à exercer la justice sans laisser libre cours aux vengeances.



Autant je trouve que #MeToo et le regain des mouvements féministes répondent à un besoin criant et sont une excellente chose, autant il faut prendre garde aux emballements de toute sorte - mouvements de foule IRL ou sur Internet, médiatiques, etc. pour savoir rester mesuré et juste.



Je suis curieux de voir ce que cela va donner avec la traduction française.
Voyons !

Ce SNIF n'est qu'un canular voyons !

D'un goût discutable certes...

Aucune importance.

La réalité est assez affligeante comme cela...
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