Censure : "Moi les hommes, je les déteste", un manifeste féministe menacé d'interdiction

Gariépy Raphaël - 02.09.2020

Edition - Société - Censure Manifeste - feminisme Pauline Harmange - Monstrographe edition


Publié ce 19 aout, l’essai féministe Moi les hommes, je les déteste sera peut être victime de censure. La menace ne vient pas d’organisations militantes réactionnaires, mais bien d’un chargé de mission au ministère délégué à l’égalité femmes-hommes. L'État, fait loi, comme dirait Judge Dredd...
 


Publié par la maison d’édition associative Monstrographe, l’essai Moi les hommes, je les déteste se veut une invitation à la misandrie. Derrière le titre provocateur, l’autrice, Pauline Harmange, interroge cette hostilité à l’égard des hommes, trop souvent tournée en dérision ou source de fantasme. La quatrième de couverture présente le manifeste comme « un chemin joyeux et émancipateur », une manière de faire place à la sororité et à des relations bienveillantes et exigeantes.

Dans un article publié ce lundi, Médiapart révèle... un risque de sanction. Le 19 août, jour de la sortie du livre, Ralph Zurmély, chargé de missions au ministère délégué à l’égalité femmes-hommes envoie un mail à la maison, cité par le média : « Ce livre est de toute évidence, tant au regard du résumé qui en est fait sur votre site qu’à la lecture de son titre, une ode à la misandrie », écrit-il. « Or, je me permets de vous rappeler que la provocation à la haine à raison du sexe est un délit pénal ! En conséquence, je vous demande d’immédiatement retirer ce livre de votre catalogue sous peine de poursuites. »

Si les éditeurs ont pour l’instant catégoriquement refusé de s'exécuter, la menace qui plane n’est pas anodine. Monstrographe est tenu par Martin Page et Coline Pierré, auteurs ici éditeurs bénévoles, pour qui assurer des frais d’avocats serait tout simplement impossible. 
 

Un livre dangereux ? 


Interrogé par Médiapart, Ralph Zurmély maintient ses propos, pour lui l’ouvrage « n’a rien à voir avec le principe d’égalité femmes-hommes que nous défendons et constitue ni plus ni moins un délit pénal ».

Le chargé de mission au ministère délégué à l’égalité femmes-hommes n’a pourtant, de son propre aveu, pas lu le manifeste. Sa conviction de l’illégalité du pamphlet ne repose donc que sur le titre et sur la quatrième de couverture. Or, comme le rappelle Coline Pierré : « Le titre est provocateur, mais le propos mesuré. C’est une invitation à ne pas s’obliger à fréquenter les hommes ou à composer avec eux. À aucun moment l’autrice n’incite à la violence. »
Contactée par ActuaLitté, Pauline Harmange souligne le caractère confidentiel du tirage : environs 400 exemplaires. Moi les hommes, je les déteste n’est pas un objet politique incitant à la haine et à la divison, mais un propos destiné « à un public d’ami·es » explique l’autrice, qui souhaitait s’adresser à des lecteurs déjà au fait de ces questions. 

L’écrivaine n’est pas surprise par ce genre de réactions qui illustrent, selon elle « que la parole féminine et féministe n’est toujours pas la bienvenue chez les hommes ». Reste que la position de M. Zurmély est symbolique : « Je ne trouve pas cohérent qu’un homme confronté régulièrement à “des dossiers de viols et d’agressions sexuelles” ait le réflexe de vouloir censurer un livre qui parle précisément de ces problèmes. » 
 

Une initiative qui intrigue 


L’envoi des mails et la menace de censure seraient apparemment une initiative personnelle de M. Zurmély. Selon Médiapart, les équipes d’Élisabeth Moreno, ministre chargé de l’Égalité entre les femmes et les hommes, ont souligné que cette décision n’engageait en aucun cas le ministère. Les collaborateurs de la ministre n’ont cependant pas directement condamné ses propos. 

L’Observatoire pour la liberté de création s’insurge de son côté contre la démarche du politique : « Vous n’avez aucune autorité juridique pour demander le “retrait” d’un livre, n’étant pas le ministère de l’Intérieur, lequel, à notre connaissance, n’est pas saisi selon la procédure ad hoc. »

En plus de l’illégalité de la démarche ce dernier pointe le « contresens » à la fois sur les missions que l’homme est supposé défendre et sur le livre qui n’a pas été lu. « Nous vous demandons fermement de revenir sur votre demande et d’adresser vos excuses à l’éditeur », conclut l’organisation. 
 

Happy ending ? 


L’affaire ayant défrayé la chronique, Pauline Harmange est aujourd’hui sous le coup des projecteurs. La menace de censure aura fait réagir sur les réseaux sociaux et beaucoup d’internautes ont commandé l'essai en soutien à l’autrice et à la maison. 

« On a l’exemple d’un bel effet Streisand, car ce livre qui aurait dû rester confidentiel est au final parti pour sa 3e réimpression, après que le 2e tirage se soit écoulé en une nuit. » 

La polémique continue cependant de prendre l’ampleur et l’écrivaine doit désormais subir des attaques personnelles sur Twitter. Pour tenter de dépolariser un peu les débats, et de calmer le bruit et la fureur, il s’agirait de revenir au propos central de ses écrits. 

« J’invite simpement les femmes à imaginer une manière d’être nouvelle », explique Pauline Harmange, « À prendre moins en compte l’avis souvent peu étayé des hommes, à envisager l’adage “il vaut mieux être seule que mal accompagnée” avec sérieux, et à redécouvrir la force des relations féminines pleines de réciprocité, de douceur et de force. » 


Crédit photo : Editions Monstrographe 


Commentaires
Finalement tout bénef pour cette autrice, ces menaces -dangereuses ou risibles, on hésite- semble-t-il !

S'il s'agit d'un manifeste uniformément misandre, cela ne me concerne pas.

Comme pour toute femme vis-à-vis d'un brûlot misogyne.

Selon le chroniqueur -mais a-t-il bien saisi la portée de ses mots ? -il s'agi(rai)t d'une «invitation à la misandrie», rien que ça...

Selon le Larousse, «misandrie»: «mépris envers les hommes».

Le Robert: «misandre»:«Qui éprouve, manifeste de l'aversion pour les personnes de sexe masculin (opposé à misogyne). n.f. misandrie».

Donc: la guerre des sexes, la misogynie à l'envers, on doit adouber en 2020, année de coronavirus et de grande lucidité, sinon on est réac...?

C'est cela le chemin vers le mieux: le ressentiment, la rancoeur et la haine univoque et bien-pensante, si sûre de son bon droit, contre (environ disons !) la moitié de l'humanité ?



Eh bien...je ne crois pas cela le moins du monde et bien entendu j'adhère à un féminisme qui n'en reste pas là, qui serait une triste et lamentable misogynie inversée quoi.

Mais je reprécise que ce bouquin -qui n'est pas vraiment chroniqué: il s'agit plutôt de la polémique qui enfle -ne va peut-être pas du tout dans ce sens unique, cette voie sans issue et vaut peut-être quelque chose, mérite un intérêt !

Je ne suis pas un petit juge de réseaux sociaux et je n'émets pas de sentence, surtout pas sans savoir en me basant sur de l'émocratie brute et non étayée.

Il faut connaître d'abord, se prononcer ensuite.

Ce diptyque est insécable dans ma manière de fonctionner.

Si ce manifeste est nuancé, intelligent et parfois à prendre au second degré, alors cela peut vraiment en valoir la peine !

Mais en outre, j'apprends quelque chose du plus haut intérêt grâce à cette chronique...

Donc il existe un «Observatoire pour la liberté de Création».

En cette période où la liberté de publier se trouve mise sous les feux des projecteurs de façon intense -oui le procès filmé que nous savons -et en allant bien au-delà du cas de ce seul opuscule, qu'en est-il de la «cancel culture» contre laquelle s'élève une tribune signée d'une série de personnalités de gauche, le 24 août sur le site de «Marianne» ?

Qu'on leur colle l'étiquette de «réactionnaires» -tout à coup-à ces progressistes (dont une lesbienne LGBT -qui se définit comme telle, ce n'est pas moi !) ou non, n'importe que peu ou pas du tout: il faut juger du fond.

Quant au titre de l'ouvrage de Pauline Harmange, il est très provocateur.

Mais je ne peux juger du fond, ne l'ayant ni lu ni parcouru (ici en Belgique).

De mon point de vue, on a le droit de se faire n'importe quelle opinion en le lisant.

Le censurer serait absurde et je ne le souhaite certes pas.

Même si d'aventure je le détestais -je n'aime pas le racisme anti-hommes (qui s'en prend aux individus globalement et non aux tares voire crimes de certains d'entre eux!)- jamais moi je n'appellerais à son retrait des rayons, à son interdiction.

On doit dénoncer des actions et attitudes inacceptables ou scandaleuses, parfois ignobles: mais pas jeter l'anathème sur toute la gent masculine; ce qui constitue l'odieux principe même du racisme.

Mais non à la censure.

Même si je suis «blessé», pour employer un vocable qui revient souvent.

On ne doit d'ailleurs pas être blessé ou blessée à tire-larigot, sinon on n'en finit plus et on perd le sens du relatif...ce qui est trop souvent constatable.

Et j'ignore s'il s'agit d'une véritable proclamation de haine contre la gent masculine ou non.

Sinon souvenons-nous tout de même que de nombreux livres censurés au cours des âges ont ensuite connu une gloire pérenne !

Comme d'habitude: contre la censure à front bas, de Pauline Harmange aux textes traqués par la «cancel culture», sans parler de nombreux ouvrages érotiques (parfois féminins !) dont certains sont devenus des classiques, comme du temps de Losfeld père.

Le tout bon, l'indispensable, le courageux et même la vile daube ont le droit de vivre: ensuite, un tri s'impose.

Mais livrons-nous à une autre culture, digne d'une civilisation évoluée:

celle du débat, libre et intègre, loin des anathèmes et excommunications de tout acabit.

Loin des guerres des sexes ou autres, des interdits et des diktats.

Quelles qu'en soient les sources -polluées.

Que ces tentatives de censure soient cataloguées «progressistes» ou «réacs» par des laborantins stakhnanovistes dans les grands laboratoires trop bouillonnants des idéologies fluides et changeantes -bien fol est qui s'y fie - elles sont les ennemies de la liberté, de l'intelligence et de la démocratie.

Et de l'humanisme.

Selon l'auteur de ces lignes en tout cas...

Moi les fatwas, je les déteste (...mais je n'aime que ce qui me plaît vraiment également, sans pressions possibles !).



CHRISTIAN NAUWELAERS
Ce n'est pas un livre féministe, mais sexiste. Le féminisme, comme beaucoup de ismes, ne peut pas être l'alibi pour tout et n'importe quoi.
C'est juste le titre qui est provocateur.

Il évoque surtout les femmes qui ont été violentées par les hommes et le fait que leur colère est légitime et ne doit pas être censurée au prétexte d'une quelconque haine contre les hommes. Oui, il y a des femmes qui développe une phobie et une méfiance des hommes après avoir subi des viols.

Il n'y a rien de nouveau et peut-être que des hommes victimes de viols par des femmes ont le même mécanisme ? Même si à la fin, c'est vrai que les femmes sont toujours de nos jours dans un système d'oppression.



Il suffit juste de voir les faits divers récents: le mec qui commettait des viols, qui a bénéficié d'une libération conditionnelle et qui a violé et assassiné une adolescente de 15 ans. Bizarrement, il y a une écrasante majorité d'hommes qui commettent ce genre d'actes. Non pas que les femmes soient des anges mais voilà faut le dire aussi. Ça c'est le plus extrême mais entre ceux qui tuent leur femme, ceux qui harcèlent, l'ecart salariale, les blagues de beauf, la contraception et l'avortement... Forcément à un moment donné le vase déborde.



Je ne pense pas que le livre puisse faire l'objet d'une censure. Aucun appel au meurtre ou à la haine. Juste des constats et une certaine colère.



On ne sort pas d'un régime patriarcal de plus de 1000 ans en juste 50 ans malheureusement. Les femmes vont devoir se battre également pour conserver leur droit acquis, c'est pas de tout repos.
merci pour votre intervention intelligente qui remet les choses au point et à laquelle j'adhère totalement.

J'ajoute que même le titre n'est que l'expression d'une position toute personnelle qui n'appelle aucunement à la haine et encore moins à la violence. On peut aussi remarquer que son honnêteté personnelle ne se retrouve pas chez ceux qui appelle réellement à la haine et à la violence qui, eux, ne disent jamais publiquement "qu'ils détestent..." ou "qu'ils haïssent..." mais passent leur temps à accuser de tout et n'importe quoi les objets de leur haine pour la justifier. Ce qui n'est pas du tout la même chose !
Il y a aussi vraisemblablement des hommes qui ont été victime de femmes (pouvant aller jusqu'à manger les pissenlits par la racine et être traîné dans la boue après avoir reçu trois coups de fusil dans le dos) et qui devienne bien légitimement sexistes, machistes et misogynes.

- Ah oui mais non ça c'est pas permis.

- En vertu de quoi? de l'égalité? Pfff…
L'histoire, devenue banale, d'un cornichon qui n'a pas lu le livre qu'il critique, le voue aux Gémonies et à la destitution; tout ça parce qu'il n'a pas digéré le titre.

(Curieux qu'il n'ait pas réclamé l'autodafé de "cette horreur").



Faudrait lui donner une punition: recopier deux cents fois ce fameux titre, à la plume des années 50, avec encre violette et sans aucun pâté. (Peut-être sur PQ, pour rendre la tâche plus difficile).



Beau coup de publicité et garantie de nombreuses rééditions: surprise!



L'oeuvre
« Moi les nègres, je les déteste... »

C'est le titre de mon prochain livre : une ode anti-raciste contre les blancs oppresseurs méchants paternalistes antiféministes qui sont tous des colonialistes...
tiens ! un troll... bonjour M. le Troll... moi, les trolls, je les aime bien, ils ont qq chose de touchant. Ils n'ont pas vraiment d'opinion, de pensée construite, ça crée un vide, un besoin, une aspiration, les prémices d'une vie spirituelle, quoi ! Alors ils appellent au secours, cherchent le contact, n'ayant encore aucune notion de ce qu'est l'échange, mais ça viendra, il faut bien commencer, autant commencer au 36e dessous, on est sûr de s'élever...
J'ai lu ce récit. Beaucoup de bruit pour rien, c'est sans intérêt et stupide.



Cependant,solliciter la censure d'un écrit est encore plus idiot et contre-productif - et grave -, qu'il soit question de l'édition d'un livre, des caricatures satiriques et sataniques de Charlie Hebdo ou de celle de la députée Danielle Obono par valeurs actuelles etc...
bravo actuallité, en publiant des commentaires incitant à l'haine et tout à fait méprisants "black lives machin". Un defilé d'hommmes cons qui, comme celui à l'origine de cet article (le macho qui menace sans avoir ni la loi ni le droit de son coté et qu'on espère va être viré de ses fonctions) n'ont plus de place pour être machistes qu'ici. La preuve, à chaque fois qu'on croit avoir une petite place pour s'attaquer aux femmes on finis vite par s'attaquer aussi aux antiracistes ou directement aux noires.

beau réflexe...
Je relève le SEUL commentaire agressif et injurieux "un défilé d'hommes cons" (sic), appelant lui-même à la censure des commentaires sur votre site : celui de votre sulfureux abonné mademoiselle "Rez", anonyme évidemment, dont la devise semble être "faites ce que je vous dit, mais ne faites pas ce que je fais.



Alors, si à vos yeux, nous sommes des "hommes cons", c'est avec une jouissance non dissimulée que je participe à ce défilé de résistance contre votre extrémisme fascisant et populiste traduit dans vos propos qui me font l'effet d'un zephir en fin de saison.



Cordialement mademoiselle.
Ce mec (comment s'appelle-t-il, déjà ? Ah, oui : Ralph Zurmély) est l'exemple type du robot, genre radar.

La greffe aux algorithmes, voici ce qui nous attend dans un proche avenir. Qu'est-ce que l'intelligence artificielle ? Une simulation. Un ersatz de réflexion.

Il eut été si simple, tout d'abord de lire le livre, ensuite de répondre par le dédain ou un ironique "c'est réciproque !" et non par l'imbécile censure. Car, "On est bête par défaut d'intelligence, stupide par défaut de sentiment, idiot par défaut de connaissance" déclinait le grammairien Gabriel Girard.
Donc Mr. Michel Blaise au moins a lu cet opuscule...

Avis négatif mais on dit non à la censure -censurons-la, elle !

Même si cette tentative maladroite et stupide -et inadmissible -rend service en fait à un ouvrage voué à rester probablement inaperçu.

J'adore les propos télévisés de la très regrettée Claire Bretécher au sujet du féminisme, entre autres...

Qu'elle a montré par l'exemple et ce talent XXL qui a bluffé et conquis tout le monde, en pulvérisant les barrières de genre, naturellement, avec force et sans haine !

Vraiment y réfléchir, loin des interdits infantilisants.

Voler un peu haut quand on le peut...

Et avec un esprit critique débarrassé de trop de rancoeurs envahissantes qui colorent tout en...sombre !

Sans progrès réel dans ce cas.

CHRISTIAN NAUWELAERS
Manifestent, vous n'avez pas saisi le sens de mon propos. Mais il vous a interpellé et, il 2 attiré votre attention, c'est déjà beaucoup. Je résume, cependant, le livre n'a aucun intérêt, à mon sens; il n'est que le paroxysme du féminisme fascisant, mais ne peut justifier sa censure. Par qui et selon quels critères ? Les vôtres, le miens.



Cordialement.
Titre gênant, inutilement provocateur; pour le contenu, j'attends de l'avoir lu.

Le féminisme anti-hommes m'énerve.
Bonjour Belaval,



Eclairez-moi, s'il vous plaît: existe-t-il un féminisme anti-femmes.



Merci de me lire.



Cordialement
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