Censure, oppression : l'Italie veut sa place dans l'action internationale (Federico Motta)

Nicolas Gary - 19.10.2016

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Si 2016 marque une année record dans la participation de l’édition italienne à la Foire de Francfort, c’est également que l’industrie vit un renouveau. Après cinq années d’une crise sévère, le pays renaît de ses cendres, et entend le faire savoir. Federico Motta, président de l’association des éditeurs, a livré un discours allant dans le sens d’un retour de l’Italie sur le devant de la scène internationale. 

 

 

 

C’est qu’en 2011 et 2014, le marché du livre avait perdu près de 20 % de sa valeur, soulignait le président de l’AIE, pour qui 2016 représente le point zéro d’une réelle renaissance. « En réalité, nous pensons aujourd’hui qu’il est impossible de relancer l’édition italienne sans tenir compte des dimensions européennes et internationales », précise-t-il, en allusion directe au projet européen Aldus

 

La Hongrie, isolée dans un silence inadmissible

 

Et de poursuivre son intervention en évoquant l’édition... hongroise, dont l’Italie se sentirait particulièrement proche. L’édition savante fut nationalisée dans le pays, et, désormais, il n’est plus possible de réaliser des manuels scolaires qui ne seraient pas parfaitement raccord avec les directives du gouvernement. 

 

« Nous trouvons intolérable de rester indifférent au fait que les jeunes d’un pays au cœur de l’Europe soient formés avec des textes idéologiques qui abondent dans le déni, quand ils parlent du rôle de la Hongrie dans l’Holocauste. Et ce, alors que la Pologne semble prendre la même direction, et risque une contamination similaire, ainsi que l’Union européenne tout entière, pour qui le risque grandit chaque jour. »

 

Il évoquait également l’introduction de la Chine, dans un discours résolument politique, et notamment son arrivée au sein de l’Association internationale des éditeurs. « Lorsque, l’année passée, lors de sa réunion, l’IPA a décidé d’accepter parmi ses membres l’association des éditeurs de Chine et saoudiens ». À cet instant, l’IPA s’est souvenu que « l’une de nos raisons d’être en tant qu’Association a toujours été la défense de la liberté de publication et ce rôle, aujourd’hui, doit être renforcé alors que cette liberté fait de plus en plus l’objet d’attaques ». 

 

Apporter un soutien dans les batailles pour la liberté d'expression

 

C’est parce que l’AIE « croit, depuis de nombreuses années, à la dimension internationale de son rôle », qu’elle a décidé de renforcer son intervention au sein de l’IPA. « En adoptant un point de vue international, nous devons aussi mettre au centre des attentions la liberté d’expression, dans un monde où elle est de plus en plus remise en question, souvent dans l’indifférence générale – une attitude qui ne peut être la nôtre. »

 

Ainsi, l’Italie exprime son plein soutien « à nos collègues turcs, dont le sort a un certain écho dans les journaux, mais pas comme il le mérite ». Et de poursuivre : « Le défi, dans un avenir proche, avec les associations de pays où la liberté est menacée ou totalement niée, sera d’apporter un soutien dans leurs batailles, ou, sinon, de les protéger des censeurs complices et de ceux qui persécutent les éditeurs indépendants. » Pour ce faire, le Gruppo di Milano, constitué à l’initiative de l’AIE travaillera de concert avec l’IPA pour renforcer ce pan de l’activité, cruciale, au sein de l’organisation. 

 

Dans le même temps, le projet Aldus, s’inscrivant dans le cadre européen, doit arriver à réunir un réseau de foires et de salons du livre. Ce dernier devrait arriver à un modèle similaire au programme universitaire Erasmus, pour rappeler combien l’édition est un secteur « ouvert au monde entier ». 

 

Depuis Francfort, l'édition italienne annonce sa Renaissance 

 

 

Au sein de ce réseau, Francfort, évidemment, mais également Bologne, foire du livre jeunesse, et encore Londres. Plusieurs pays européens se sont joints à l’ensemble, et d’autres manifestations devraient rejoindre prochainement le réseau Aldus.

 

Au niveau national, les éditeurs bénéficieront de la campagne numérique #IoLeggoPerché (Je lis parce que...) qui s’étendra du 22 au 30 octobre. Avec le souci de se propager surtout dans les bibliothèques et les écoles. 

 

Avec un résultat de 2,68 milliards €, le chiffre d’affaires de l’édition italienne a augmenté de 0,5 % en 2015, par rapport à 2014. Au cours des six premiers mois de 2016, la bonne tendance se confirme donc, avec, notamment, une croissance des livres numériques, passant de 29.908 titres en 2015,) à 41.538 cette année.