Centenaire de Nicanor Parra, l'antipoète chilien en ermitage

Julien Helmlinger - 08.09.2014

Edition - International - Nicanor Parra - Poète chilien - Anniversaire


Alors que le Chili célèbre le centenaire de la naissance de Nicanor Parra, l'écrivain chilien qui n'a jamais aimé les hommages et chantre autoproclamé de l'antipoésie, semble rester en ermitage dans la petite ville balnéaire de Las Cruces. Pourtant son concept antipoétique est à l'honneur d'une exposition jusqu'en décembre en la capitale Santiago, et les hommages à l'artiste se sont multipliés depuis son anniversaire, le 5 septembre.

 

 

 

 

Né en 1914 à San Fabian de Alico, Nicanor Parra a exercé ses talents comme écrivain, mathématicien, physicien et professeur, avant de révolutionner la poésie hispanophone. Si bien que le très prestigieux Prix Cervantes lui a été décerné en 2011. Son style est parfois décrit comme teinté d'ironie et volontiers métaphorique, à renfort d'une syntaxe soignée, capable d'atteindre les jeunes lecteurs.

 

Ermite depuis plusieurs années, bien que toujours actif, le poète refuse toute interview. Des dizaines de journalistes ont bien tenté en vain le gué, ce vendredi devant son humble demeure en bois de Las Cruces, mais le centenaire sera toutefois resté invisible.

 

Ses débuts dans l'antipoésie, il les avait autrefois racontés lui-même : « Tout allait mal depuis la Renaissance. La poésie surgie de cette époque aurait pu être qualifiée de poésie courtisane en costume-cravate [...] il fallait trouver une sortie. » Comme le rapporte l'AFP, même loin de tout, l'antipoète suscite l'affection et l'admiration de tout un pays, la présidente socialiste Michelle Bachelet en tête.

 

Depuis son palais de la Moneda, la présidente Mmichelle Bachelet a notamment récité en chœur avec des milliers d'autres Chiliens, depuis leur lieu de travail, à l'école ou encore leur domicile à l'heure de sa naissance, un poème emblématique de Nicanor Parra : « L'homme imaginaire vit dans un manoir imaginaire, entouré d'arbres imaginaires, au bord d'un fleuve imaginaire. »

 

Le centenaire s'est également invité sur les réseaux sociaux, et des lectures de L'Homme imaginaire ont été publiées des quatre coins du pays via YouTube. Une exposition de photos retrace par ailleurs les grandes étapes de l'existence de Nicanor Parra, au Centre culturel Gabriela Mistral de Santiago, actuellement et jusqu'au 14 décembre prochain.

 

Parra avait estimé que « durant des siècles, la poésie a été le paradis de l'imbécile solennel, jusqu'à ce que moi j'arrive et m'installe sur ma montagne russe ». La présidente chilienne lui a fait écho, en soutenant que « depuis que Parra s'est installé sur sa montagne russe, le Chili est un peu moins solennel et prêt à rire davantage, d'un rire parfois triste c'est vrai, mais l'impertinence est aussi source d'art ».

 

Marqué sa vie littéraire durant par une relation d'amour-haine que lui aurait inspiré son célèbre concitoyen Pablo Neruda, poète officiel avec l'arrivée au pouvoir d'Allende, « il se voyait comme un invité dans un banquet où on ne lui aurait offert qu'une place sous la table », tandis que Neruda était le poète national, estime l'écrivain Jorge Edwards.

 

Si cette année encore Nicanor Parra a gardé ses distances avec le banquet, sous un énorme portrait du poète devant l'université du Chili, sur la principale avenue de Santiago, une banderole affiche l'un de ses vers : « Ne cessez jamais d'être ce que vous êtes, une puce dans l'oreille du Minotaure. »