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Centenaire du décès de Charles Péguy, écrivain mort au combat

Julien Helmlinger - 01.09.2014

Edition - International - Charles Péguy - Centenaire décès - influence politique


Le 5 septembre 1914, à la veille de la première bataille de la Marne, l'écrivain et lieutenant de réserve Charles Péguy était tué d'une balle dans le front à Villeroy, en Seine-et-Marne. À l'occasion du centenaire de son décès, la France célèbre un poète et polémiste resté méconnu. Pourtant, le socialiste libertaire devenu fervent catholique, patriote « mort pour la terre charnelle », enfant de la IIIe République, est parfois cité par la droite comme par la gauche.

 

 

Charles Peguy

 

 

Charles Péguy est né à Orléans, en 1873, au sein d'une famille modeste. Son père était menuisier et allait mourir quelques mois plus tard, quand sa mère était rempailleuse de chaises. Après avoir obtenu une bourse, il entra au lycée et prépara Normal Sup. En 1895, il adhéra au Parti socialiste, et trois ans plus tard s'engagea en faveur de Dreyfus. En 1900, il fonda  Les Cahiers de la Quinzaine et défendit les idéaux de gauche dans les colonnes de diverses publications. 

 

Mais Charles Péguy allait bientôt critiquer l'évolution marxiste de certains de ses camarades socialistes ainsi que la tendance pacifique à laquelle il préférait un certain patriotisme. L'admirateur de Jeanne d'Arc, devenu fervent catholique au début du XXe siècle, allait ainsi tracer sa propre voie politique.

 

Des héritiers d'horizons divers

 

Dans son livre Les Héritiers Péguy, l'écrivain Damien Le Guay s'intéresse à l'influence du personnage. Sont cités parmi ceux qui s'en réclament des intellectuels comme Alain Finkielkraut, Edwy Plenel et Jacques Julliard, Yann Moix ou encore Michael Lonsdale. Mais aussi des politiques de tous bords, comme l'UMP Henri Guaino, le PS Jean-Pierre Sueur et le centriste François Bayrou.

 

L'arrière-petit-fils de l'écrivain, Olivier, confie à l'AFP : « Ses héritiers sont nombreux et, c'est frappant, viennent d'horizons divers. Poète, polémiste, catholique, socialiste, anarchiste, il est tout cela à la fois. Ce qui inspire aujourd'hui, c'est cette liberté de pensée, ce côté empêcheur de penser en rond. [...] Il y a quelque chose de pire que d'avoir une mauvaise pensée. C'est d'avoir une pensée toute faite. »

 

Mais son oeuvre a parfois été éclipsée, notamment à l'issue de la défaite de 1940 et l'instauration du régime de Vichy. L'écrivain Damien Le Guay explique à l'AFP : « Sa pensée était aussi à Londres, avec De Gaulle, qui le tenait pour l'écrivain l'ayant le plus influencé. Et elle était extrêmement présente dans les camps de prisonniers et la Résistance ».

 

Un oeuvre restée méconnue

 

Depuis, des rues et des écoles ont été baptisées en l'honneur de l'écrivain. Mais Claire Daudin, présidente de l'Amitié Charles Péguy, souligne que « Péguy a été largement évincé des programmes scolaires et universitaires, et surtout on n'a pas eu accès, pendant très longtemps, à l'intégralité de ses textes ».

 

Son oeuvre poétique et dramatique resterait à redécouvrir, tandis que sa reparution dans un volume de près de 1.900 pages à la Pléiade devrait y contribuer dès le 18 septembre. Pour Daudin, qui dirige la collection : « Il est temps que Péguy poète soit considéré à sa juste valeur, qui n'est pas celle d'un poète de sacristie ou nationaliste dont on cite toujours les trois mêmes vers sur les épis mûrs. »

 

Globalement le centenaire Péguy est annoncé comme plus discret que celui de Jaurès. Un timbre postal à l'effigie de l'écrivain sera émis ce vendredi, et deux jours plus tard les « amis » de l'auteur se réuniront à Villeroy. Si des politiques seront présents, a priori aucun ministre. Pour son arrière-petit-fils : « Ce qui compte, c'est que Péguy soit lu et apprécié au-delà des clivages partisans. »