Ces croquis que Kafka ne voulait pas montrer à Gustav Janouch

Julien Helmlinger - 05.02.2014

Edition - International - Franz Kafka - Dessin - Art


Si de son vivant Kafka n'a eu l'occasion de publier qu'une infime partie de son oeuvre, et aura chargé son exécuteur testamentaire de brûler ses manuscrits à sa mort, l'écrivain praguois aura néanmoins marqué la littérature du XXe siècle par sa noirceur. Pour lui, l'écriture était une nécessité intime, et le gribouillage peut-être de même, si l'on en juge par la variété de croquis que son ami Max Brod aura refusé de livrer aux flammes. 

 

 

 

 

L'écrivain tuberculeux, sur son lit de mort, au sein du sanatorium de Kierling où il passa ses derniers jours en 1924, souhaitait que disparaissent à jamais son oeuvre, ses romans, nouvelles et autres journaux personnels. Fort heureusement pour les lecteurs, son exécuteur testamentaire et ami, le prévenant Max Brod, aura préféré les publier à la place.

 

Ce qui nous permet de ne pas ignorer aujourd'hui que, dans ses journaux, Franz Kafka multipliait les gribouillages dessinés noir sur blanc. Un certain nombre de ces croquis ont d'ailleurs fini comme illustrations sur les couvertures de ses livres. À l'image de son écriture, ces dessins sont austères, aux objets plus ou moins définissables selon les cas.

 

Comme l'exprime l'artiste Philip Hartigan, qui a commenté ces oeuvres graphiques, celles-ci relèveraient de la même angoisse que l'on ressent dans l'écriture kafkaïenne. L'auteur les aurait réalisées par de vifs mouvements minimalistes, d'économes zigzags du poignet : pour certains artistes expérimentés, l'ensemble ne serait pas dénué d'intérêt. 

 

Pourtant, tandis que l'écrivain conversait avec Gustav Janouch, auteur des Conversations avec Kafka, le Praguois afficha une vive pudeur lorsque son interlocuteur tomba sur un de ces gribouillages. Selon Janouch, Kafka se rua sur le spécimen, s'empressa de le déchirer en miettes plutôt que de le laisser contempler...

 

Mais Gustav Janouch aurait alors insisté afin de pouvoir y jeter un oeil tout de même, et aura fini par obtenir l'assentiment de Kafka. Il aurait alors dit à l'artiste : « Vous n'auriez pas eu besoin de me les cacher, ce sont des croquis parfaitement inoffensifs. »

 

Ce à quoi aurait répondu Kafka, non sans un remuement de tête : « Oh non ! Ils ne sont pas aussi inoffensifs qu'ils en ont l'air. Ces dessins sont les vestiges d'une ancienne et profonde passion. C'est pourquoi j'ai essayé de vous les cacher.. Ce n'est pas sur le papier. La passion est en moi . J'ai toujours voulu être en mesure de croquer. Je voulais voir, et m'en tenir à ce qui était vu. C'était ma passion. »

 

Ci-dessous, quelques exemples à découvrir, au fil d'une vidéo publiée sur Youtube par Philip Hartigan :