Cesare Battisti : martyr et terroriste, l'Italie face aux années de plomb

Nicolas Gary - 15.01.2019

Edition - Justice - Cesare Battisti Italie - terrorisme années plomb - arrestation Cesare Battisti


Le devenir de Cesare Battisti divise l’opinion en Italie. Ce 12 janvier, l’ancien terroriste a été arrêté par la police, alors qu’il se promenait dans les rues de Santa Cruz de la Sierra. La procédure d’extradition qui aurait dû laisser au Brésil le soin de décider de son sort avait été suspendue : en décembre 2018, Battisti avait disparu des radars. 

Italia
Davide Oliva, CC BY SA 2.0

 
Intellectuel pour les uns, criminel pour les autres, le sort de Cesare Battisti a pris un nouveau tournant. C’est en Bolivie qu’il a été arrêté, suite à la coordination d’une équipe d’Interpol composée d’agents italiens notamment. Pour quatre meurtres commis à la fin des années 70, Cesare Battisti doit purger une peine de perpétuité. 

Au cours des années de plomb, Battisti faisait partie des Prolétaires armés pour le communisme – un groupe que la justice italienne avait alors considéré comme terroriste. Mais en 1981, il était parvenu à s’échapper de la prison de Frosinone, et disparaissait alors de l’Italie pour se réfugier au Mexique. En 88, la Cour de Milan le condamnait par contumace à une réclusion criminelle à perpétuité. 

Battisti s’est toujours déclaré innocent, et injustement accusé : pour la justice italienne, il reste responsable de quatre assassinats, perpétrés personnellement ou par le PAC. 
 


Auteur d’une quinzaine d’ouvrages traduits en français, il est finalement arrivé en Italie ce 14 janvier. Le ministre de l’Intérieur, d’obédience d'extrême droite, Matteo Salvini, s’est empressé de saluer la capture de l’homme. « Ma première pensée va à la famille des victimes de ce meurtrier qui a trop longtemps mené une vie lâchement retirée du monde, chouchouté par la moitié de la gauche du monde. La belle vie est finie ! »
 

Une chasse à l'homme ?


Les autorités brossent le portrait d’un homme manifestement résigné, qui n’aura même pas opposé de résistance lors de son arrestation en Bolivie. 

Citée par l’agence Ansa, l’ancienne compagne de Battisti estime pour sa part que les associations de défense des droits de l’homme devront intervenir pour « exiger une réduction de peine. Cesare a été jugé par contumace et la sentence était très sévère ». En outre, son état de santé est mauvais : atteint d’une hépatite, il a besoin de soins réguliers. 

Pour l’écrivain Piero Sansonetti, la condamnation, quarante années après le crime pour lequel il est présumé coupable, est une folie. « Les procès ont tous été menés sans preuve, sur la base de témoignages de certains repentis. Je ne suis pas certain que Battisti soit coupable. Et je ne comprends pas cette chasse à l’homme, au monstre : c’est un mécanisme récurrent dans nos sociétés modernes, mais j’espérais que l’Italie en serait exemptée. »

C’est pourtant un monde politique tout entier qui semble se réjouir de ce que l’homme soit enfin écroué. Depuis le président de la République, Sergio Mattarella, en passant par l’ancien Premier ministre, Matteo Renzi, qui y voit une bonne nouvelle pour les Italiens. Et surtout, la justice enfin appliquée pour les familles des victimes. 
 

Le poids du plomb


Un point de vue que l’écrivain et journaliste Roberto Saviano est certainement très loin de partager. En 2004, il avait déjà signé, avec un groupe d’intellectuels et de politiciens, un appel pour obtenir la grâce de Battisti. À cette époque, Gabriel Garcia Marquez ou encore Fred Vargas s’étaient également engagés pour sa défense.

Il évoquait alors la figure d’un intellectuel, et pour l’heure, le silence du romancier, lui si actif sur les réseaux sociaux, laisse peser un silence qui interroge. 

En Italie, on revient également sur la doctrine Mitterrand, engagement oral que le président français avait en effet pris en 1985, de ne pas extrader d’anciens activistes et terroristes d’extrême gauche, attendu qu’après les années de plomb, ils avaient coupé leurs relations. Une position qui concernait notamment des réfugiés italiens.
« J’ai dit au gouvernement italien qu’ils étaient à l’abri de toute sanction par voie d’extradition », assurait-il le 21 avril 1985 au cours du 65e congrès des de la Ligue des droits de l’homme. Or, Cesare Battisti n’aura pas bénéficié de cette doctrine, du fait des chefs d’accusation – homicide volontaire aggravé. 

Battisti était en effet resté durant près de 20 années en France, avec le soutien de plusieurs intellectuels et de la gauche française. Un livre de révélation paru en 2012 indiquait d’ailleurs que François Hollande lui avait rendu visite à la prison de la Santé, en 2004. Et s’était opposé à son extradition – Battisti avait été remis en liberté le 3 mars, avant de fuir à direction du Brésil (voir La mémoire du plomb de Karl Laske).


Commentaires
Peut-être mériterait-il bien à son tour les heures de parloir accordées à Sophie Bonnet pour s'entretenir avec Carlos?"Salutations révolutionnaires" bis, en quelque sorte...
Cesare BATTISTI, nous t'avons soutenu et nous continuons à te soutenir, au moment où les fascistes brésiliens, les bourreaux de la dictature brésilienne aujourd'hui au pouvoir et les fascistes italiens aujourd'hui au pouvoir te condamnent à mort en vie, sans te laisser le droit de plaider ton innocence. Quand, et nous le savons tous, les vrais auteurs, aux plus hautes fonctions de l'Etat, ont couvert les criminels de Bologne (84 morts) de l'assassinat de Moro, se sont alliés aux mafias calabraise et sicilienne, pour éliminer ceux qui luttaient pour la démocratie et contre la corruption, au prix de leur vie. Je ne sais pas si tu es innocent, Cesare, je sais que tu es l'enfant d'une histoire noire comme l'Italie en a engendré tant et tant. Je sais que Sarkozy puis Hollande ont trahi la parole donnée par la République française et François Mitterrand d'amnistier les activistes italiens, espagnols, palestiniens... Cesare, nous pensons à toi. L'Italie sera peut-être un jour libérée de ses démons, et ceux que l'on appelait terroristes seront appelés, légende oblige, résistants. Et peu importe que tu aies été un voyou. C'est la gloire de la politique de transformer des voyous en combattants (de l'ombre, certes)...

Wikipedia : (...) Dans plusieurs textes publiés des années plus tard, Cesare Battisti indique avoir renoncé à la lutte armée en 1978, à la suite de l'assassinat d'Aldo Moro et se dit innocent des quatre assassinats revendiqués par les PAC (...)

(...) Dans son livre sur le sujet, Guillaume Perrault fait la liste des éléments que la cour d'assises a recensés comme preuve : analyses balistiques, documents retrouvés dans la planque de 1981, et recoupements de témoignages extérieurs et de repentis des PAC15. Selon Fred Vargas11 et d'autres auteurs (Valerio Evangelisti16, Bernard-Henri Lévy17), aucune preuve matérielle n'incriminerait Cesare Battisti (y compris les analyses balistiques) et ce procès aurait été entaché d'irrégularités.



Dans les publications issues de l'affaire de 2004, les indications divergent sur la façon dont Cesare Battisti a été défendu lors de ces procès en Italie à partir de 1987. Ce dernier affirme qu'il n'a pas eu de communication avec sa défense, tandis que le gouvernement italien indique qu'il menait sa défense secrètement depuis sa fuite. Ce point semble important dans la perspective de l'affaire en France, car ce n'est que dans le cas où il est réputé avoir pu mener sa défense lui-même, que la contumace italienne, qui ne permet pas de nouveau procès, peut être compatible avec les règles françaises de l'extradition). Sur ce point, Guillaume Perrault, journaliste au Figaro, rappelle à son tour qu'« en Italie, au contraire [de la France], un accusé a le droit de ne pas comparaître devant les jurés s'il l'estime utile à son système de défense. Qu'il attende en face du tribunal ou soit en fuite sous les tropiques, l'essentiel est qu'il ait eu connaissance de sa convocation, des voies de recours possibles et, surtout, qu'il ait pu préparer librement sa défense avec les avocats de son choix». Il rappelle en outre que cette procédure de contumace a été approuvée, le 14 décembre 1993, par le comité des ministres du Conseil de l'Europe, instance politique chargée de l'application des décisions de la Cour européenne des droits de l'homme, bien que, comme l'indique la défense de Cesare Battisti, les décisions judiciaires de la Cour de Strasbourg en elles-mêmes aient plusieurs fois contesté la condamnation par contumace italienne (...)



https://www.legrandsoir.info/cesare-battisti-ce-que-les-med…
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