Changer Jeff Bezos en Vishnou : Fortune se montre Inde-délicat

Antoine Oury - 18.01.2016

Edition - Société - Jeff Bezos Amazon - Vishnou Inde divinité - Fortune magazine


Le magazine Fortune s'est fait épingler pour son numéro du mois de janvier, qui propose un large dossier sur l'installation d'Amazon en Inde. Pour faire la promotion de cette « cover story », la couverture du magazine économique présente l'illustration d'un Jeff Bezos souriant, signée Nigel Buchanan, grimé pour ressembler au dieu Vishnou, une des divinités de la trinité hindoue. Le titre s'est excusé après de nombreuses critiques.

 

 

 

Réduire l'Inde à l'imagerie hindoue aurait suffi à froisser, mais c'est bien l'Universal Society of Hinduism qui s'est offusquée de cette couverture : « Vishnou est une divinité majeure de l'Hindouisme, honorée dans les temples et les sanctuaires au sein des foyers, et ne doit pas être utilisée de manière inconvenante ou détournée à des usages inconvenants, pour un simple effet dramatique », a souligné l'organisation.

 

L'enquête, titrée « Comment Jeff Bezos va-t-il conquérir le prochain “marché à plusieurs milliards de dollars” », porte sur l'arrivée de la firme américaine sur le sous-continent indien : de l'entrepôt de 280.000 mètres carrés d'Hyderabad aux 137 milliards $ que pourrait représenter le marché indien du ecommerce en 2020, selon Morgan Stanley, l'article fait de l'Inde un vaste Eldorado.

 

Ce qui n'a pas plu à d'autres critiques : Anil Dash, entrepreneur américain, n'a pas hésité à pointer l'aspect colonialiste que véhiculait l'article de Fortune. Dans les pages de la publication américaine, l'Inde a des atours de grand supermarché exotique, mais où « la langue du business est l'anglais ».

 

 


 

 

« Je me fiche d'un quelconque “sacrilège”. Ce qui m'agace, c'est le fait qu'aucun Indien, fils d'immigrés ou immigré [PoC : Person of Color] n'a suffisamment de pouvoir à Fortune pour s'opposer à cela. »

 

 


 

 

« Qui plus est, de nombreux Indiens, comme mon père, sont nés sous un régime colonial. Par conséquent, un titre qui évoque une “invasion” par une entreprise n'est pas forcément judicieux. »

 

Alan Murray, directeur de la rédaction de Fortune, a présenté des excuses publiques, et a, par la même occasion, reconnu que l'illustration faisait de Jeff Bezos un dieu hindou. 

 

(via IBN Live, GeekWire)