Chapitre en référé : Actissia et Najafi face à leurs responsabilités

Antoine Oury - 18.02.2014

Edition - Librairies - librairie Chapitre - Actissia - occupation


Depuis la semaine dernière, le sort des librairies Chapitre semble fixé : 23 magasins sur 57 n'avaient pu trouver de repreneur, et baissaient donc le rideau sur les rayonnages de livres. Mais les employés, eux, sont toujours sur le carreau. 8 librairies sont actuellement occupées nuit et jour pour qu'Actissia, ex-propriétaire de la chaîne, et Najafi, principal actionnaire, garantissent des indemnités de départ. Un mouvement social largement impulsé par la CGT, majoritaire auprès des employés syndiqués.

 

 

Chapitre (Nancy, Centre Saint-Sébastien)

Dans la librairie Chapitre du Centre commercial Saint-Sébastien, quelques semaines avant la fermeture

(ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

L'accent, aussi bien du côté du ministère de la Culture et de la Communication que d'Actissia, a été mis sur le nombre d'emplois sauvés, mais pour près de 500 employés (de Chapitre ou d'Actissia), la fermeture de la chaîne Chapitre équivaut à un licenciement. 8 librairies sont occupées par une partie des salariés, qui revendiquent avec la CGT le droit à des indemnités de départ plus importantes.

 

Libraire, une occupation à plein temps

 

À Tours, comme à Lyon, Nantes, Montbéliard, Boulogne-sur-Mer, Nantes, Colmar, Belfort et Evreux, les libraires occupent de manière permanente l'établissement : 5 employés sur les 17 personnes qui y travaillaient quotidiennement ont planté les tentes et installé les matelas. L'objectif ? « Conserver le stock, notre garantie pour obtenir des indemnités plus élevées », explique Émilie, mobilisée au sein de la librairie du centre commercial L'Heure Tranquille.

 

La CGT, qui s'est montrée « d'un grand soutien, en fournissant un carnet d'adresses, mais aussi une expérience et un soutien humain » organise le travail militant, tout en conseillant les uns et les autres sur les procédures juridiques. Pour le moment, aucun employé n'a été délogé des librairies résistantes. « Nous avons des contacts entre nous, pour la mobilisation, et recevons le soutien de collègues d'autres librairies fermées. »

 

Le Plan de Sauvegarde de l'Emploi (PSE) lancé à la suite de la liquidation de la chaîne de librairie ne satisfait pas le syndicat : seul le minimum légal dédié à la formation a été versé, soit 2400 € par salarié, ce qui semble un peu maigre pour déboucher sur un nouvel emploi à la clé. La CGT évalue les stocks restants dans les librairies à 11 millions €, qu'il suggère d'investir dans les indemnités de licenciement des salariés. De son côté, Actissia assure que les fonds manquent : « Les retours sont assez négatifs », confirme l'employée.

 

Contactée par ActuaLitté, la société nous affirme que le sort des stocks n'a pas encore été décidé. Le transfert de ces derniers vers Chapitre.com, suggéré par certains, est « totalement impossible, puisque les deux sociétés sont distinctes », rectifie Actissia. Le directeur de la librairie de Tours est toujours présent, aux côtés des salariés, « coopératif » sans participer à l'occupation. Désormais, chacun attend l'arrivée des intérimaires qui vont vider définitivement le local. « Nous n'allons pas nous battre avec eux », termine Émilie.

 

Les aléas des négociations

 

Hier, une quarantaine de salariés selon Catherine Cheylat, représentante syndicale CGT Chapitre (une quinzaine selon Actissia) se sont rassemblés devant le siège de l'ancien propriétaire, pour manifester leur colère. Des salariés qui occupent les librairies, bien sûr, mais également d'autres libraires Chapitre, de Douai notamment.

 

 

Siège Actissia (France Loisirs, ex-Chapitre)

Le siège d'Actissia, boulevard de Grenelle à Paris, peu après le passage des employés

(ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

Ils ont pu rencontrer le Directeur Général de Prosphères, société spécialisée dans « la gestion de la transition et du retournement d'entreprises », mais pas la Directrice Générale d'Actissia. Catherine Cheylat confirme que les salariés entendent occuper les magasins jusqu'au 24 février, date de la dernière réunion du Comité d'Entreprise.

 

« Le coeur de l'affaire Chapitre, c'est d'avoir des indemnités correctes, bien sûr, mais aussi de dénoncer une gestion complètement chronophage. On a répété pendant des années que le fait de copier la stratégie de France Loisirs nous menait dans le mur... » souligne la représentante syndicale. Si les salariés ont été reçus à plusieurs reprises par la ministre Aurélie Filippetti avant la fin de la procédure de liquidation, ils semblent déçus par le silence de la rue de Valois quant aux indemnités de licenciement. Il est vrai que sa prise de position contre le Medef sur la question des intermittents laissait en attendre plus...

 

« Nous sommes quand même un peu en colère après cette ministre qui dit dans la presse que la fin de Chapitre ne s'est pas si mal passée. Il y a eu Virgin, à présent Chapitre : on parle des emplois, mais la diffusion de la culture dans le pays est mise à mal. À Clermont, les gens sont atterrés », explique Catherine Cheylat. « Je voudrais lui rappeler les engagements de son père et de son grand-père », explique la libraire qui s'est visiblement plongée dans la bibliographie de l'auteure Filippetti.

 

Penser à la suite

 

Dans les différentes villes où les librairies Chapitre ont baissé le rideau, les populations semblent toujours aux côtés des libraires. À Clermont, 13 employés ont monté un projet de SCOP (Société Coopérative et Participative) pour réhabiliter les 2200 m² de la librairie Les Volcans, « une référence en Auvergne ».

 

La mobilisation des clients a pu payer, parfois : une association des amis de la librairie a été mise en place à Clermont, comme auparavant à Grenoble, pour la librairie Arthaud finalement reprise par l'éditeur Rue des Écoles. « Les éditeurs jouent le jeu, sont prêts à faire des dépôts, à mettre en place des échéances de paiement, voire même les remises qu'auparavant. »

 

D'autres établissements ont eu moins de chance : outre les librairies fermées sans espoir de reprise, certains employés ne sont pas vraiment satisfaits des conditions de reprise négociées. 

 

Une procédure de référé vient par ailleurs d'être déposée en urgence, pour forcer la main à Actissia et Najafi, « afin qu'ils abondent au PSE ». D'après David Lucchetti, délégué syndical et employé de la librairie Arthaud de Grenoble, le seul versement d'1 million € pour la formation est largement insuffisant. « Chapitre n'a jamais été indépendant, il a toujours été lié à Actissia. Il faut que Joerg Hagen prenne ses responsabilités. »

 

 

Vitrine Gallimard au Hall Du Livre (Nancy), ex-Chapitre

La fin de l'histoire ? (Librairie Hall du Livre de Nancy, ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

Les salariés laissés sur le carreau ne comprennent pas la réponse d'Actissia, qui souligne que les fonds manquent, et l'attitude du P.D.G. de France Loisirs dans la presse, qui déclare que des développements vers d'autres secteurs peuvent être envisagés. « Soit tout va bien, et on participe au PSE. Soit tout va mal, mais dans ce cas, on le dit aussi », résume David Lucchetti.

 

Des plans de reclassement, proposés aux libraires de chez Chapitre, ont également agacé : « On nous propose des postes chez France Loisirs, en tant que VRP. Vous étiez libraire, et vous vous retrouvez à refourguer des cartes d'adhérents aux passants... » Les employés mobilisés hier au siège d'Actissia avaient sollicité le mandataire et le liquidateur judiciaire pour convenir d'un rendez-vous avec Joerg Hagen, resté sans suites.

 

Les salariés, en manque d'information, s'interrogent également sur la vente du siège d'Actissia, en 2011, pour une somme estimée à 50 millions €, qui ne serait visiblement plus aujourd'hui à l'ordre du jour. La date de l'audience pour la procédure en référé devrait être connue la semaine prochaine, et les salariés sont résolus à tenir bon jusqu'au dernier CE, le 24 février, voire même au-delà. « Les magasins occupés organiseront une assemblée générale, et voteront quant à la suite des événements », explique David Lucchetti, qui vient lui-même à Lyon pour soutenir ses collègues.