“Chaque lecteur francophone doit trouver sa part d’identité”, Jacques Glénat

Nicolas Gary - 01.05.2019

Edition - Les maisons - Jacques Glénat - édition francophonie - éditeur bande dessinée


SDLGENEVE19 — La maison éponyme célèbre son 50e anniversaire, et pour son fondateur, Jacques Glénat, 2019 est une année de fête. Invité par les assises de l’édition dans le cadre du salon du livre de Genève, il évoque dans le discours inaugural les liens entre l’édition et la francophonie.

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Jacques Glénat - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 
Depuis Grenoble, en passant par Titeuf dont le succès ne s’est jamais démenti, la maison Glénat se place en 2019 « dans une pensée positive : celle que le livre a beaucoup d’avenir », indique Jacques Glénat. « Et comme l’exhortait Jacques Prévert : et si l’on essayait d’être heureux. »

Parce que les raisons de se réjouir existent : « Dans les années 70, la télévision nous a fait peur, et finalement, c’est elle qui va mal. De même pour les hypermarchés — et l’on a vu arriver la Fnac. Amazon, lui, bon, fait toujours peur, mais il nous faudrait analyser les raisons de cette crainte. » Si l’on a peur de tout, comme le dit Luc Ferry, un auteur de la maison, l’éditeur estime qu’il y a des raisons de « positiver, parce que dans le métier du livre, tout ne va pas si mal ».
 

Une francophonie de liens et de difficultés


Pourtant, dans la francophonie, les difficultés existent : le transport, les douanes, les délais… et le prix. « La tabelle fut originellement inventée pour éviter les fluctuations des taux de change. Elle était d’ailleurs confortable. » Si en Belgique, ce point est en cours de règlement, cela rend le livre français bien plus onéreux dans les autres territoires francophones, y compris dans les DOM TOM. 

Pour la Belgique, justement, le marché va évoluer : à compter du 1er janvier 2021, le prix sera définitivement unique sur tout le territoire. « Mais quand le prix public diminue, tout le monde perd de l’argent : libraires, distributeurs, et ainsi de suite. Puisque les prix vont baisser, alors nous devrons modifier les approches marketing, faire plus de publicité. Chercher à vendre plus de livres moins cher plutôt que peu de livres très chers… »

La question du transport introduit des délais d’acheminement qui produiront des retards dans la mise en vente. Et un livre aura alors tôt fait de rater la marche. « Pour exemple, les parutions spécifiques Noël, qui arriveront six semaines plus tard au Québec, n’auront plus aucun sens… », plaisante Jacques Glénat. « De même pour les ouvrages politiques ou liés à l’actualité — qui peuvent intéresser Suisse ou Belgique, d’ailleurs, mais pas nécessairement le Québec. »
 

De la fabrication, aux enjeux culturels


Et puis, la fabrication même : « Dans le cas du roman, on peut faire de l’impression en local, mais pour la bande dessinée cela ne fonctionnerait pas. Notre cartonnage est très spécifique et les imprimeurs adaptés se retrouvent en France. Imprimer au Québec nous coûterait très cher, alors nous préférons faire imprimer en France et même avec le coût du transport, cela reste plus intéressant. »

À ces éléments logistiques pourrait-on dire, s’ajoute le volet culturel. « Si je parle de La loi du préau, un album de Titeuf, ce fameux préau ne dit rien aux lecteurs québécois. Les allusions et les éléments linguistiques devraient être adaptés suivant les territoires, et nous y travaillons d’ailleurs. »

Ainsi, les grands sites classés par l’UNESCO : « Pour le Canada, nous avons ajouté des monuments du territoire, et changé la couverture. De même pour un livre que l’on a fait sur le fromage : on pense toujours aux ceux de France et de Suisse, mais en Belgique il s’en trouve d’excellents souvent oubliés. » Et que dire de Joe Bar Team, cette équipe de motards passant le plus clair de leurs aventures dans un bistrot. « Culturellement, le bistrot parisien… c’est justement très parisien ! »

Jacques Glénat
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 
Solliciter des auteurs locaux pour travailler des titres plus en lien avec les attentes des lecteurs, « mais ce qui ne fait que renverser le problème, parce que les œuvres deviennent alors elles-mêmes plus complexes à exporter sur d’autres territoires. Chaque lecteur francophone doit trouver sa part d’identité, de culture, dans les œuvres qu’on lui propose ».
 

La diversité, rôle premier de l'éditeur


Et ce, sans que l’édition ne se sente « dédaigneuse voire désagréable, en ne considérant que son propre marché. Glénat tente de s’adapter, dans une certaine mesure. Mais si je prends le marché africain, à l’exception du scolaire, cela ne représente pas assez de revenus pour qu’on réalise des adaptations locales ». 

En revanche, envisager le numérique n’est, dans la bande dessinée en tout cas, pas plus pertinent. « En France, en tout cas, nous avons le goût des beaux objets. Notre maison a numérisé 10.000 titres, à prix contrôlé, mais tout est à disposition, sans susciter l’enthousiasme. » Et d’ajouter : « Oui, à l’exception du manga, parce que l’on est plus dans un mode de consommation. »

Rappelant que 40 % du marché au Japon se fait par la lecture numérique, Jacques Glénat souligne que le manga, en soi, est un objet presque jetable. « Vendus 4 ou 5 €, ce ne sont pas des ouvrages à collectionner — d’abord parce qu’il n’y a pas la place pour les conserver chez soi. »

La qualité du livre restera l’enjeu premier, pour cette francophonie — du moins le combat personnel de l’éditeur. « Tant qu’il y aura des éditeurs qui sauront publier des livres dans leur plus grande diversité, alors nous aurons des lecteurs fiers d’avoir dans les mains ces ouvrages. La mode des coffee books table que l’on laisse négligemment traîner, c’est aussi une histoire d’apparat. »

Et de conclure : « Si le marché, en France, s’est contracté de 1 ou 2 %, la jeunesse et la bande dessinée vont bien, elles. C’est un avenir tout à fait souriant. » Cela tombe bien, ce sont les deux segments que la maison travaille !

Dossier : Salon du livre de Genève 2019 : la Belgique à l'honneur
 


Commentaires
« La maison éponyme » ?

Ce n'est pas la maison qui est éponyme, c'est son fondateur.

Chercher la définition de « éponyme » dans un dictionnaire.
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