Charia en Mauritanie : un écrivain mis à mort pour insulte au prophète

Cécile Mazin - 29.12.2014

Edition - Justice - condamner mort - Mauritanie charia - fusiller insultes


2015 approche, et aucune raison de croire que les extrémistes de tous bords en profiteront pour se calmer. Pour preuve, la condamnation à mort, en Mauritanie, d'un écrivain, accusé et reconnu coupable d'insultes au prophète, Mohammed. Arrêté l'année passée, il remettait en cause, dans un article, le modèle de castes. Il a 28 ans, et sera fusillé pour son audace...

 

 

20110808 Mauritanian president answers critics | الرئيس الموريتاني يرد على الانتقادات | Le Président mauritanien répond aux critiques

Mohamed Ould Abdel Aziz , président de Mauritanie - Magharebia, CC BY 2.0 

 

 

Mohamed Cheikh Ould Mkhaitir n'aurait pas dû : ce jeune écrivain a publié un papier dans un pays où les divisions sociales et raciales sont profondément ancrées. Et l'on ne plaisante pas du tout avec la structure sociétale mauritanienne. Surtout que le président, Mohamed Ould Abdel Aziz, continue de nier la pratique de l'esclavage moderne, en dépit des multiples preuves qui sont exposées de violations des droits de l'Homme commises dans le pays. 

 

La Mauritanie est l'un des derniers pays au monde à avoir aboli officiellement l'esclavage, en 1981. Or, dans les faits, la situation n'est pas encore très reluisante. D'autant plus que les autorités religieuses continuent de mener une politique d'intolérance vis-à-vis de tout ce qui touche à l'islam. 

 

Le tribunal a demandé la peine de mort, conformément à la loi islamique, la charia, et l'écrivain sera donc fusillé. Il s'est pourtant défendu de toute volonté d'insultes, et clamait, durant le procès, que son article avait été mal compris, ou mal interprété. Il avait même plaidé non coupable, assurant qu'il n'était « pas dans ses intentions de nuire au prophète ». Dans l'article à l'origine de ce procès, il écrivait que la Mauritanie autorisait la constitution de castes inférieures, qui introduisent une discrimination dès la naissance. 

 

La peine capitale n'avait pas été appliquée en Mauritanie depuis 1987, et l'on comprend mal, sinon pour faire un exemple, les motifs qui ont convaincu les juges. Selon l'AFP, le jeune écrivain se serait évanoui durant le procès, en apprenant la sentence. Dans tous les cas, la peine, à l'extérieur du tribunal, aura été accueillie avec des vivats et des acclamations de la foule.

 

La caste des Lemaalmine, à laquelle appartient l'auteur, compte parmi les personnes largement stigmatisées dans le pays. S'il a affirmé être impensable de manquer de respect à l'égard du prophète, il compte bien faire appel de la décision. Une organisation anti-esclavage, l'Initiative de résurgence de l'abolitionnisme, a par ailleurs dénoncé le verdict.

 

La veille du verdict, plusieurs militants des Droits de l'Homme étaient également passés devant la cour de Rosso, dans le sud. Ils sont accusés de troubles à l'ordre public, ainsi que d'appartenance à une organisation illégale. Mais pour ce qui est de l'esclavage, tout est bien réglé...