Charlie Hebdo salue T411, “patrimoine de l'humanité” abattu par des vandales

Nicolas Gary - 01.07.2017

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Le site francophone de torrent T411 a donc été mis hors d’état de nuire au droit d’auteur cette semaine, par les autorités françaises et suédoises. Actif depuis des années, ce site aura finalement baissé le pavillon pirate pour de bon. La chasse sans fin à la contrefaçon compte une victoire de plus pour les ayants droit — ou pour les « vandales hypocrites », comme les désigne Charlie Hebdo. 

 

Dans une tribune parue sur leur page Facebook, l’équipe de Charlie Hebdo enjoint en effet à pleurer «la mort de T411, patrimoine de l’humanité ». Et de rappeler que c’est à l’initiative de la SACEM, de l’ALPA, du CNC et de « tous les sinistres gardes-chiourme des portefeuilles de Madonna et de Luc Besson », que la plateforme a finalement rendu l’âme.

 

Mais ce n’est pas simplement une plateforme qui a été mise hors ligne : le journal satirique parle de « destruction de ce temple de la culture, comparable dans son immensité à la bibliothèque d’Alexandrie, où l’on pouvait avoir accès gratuitement à des centaines de milliers de films rares, des CD introuvables, des livres cool, pour peu que l’on fût à l’aise avec le protocole peer to peer ». 

 

Là où Charlie vise juste, c’est que les utilisateurs acharnés sont contraints… d’aller ailleurs. C’est bien une « immense déception » que l’on ressent « chez les étudiants fauchés, les cinéphiles enragés, les mélomanes collectionneurs (les vrais, ceux qui refusent le MP3 pourri des Deezer et compagnie), les picoreurs d’érudition, les zappeurs invétérés, les bobos avares, et chez tous ceux qui savent que la sauvegarde de la culture passe par son partage ».

 

Et face à l’hypocrisie des majors pourchassant les pirates au nom de la préservation des artistes et de la culture, « les vandales n’en ont cure, de la culture ». Ayants droit ou vandales, dans la bouche de Charlie, c’est du pareil au même : « Leur raison d’être est de préserver les intérêts d’une poignée d’artistes, déjà riches, dans l’espoir de les enrichir davantage. Je dis “espoir”, car il est illusoire de penser que ceux qui lisaient Houellebecq gratuitement sur T411 se sont précipités chez le libraire pour dépenser leur argent sitôt le site fermé. »

 

Ah le roman Soumission de Houellebecq piraté, et disponible sur T411 près de quinze jours avant que le livre ne soit disponible dans les librairies et les plateformes de vente en ligne. Ce fut là l’un des grands faits de gloire de T411, en décembre 2014.

 

Mais voilà : si d’un côté se trouvaient les pirates, de l’autre se retrouvaient en nombre des « artistes confidentiels que j’ai découverts sur T411 et dont j’ai acheté les CD plus tard pour compléter ma discothèque ou les offrir à des amis. Oui, T411 était un immense tam-tam. La qualité, le choix, tout était là. C’était sans compter sur les illuminés du droit d’auteur », enchaîne Iegor Gran qui signe cette tribune et collabore depuis six ans à la revue.

 

« Résultat, les serveurs ont été détruits à la dynamite et les responsables vont maintenant être exécutés en place publique. Les vandales leur trancheront la gorge — ce sera un châtiment exemplaire pour terroriser les autres. But we shall never surrender ! » 

Selon les organisations à la base de ce coup de filet international, six personnes ont été arrêtées — donnée confirmée par le Parquet de Rennes. On retrouvait sur T411 plus de 700 000 fichiers torrent, représentant un préjudice supérieur à un milliard d’euros, selon l’ALPA. 

 

Retrouver la page officielle de Charlie Hebdo.