Charlie Hebdo, témoin de "l'arrogance culturelle des Français"

Clément Solym - 27.04.2015

Edition - International - liberté expression - Charlie Hebdo - dîner gala PEN


Traditionnellement, le dîner de gala du PEN America Center est toujours l'occasion de célébrer la liberté d'expression, et de dénoncer toutes les mesures de censure, à travers le monde. Cette année, six membres de l'organisation ont choisi de boycotter l'événement, prévu ce 5 mai. Simplement parce que le prix Freedom of Expression Courage sera remis au journal Charlie Hebdo.

 

 

Marche républicaine Charlie

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Peter Carey, Michael Ondaatje, Francine Prose, Teju Cole, Rachel Kushner et Taiye Selasi ont choisi de ne pas prendre place à table. Dans un courrier adressé aux responsables du PEN, Rachel Kushner évoque « l'intolérance culturelle » du magazine, et sa promotion acharnée « d'un point de vue laïc forcené ». Peter Carey n'en pense pas moins : le prix a outrepassé son rôle traditionnel de défense de la liberté d'expression, estime-t-il.    

 

« Un crime odieux a été commis, mais est-ce que la question de la liberté d'expression pour le PEN America doit être bien-pensante, le concernant ? Tout cela se complique par l'aveuglement du PEN devant l'arrogance culturelle de la nation française, qui ne reconnaît pas son obligation morale vis-à-vis d'une partie importante et impuissante de leur population. »

 

Les controverses autour de Charlie Hebdo se poursuivent, sauf que ce nouvel éclairage intervient au point culminant du Festival World Voices. Andrew Solomon a reconnu que les caricatures de Charlie Hebdo avaient certainement choqué des lecteurs, mais il croit fermement que la mission du PEN est bien là. 

 

« C'est incontestable que, en plus de provoquer de violentes menaces de la part d'extrémistes, les auteurs des dessins de Charlie ont offensé certains musulmans, de même que leurs dessins ont pu offenser des membres de plusieurs autres groupes visés », assure-t-il. 

 

Selon lui, les intentions de Charlie ne furent jamais d'ostraciser ni d'insulter les musulmans, mais plutôt de rejeter les discours intégristes d'une minorité. « Nous ne croyons pas que chacun d'entre nous ait à approuver le contenu des caricatures de Charlie Hebdo, pour affirmer les principes auxquels ils tiennent, ni applaudir la bravoure du personnel qui défend ces valeurs au péril de leur vie, et devant les menaces de mort. »

 

Rushdie évoque des "petites fiottes"

 

Dans un entretien accordé à ActuaLitté, Robert Sharp, chargé des campagnes et de la communication de l'English PEN estimait : « Le véritable combat est là : il ne se déroule pas entre l'Islam et l'Occident séculaire, ou entre l'Islam et l'athéisme. Il oppose la modération et le fondamentalisme. Les fondamentalistes peuvent être trouvés dans toutes les religions, et même dans l'athéisme. »

 

Il prenait plus fermement position en faveur de la liberté d'expression : « Malgré tout, après les événements, nous avons perçu une forme d'hypocrisie du gouvernement français. Quand l'humoriste Dieudonné a dit ou écrit des propos choquants après les massacres, il a été arrêté et condamné pour apologie du terrorisme. On ne peut pas, d'une part, défendre Charlie Hebdo qui attaque et insulte les idées les plus sacrées et les prophètes des religions, et en même temps traduire en justice des gens qui insultent ou moquent les victimes sacralisées d'une tragédie. Cet humoriste n'avait pas à être traité de la sorte. »

 

Salman Rushdie s'est montré un peu plus radical, sur les réseaux

 

Le prix sera remis. Le PEN tient bon. Juste six ch*attes en quête d'un peu de profondeur.

 

Et d'ajouter : « Si le PEN en tant qu'organisation de défense de la liberté d'expression ne peut pas défendre et rendre hommage à des personnes qui ont été assassinées pour avoir fait des dessins, alors l'organisation n'est pas vraiment digne de son nom. Ce que je souhaiterais dire à Peter et Michael, c'est que j'espère que personne ne viendra les traquer. »