« Chérie, je vais à Charlie » : Maryse Wolinski raconte son 7 janvier

Julie Torterolo - 22.12.2015

Edition - Société - Charlie Hebdo - Maryse Wolinski - Chérie, je vais à Charlie 


La veuve du caricaturiste Georges Wolinski – décédé lors de l’attaque de Charlie Hebdo en janvier dernier –, Maryse Wolinski, va sortir un livre pour raconter « son 7 janvier ». Le titre Chérie, je vais à Charlie en résume alors toute la trame : raconter le vide qu’a laissé son époux, mais également les circonstances de l’attentat qui a touché le journal satirique. 

 

 

« "Chérie, je vais à Charlie" : tels sont les derniers mots que Georges m’a lancés, en ce matin du 7 janvier. Trois heures plus tard, l’attentat fera douze morts. Parmi eux, Georges, frappé par quatre balles de Kalachnikov. Quarante-sept années de vie commune fracassées », peut-on lire dès la préface du livre, publié par Seuil. De son titre jusqu’à sa date de parution, le 7 janvier 2016, la symbolique de l’ouvrage est évidente.

 

Le livre relate le point de vue de son auteure, victime par ricochet des attaques qui ont frappé Charlie Hebdo laissant 12 victimes. Maryse Wolinski rappelle alors son amour et le bonheur de vivre avec Georges, et ainsi la douleur de son absence. C’est après son cours de gymnastique hebdomadaire que l’auteure apprendra la nouvelle, relate l’AFP. Son gendre, Arnaud lui annonce au téléphone : « Georges a été assassiné. Il est mort. » Des mois de douleur plus tard, l’ex-compagne de Wolinski en vient à s’interroger sur les circonstances de cette attaque.

 

Son livre, tel un exutoire, sert alors « à régler ses comptes ». « Quarante-sept années de vie commune fracassées. J’oscille entre insomnies et cauchemars, sidération et déni, enfermement et colère, obsédée par cette question : comment une scène de guerre a-t-elle pu se produire, en France, dans les locaux d’un journal satirique », écrit ainsi la journaliste et écrivaine.

 

Charlie Hebdo « n’avait sans doute plus d’avenir »

 

« Au nom de la liberté d’expression et de la défense, de la laïcité (les responsables de l’hebdomadaire) n’hésitaient pas à faire dans la surenchère », explique alors Maryse Wolinski, au sujet notamment des caricatures religieuses. Pour la direction de Charlie, « l’actualité consistait notamment à malmener le prophète Mahomet et ses adeptes jugés fanatiques, obscurantistes et dangereux », continue-t-elle. Elle souligne d'ailleurs que son époux regrettait alors « l’ambiance rigolarde et fraternelle ».  

 

Maryse Wolinski relate également qu’avant le 7 janvier, Charlie Hebdo « n’avait sans doute plus d’avenir », tout en soulignant qu’aujourd’hui le journal « s’offre une directrice de la communication, star des stars de la com, celle qui avait sorti Dominique Strauss-Kahn du mauvais pas que l’on sait ».

 

Pour réaliser son livre, Maryse Wolinski a voulu prendre la distance nécessaire pour détailler l’attaque des Frères Kouachi dans les locaux du journal. Telle une enquête minutieuse, témoignages et descriptions pointilleuses viennent alimenter l’enchainement précis des faits.

 

Vient alors le temps des dénonciations : pour elle, Charlie n’était pas suffisamment protégé, et ce « malgré les menaces ». Elle pointe notamment du doigt le syndicat policier Alliance qui aurait « fait pression sur le gouvernement pour alléger la surveillance de Charlie Hebdo », raconte-t-elle. Une accusation que se défend d’ailleurs le syndicat selon l’AFP. Pour Jean-Claude Delage, secrétaire général d’Alliance, les dispositifs de surveillance statique seraient « inefficaces et démotivants ». Il est préférable de se tourner vers des « patrouilles ». 

 

« Il y a eu des failles dans la sécurité de Charlie Hebdo et elles sont nombreuses », dénonce ainsi Maryse Wolinski. Les interrogations suivent alors le chemin  : « Les autorités policières et les responsables du journal refusaient l’idée que nous étions déjà en guerre [...] Combien y a-t-il d’agents dormants dans notre pays ? »