Chez Humensis, des salariés dénoncent “une charge de travail insupportable”

Nicolas Gary - 27.02.2018

Edition - Les maisons - Humensis débrayage travail - temps travail insupportable - salariés Humensis protestation


Sous une légère pluie de flocons, plus de soixante-dix salariés de la société Humensis étaient regroupés au pied du siège, au 140 boulevard du Montparnasse. Un débrayage prévu alors que la direction et les représentants du personnel cherchent un accord autour du temps de travail. Ce 27 février, consacrée journée la plus froide de l’année, il fallait chaudement croire en son métier…


Débrayage Humensis
ActuaLitté, CC BY SA 2.0


 

Humensis compte moins de 200 personnes, incluant les représentants sur le terrain, ainsi que les salariés de l’entrepôt de Morangis — lequel fermera, avec licenciements à la clef, dans une quinzaine de jours. En somme, le siège de Montparnasse compte 170 personnes, et en cette période de vacances scolaires, un tiers était absent. « Dans les locaux, aujourd’hui, on compte pas mal de stagiaires, ou de personnes en CDD », souligne Jacques Borde, représentant syndical CFDT.

 

La manifestation aura malgré tout réuni plus de 70 personnes toutes « concernées par le respect de notre travail et des conditions dans lesquelles nous l’effectuons », nous glisse une jeune femme. 

 

Bien entendu, chacun avait pris connaissance de l’intervention du directeur général, Frédéric Mériot, dans les colonnes d'ActuaLitté, et les multiples propositions formulées. « Nous sommes réunis pour protester contre la situation actuelle de l'entreprise qui nous impose un rythme et une charge de travail que nous refusons. La direction veut légaliser ce qui se passe depuis un an, le fait que nous fassions des heures non payées. La CFDT a clairement refusé de signer cet accord et nous sommes nombreux venus ici pour manifester notre désapprobation », indique un salarié.

 

Le fond du problème réside donc dans l’impossibilité de faire reconnaître les dépassements réguliers de temps de travail que les employés vivent. « Depuis un an que nous avons déménagé ici, la direction n’a eu de cesse que de faire augmenter la charge de travail, devenue insupportable », poursuit le représentant CFDT. « Les salariés font des heures qui ne sont pas comptabilisées, en l’absence de badgeuse, et la direction cherche à entériner cet état de fait illégal. »

 

Une éditrice relève : « On prétend que les ex-PUF font 37 heures et les ex-Belin 39. C'est faux : tout le monde travaille au-delà de ces chiffres – et on ignore quel est le véritable nombre d'heures, il n'est pas comptabilisé. » Et en l’absence de comptabilisation scrupuleuse des heures de travail, « nous aurons la pression des managers, qui subiront eux-mêmes celle de la direction ».

 

Si aucun accord n’est trouvé, précisait Frédéric Mériot à ActuaLitté, l’entreprise basculerait alors vers le régime 35 heures. « Aucun problème », reprend Jacques Borde. « Le problème se posera pour la direction : une entreprise de ce calibre, appliquant strictement la loi des 35 heures, cela me paraît difficile. La DRH, voilà quelques semaines, me l'a répété : c'est même impossible. »

 

Cependant, « personne n'y est opposé, et nous les ferons, mais on fera appel à l'inspection du travail pour qu'elle contrôle scrupuleusement son application ». 

 

 

 

L’arrivée de la directrice des Ressources humaines aura presque jeté un froid — et il en fallait — tout particulièrement lorsque, stylo en main, elle demande la liste des personnes venues manifester. Elle repartira avec quelques noms, à peine, pas vraiment aidée par les salariés. Sollicitée, elle précise que la direction « respecte le droit de grève de chacun », mais ne donnera aucune explication sur les motivations de ce pointage. 

 

Par ailleurs, elle estime que si l’entreprise bascule sur un contrat de 35 heures, aucune embauche ne sera nécessaire. « Les 37 et 39 heures, avec des journées de RTT, font qu’en lissage sur l’année, le temps de travail annuel ne change pas. Il y a un enjeu d’organisation de temps de travail et de confort. Un accord serait plus confortable pour tout le monde. »

 

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Un avis pas vraiment partagé par les salariés : « Nous travaillons 39 heures par semaine, et, en général, nous sommes plutôt à une moyenne de 45 heures. Dans les cas de gros rush, on peut faire plus de 60 heures. Il y a eu plusieurs burn-out, les pompiers qui arrivent – et cela existait déjà du temps de PUF et Belin », nous indique une jeune femme, scandalisée par les propos de la DRH.

 

« Nous sommes consciencieux et on n'hésite pas à faire beaucoup d'heures pour mener à bien les projets. Donc dire que l'on fait effectivement 35 heures par semaine, lissés sur l'année, et que cela ne changera rien de passer aux 35 heures contractuellement, c'est assez irrespectueux de notre travail. Et je pense que la direction profite du fait que l'on soit ce genre d'employés, pour pouvoir appliquer les forfaits jours qui légaliseront une pratique déjà courante, sans aucune compensation ni journée de récupération. »

 

Une lettre ouverte adressée à Denis Kessler, principal actionnaire, et sera proposée aux salariés qui souhaitent la signer : elle réunit les différents griefs, pour tenter de faire entendre raison à la direction.


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