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Chiffre d'affaires, achats et charges : bâtir un prévisionnel pour sa librairie

Nicolas Gary - 28.12.2016

Edition - Librairies - budget prévisionnel librairie - formation économie librairies - chiffre d'affaires libraires


Depuis deux ans, l’économie de la librairie indépendante retrouve une certaine santé. Pour les établissements, le budget prévisionnel reste toutefois essentiel, dans la bonne tenue de l’activité. Si le commerce du livre n’est pas un commerce comme les autres, certains impératifs s’imposent. Michel Deshors, Directeur du pôle formation de Book Conseil détaille les enjeux cruciaux de cet exercice.

 

Table de la librairie Longtemps

ActuaLitté, cc by sa 2.0

 

 

ActuaLitté : Qu’est-ce qui différencie la librairie d’autres commerces dans l’approche du prévisionnel ?

 

Michel Deshors : Trois domaines sont à prendre en compte : le CA, les achats et les charges. Pour le CA, peu de choses à vrai dire sauf l’invraisemblable production pléthorique d’ouvrages chaque année différenciant la librairie des autres commerces.

 

Et aussi la qualité de la production et l’effet médiatique qu’elle peut entraîner. Un épicier vend plus d’eau en été qu’en hiver, et, cela, il peut le budgéter sans problème. Un libraire vendra plus de romans à la rentrée littéraire qu’au mois de mars, mais dans quelle proportion ? Les prix littéraires génèrent des ventes fort variables d’une année sur l’autre. Comment l’appréhender 4 mois ou un an auparavant ?

 

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On pourrait aussi citer les marchés des collectivités qui « tombent » ou pas… Pour les achats, je ferai la même réponse. Mais il faut intégrer la faculté de retour qui permet de corriger un budget attendu si le CA n’est pas au rendez-vous. Pour les charges, rien ne différencie le prévisionnel d’une librairie de celle d’un autre commerce.

 

ActuaLitté : Pourquoi le métier de libraire semble-t-il si difficile économiquement ?

 

Michel Deshors : Être libraire, c’est agir en Monsieur Loyal, en animateur, en stimulateur ou en metteur en scène, en même temps qu’en ministre des Finances en mesure se surveiller ses indicateurs, ses marges si peu généreuses, ses stocks et son fonds de roulement.

 

Cela paraît simpliste, mais l’être humain, le libraire pour parler de lui, doit souvent se faire violence pour accorder ces deux aspects du métier. L’un ne va pas sans l’autre pourtant dans la librairie moderne. Il faut insister sur les marges. Assez faibles par rapport à un commerce de vêtements par exemple, elles ne favorisent pas l’économie de point de vente. Mais les vocations sont toujours plus nombreuses…

 

ActuaLitté : Comment expliquer la fragilité de certains modèles ?

 

Michel Deshors : Les particularités du métier, énoncées précédemment expliquent en partie cette fragilité. Mais j’insisterai aussi sur ce que j’appelle les « tentations des collectivités » qui conduisent les libraires à rechercher, coûte que coûte, du chiffre d’affaires auprès des collectivités.

 

Celles représentées par les bibliothèques dont le plafond de remise bloqué à 9 % peut rassurer — sans oublier les droits Sofia — ne sont pas trop dangereuses pour peu qu’elles représentent une proportion modeste par rapport à l’ensemble du chiffre d’affaires. Mais aller chercher un marché scolaire avec des remises négociées à 25 ou 26 % sont une pure folie pour le libraire moyen.

 

ActuaLitté : Quelles aides peuvent être sollicitées pour mieux gérer son établissement ?

 

Michel Deshors : Deux axes peuvent être envisagés. Tout d’abord et sans aucun doute un audit de l’entreprise suivi d’une mise en œuvre de décisions concrètes peuvent apporter des réponses aux problèmes posés, il ne faut pas écarter le regard extérieur d’un expert qui peut aider à faire ressortir des choses. Et en second, il est bien sûr essentiel de se former tout au long de sa vie professionnelle.

 

Formation Bâtir un prévisionnel par Book Conseil

 

ActuaLitté : Comment expliquez-vous le renouveau économique des deux dernières années ?

 

Michel Deshors : Trois raisons à ce renouveau me paraissent prévaloir. Tout d'abord, une meilleure prise de conscience par les libraires des enjeux et des contraintes économiques de la gestion d’une librairie. Et aussi mieux admettre que si le livre est un produit noble, il est quand même un produit et qu’être commerçant n’est pas une vaine affirmation.

 

Ensuite, une production éditoriale de meilleure facture et enfin, un effet de civisme qui ramène les clients vers le commerce de proximité où le conseil prime souvent.

 

 

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