Chine : dans le métro, la chasse aux livres façon Emma Watson finit mal

Nicolas Gary - 19.11.2016

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L’actrice Emma Watson, et ses campagnes de distribution de livres dans le métro inspirent des opérations similaires, partout dans le monde. Une société chinoise a décidé de mener une campagne de partage à grande échelle, sur ce même principe. Mais l’effet bad buzz obtenu n’était certainement pas celui recherché.

 

Crédit The Fair

 

 

The Fair, la société basée à Beijing, a débuté dans plusieurs grandes villes du pays une opération de book-crossing. Contrairement à Emma Watson qui avait sévi dans les métros londonien et new-yorkais, avec une centaine de livres à chaque fois, l’entreprise avait déployé plus de 10.000 livres près du métro, des bornes de taxis et dans les aéroports de Biejing, Shanghai et Guangzhou. 

 

Le tout avec pour projet d’étendre plus encore l’ensemble de cette campagne, incitant à la lecture. Plusieurs acteurs, dont Huang Xiaoming ou Xu Jinglei, ont trouvé l’idée fascinante et accepté d’y associer leur image – alors que dans le même temps, de grands éditeurs chinois ont suivi le mouvement. 

 

Sauf que l’ensemble n’a pas vraiment fonctionné. Non seulement les voyageurs ne se sont pas du tout emparés des livres, mais bien au contraire, ils se sont plaints abondamment – quand ce n’était pas l’incompréhension qui les retenait. Certains ont en effet cru que les livres posés sur les sièges montraient que d’autres usagers des transports avaient ainsi tenté de réserver une place. Et pour le coup, personne n’osait déplacer le livre qui occupait alors un siège vide. 

 

La campagne Mobook est devenue un flop complet – outre qu’elle s’est fait fustiger pour son manque d’originalité et l’inspiration très occidentale dont elle découlait. « Nous ne pouvions même pas nous asseoir dans le métro, comment aurions-nous pu trouver des livres », ont lancé, mi-figue, mi-raisin, certains usagers. 

 

Dans le même temps, les responsables du métro de Shanghai ont exhorté à ne pas prendre part à cette opération durant les heures de pointe, attendu que les voitures sont déjà suffisamment blindées pour ne pas en plus rajouter à la confusion... On ne perturbe pas l’ordre public en Chine, en règle général, et durant les heures de pointe, en particulier. 

 

Une Chine qui ne lit pas, ou peu, par plaisir

 

Ce qui ressort le plus, dans les commentaires retrouvés sur les réseaux sociaux, et notamment WeChat, la messagerie très populaire dans le pays, c’est que le concept marketing... était un peu vain. Et finalement, n’encourageait pas particulièrement ni à la lecture ni ne le permettait.

 

Cerise sur le gâteau, l’acteur Huang Xiaoming, qui participait à la promotion de la campagne s’est fait gentiment épingler. « N’est-il pas embarrassant que la campagne soit maintenant promue par des stars qui, vraisemblablement, ne lisent pas ? », interroge un internaute. En effet, pas plus cet acteur que d’autres n’ont une relation avide à la lecture, constate-t-on.

 

Subway Reads : lire des ebooks gratuits dans le métro de New York 

 

Mais ils ne sont pas les seuls : un sondage mené par l’Académie chinoise de la presse et de l’édition montre qu’un citoyen du pays a lu 4,56 livres au cours de l’année 2015. Soit bien moins que le Canada, les Etats-Unis et bien d’autres pays – ou encore 11 en Corée du sud et 9 au Japon. Pas faute d’en avoir conscience, par ailleurs, puisque 50 % des sondés estiment n’avoir pas assez lu durant l’année. 

 

Vous ne les aviez pas vus ? À côté de la poubelle...

 

 

Et dans le métro, les voyageurs sont plutôt rivés sur le nez sur leur smartphone, ou à épier l’activité des réseaux sociaux, ou encore regarder des émissions, faire du jeu vidéo, etc. Il semble bien, souligne Murong Xuecun, écrivain chinois renommé, que ses concitoyens n’aient d’intérêt pour le livre et la lecture qu’à compter du moment où cela vise un objectif plus élevé que le simple plaisir.   

 

Manque de temps.. mais surtout, une cible ratée

 

« Au cours des trois dernières décennies, l’économie chinoise s’est développée rapidement et les gens n’ont plus eu beaucoup de temps libre. Tout le monde est pressé par le travail, et personne n’a le temps de lire », indique-t-il. Si lire rime avec réussir un examen, un concours, etc., alors pas de problème, mais le plaisir de la lecture semble quelque chose d’assez étranger à ses contemporains.

 

« Le fait que les Chinois ne lisent pas régulièrement ne signifie pas que nous ne devrions toutefois rien faire pour encourager et promouvoir la lecture. » D'autant que les classiques, dans le métro chinois, avaient le vent en poupe !

 

Loin, très loin, cependant du projet Books on the Underground, qu’Emma Watson avait initié dans le métro de Londres. Lorsque l’actrice visait à sensibiliser des gens à des causes qui lui sont chères, nombre de Chinois ont fini par considérer qu’il ne s’agissait là que d’une activité marketing pour la seule promotion de The Fair.

 

D’ailleurs, une partie des livres déposés dans les métros ont été récupérés... par les services de nettoyage. Yang Chao, responsable ferroviaire de Shanghai explique : « En ce qui concerne les choses que les passagers laissent dans les voitures, nous devons les nettoyer, dans le cas où certaines seraient des supports promotionnels ou des publicités. » 

 

 

via BBC, Global Times