Chine : emprisonné pour avoir vendu un livre sur internet

Camille Cornu - 07.12.2015

Edition - International - Lu Zhibin - Chine censure édition - a history of brainwashing


Fu Zhibin, auteur de History of Brainwahing, a été condamné vendredi à une peine supplémentaire d'un an et dix mois de prison, pour avoir vendu son livre en ligne. L'ouvrage critiquait le Parti communiste chinois. L'auteur était emprisonné depuis plus d'un an, et cette condamnation arrive dans un contexte d'élargissement drastique de la censure en Chine. 

 


 

 

Fu Zhibin, 51 ans, avait été enlevé par le gouvernement chinois le 9 septembre 2014, suite à l’intervention de la police de la ville de Nanchang. Le gouvernement chinois aurait en effet l’habitude d’enlever les intellectuels dissidents avant d’engager un procès officiel, comme cela avait eu lieu le mois dernier avec ces quatre éditeurs portés disparus. Plus d’un an après le début de cette détention, le résultat est tombé sans surprises. 

 

Le livre avait été publié à Taïwan et était principalement en vente sur internet, via Taobao, l’équivalent chinois de eBay. Son auteur a été condamné à un an et dix mois de prison pour mener des « opérations de commerce illégales », ainsi qu’à une amende de 150.000 yuans. Son assistant a également été condamné à une peine de prison de un an et cinq mois, et deux des employés de l’imprimerie ont également écopé d’un emprisonnement et d’une amende. 

 

Son avocat, Zhang Zanning, a rapporté que les autorités avaient accusé le livre de ne pas avoir de numéro de publication, ce qui le rendait illégal. Mais d’après lui, cela ne le rendait coupable que d’avoir violé une loi administrative, et pas criminelle. Le gouvernement chinois n’aurait donc pas le droit d’emprisonner l’auteur pour ce motif à moins d’obtenir une confirmation de l’agence administrative en charge des publications.

 

L’avocat entend faire appel et dénoncer l’arrestation et la détention de son client comme illégale. L’avocat de la défense a cependant confié au RFA qu’il avait prévu pire : « Nous nous attendions à un emprisonnement de plus de trois ans, donc ce n’est pas aussi dur que ce que nous pensions, pas si on pense qu’ils sont coupables. »

 

Déformer l'histoire de la Chine communiste

 

Un des dossiers du procès accuse l’auteur d’avoir « déformé et calomnié l’histoire du parti communiste » et de « nier la légitimité du parti communiste chinois », a confié l’avocat. Fu décrit l’ascension la façon dont le Parti communiste s’est emparé du pouvoir avec le soutien de l’Union soviétique, et du lavage de cerveau qu’il a opérés pour contrôler les pensées des citoyens à travers la « terreur rouge », ce que le dossier considère comme une « insulte ». 

 

Fu y est également accusé d’avoir diffamé les noms de la première génération de membres du Parti communiste, dont Mao Zedong, et les accusateurs ont considèré que le livre avait eu une haute influence dans la population. Alors que l’auteur a été enlevé peu après sa publication, il en avait en vendu 1000 exemplaires. 

 

Le résultat du procès est tombé ironiquement le jour de la journée de la constitution en Chine. Depuis quelques mois, le gouvernement chinois impose une censure de plus en plus drastique. Alors que les livres censurés pouvaient encore être disponibles dans une arrière-salle des librairies, appelées les « jinshu book tables », ces ventes ont également été interdites en mai dernier.

 

Fin septembre, des membres du PEN center america dénonçaient également cette censure grandissante en chine, qui amène de plus en plus les intellectuels à se voir emprisonnés. 

 

Le PEN International a cette fois dénoncé l’emprisonnement illégal de l’auteur, citant un proche de l’auteur et réalisateur : la condamnation est en effet intervenue le jour de célébration de la Constitution chinoise. « L’article 35 de la Constitution dit que les citoyens jouissent de leur liberté d’expression, de publication et d’association », rappelle le journaliste Sun Lin.