Chine : faire taire les dissidents, même au-delà de ses frontières, le cas Hong Kong

Nicolas Gary - 08.11.2016

Edition - International - Pen America - Hong Kong enlèvements - libraires éditeurs kidnapping


Les enlèvements d’éditeurs et de libraires de Hong Kong, manifestement opérés par les autorités chinoises, du moins avec leur complicité, ont fait l’objet d’un nouveau rapport. Le PEN America évoque désormais des inquiétudes quant au respect du droit des auteurs, des activistes et des universitaires qui travaillent sur l’île...

 

 

 

Writing on the Wall : Disappeared Booksellers and Free Expression in Hong Kong propose un état des lieux des plus complets sur les disparitions survenues fin 2015, avec une attention toute particulière portée aux libraires Gui Minhai et Lee Bo. Tous deux sont des ressortissants chinois qui ont été arrêtés par des agents chinois, en Thaïlande et à Hong-Kong, « en violation du droit international », souligne le PEN. 

 

« Cette action sans précédent reflète une escalade dangereuse de la tactique chinoise pour faire taire les dissidents, même au-delà de ses frontières », précise le document. 

 

Ce dernier pointe par ailleurs que, depuis les incidents, plusieurs librairies et maisons d’édition ont fermé leurs portes et que des auteurs ont fait disparaître leurs publications des lieux de ventes. On indique même que des imprimeurs ont refusé la fabrication et la distribution de livres, dès lors qu’ils touchaient à des sujets sensibles. 

 

C’est qu’au cours des dernières décennies, Hong Kong incarnait un îlot de liberté, en regard des interdictions multiples qui pèsent sur les publications en Chine. Accessible aux résidents du continent, HK offrait alors l’opportunité d’une liberté d’expression plus grande, qui aujourd’hui est sévèrement frappée. 

 

"Un pays, deux systèmes"... presque

 

Qu’en est-il alors, un an après les enlèvements ? Eh bien, l’industrie de l’édition de Hong Kong, qui représente 2 milliards $ de chiffre d’affaires n’est pas vraiment au beau fixe. « Selon les éditeurs, auteurs, avocats, représentants du gouvernement et autres personnes sollicitées, les enlèvements ont porté atteinte au sentiment de sécurité des habitants de Hong Kong, plus protégés par le “Un pays, deux systèmes”, modèle établi quand HK est passé sous le contrôle chinois, en 1997. »

 

Suzanne Nossel, directrice générale du PEN America, dénonce l’empiétement chinois constant sur les libertés individuelles et entrepreneuriales. « Le gouvernement de Hong Kong doit réagir de manière décisive pour renforcer la primauté du droit et le modèle “un pays, deux systèmes”, qui protège la liberté créatrice, et a permis à Hong Kong de devenir un centre d’activité aussi important. »

 

Au terme d’une mobilisation internationale, on avait vu trois éditeurs et libraires jusqu’à lors disparus, réapparaître sur la scène, durant une courte période. Mais chacun avait trouvé soit de bonnes excuses, soit un mauvais scénario, pour nier que le moindre problème ait eu lieu. 

 

Un rapport qui a reçu un étrange écho, puisque les libraires, éditeurs et bibliothécaires d’Amérique ont tenu à faire preuve de leur plein soutien à l’égard de Lam Wing-kee, seul libraire à avoir communiqué les détails de son emprisonnement en Chine. Les organisations professionnelles, ABA, ALA et AAP ont tenu à « exprimer leur profonde admiration pour Lam et sa défense courageuse du droit du peuple chinois à lire les livres qu’il souhaite ».

 

 

 




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