Chine : interdire la publication d'oeuvres sur internet aux entreprises étrangères

Cécile Mazin - 17.02.2016

Edition - International - Chine internet - oeuvres créatives - censure entreprises


Toujours empêtré dans sa recherche de nouvelles solutions de censure, le gouvernement chinois a déployé une nouvelle réglementation, portant sur les œuvres créatives publiées en ligne. Les entreprises étrangères et leurs filiales seraient désormais interdites de diffuser directement jeux vidéo, animes, bande dessinée ou autres enregistrements audio et vidéo. Un renforcement du contrôle exercé qui ne manque pas de faire réagir. 

 

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Travis Wise, CC BY 2.0

 

 

Beijing chercher donc à resserrer plus encore sa maîtrise des contenus accessibles en ligne, et restreindre la capacité des créateurs à diffuser leurs œuvres. La nouvelle proposition de surveillance Régulation pour la gestion de services de publication en ligne a été présentée dimanche dernier. Elle prévoit l'application de mesures strictes sur tous les secteurs du divertissement. Et les sociétés étrangères ne seraient donc plus autorisées à divulguer directement les œuvres, dans l'internet consultable en Chine.

 

Pour obtenir une dérogation, il faudra dès lors se soumettre aux services de l’Administration d’État de la Presse, des Publications, de la Radio, des Films et de la télévision. Cette dernière sera seule en mesure de délivrer les autorisations idoines. En outre, il reviendra aux collectivités locales de surveiller les éditeurs en ligne pour s’assurer qu’ils ne contreviennent pas aux règles en vigueur.

 

L'enjeu de la surveillance par anticipation

 

Fu King-wa, professeur agrégé en journalisme, à l’Université de Hong-Kong souligne que « cela fait partie de la campagne de la Chine pour renforcer le contrôle d’internet. Je ne suis pas étonné du tout par cette nouvelle législation. »

 

La loi se substituera aux règles déjà en vigueur depuis 2002, portant sur « la réglementation temporaire et la gestion de l’édition en ligne ». Cette mesure avait d'ailleurs été instaurée peu de temps après que la Chine a rejoint l’Organisation mondiale du commerce, en décembre 2001. À ce titre, les entreprises étrangères étaient autorisées à mettre en ligne des créations, à condition que ces dernières répondent à des exigences de censure affirmées.

 

« La surveillance d’internet fait maintenant partie des efforts liés à la sécurité nationale. En tant que tel, maintenir un contrôle sur ce qui est publié en ligne est devenu une politique étatique », poursuit l’universitaire. 

 

Cela implique de la part des producteurs de contenus de pratiquer l’autocensure, pour ne pas se faire taper sur les doigts. Pourtant, le secrétaire général du parti communiste, Xi Jinping, a présenté voilà deux ans déjà, tout un programme de sécurité sur internet et en rapport avec la diffusion d’information.

 

« Nous devons respecter le droit de chaque pays à choisir sa propre approche en matière de gouvernance pour internet. Le cyberespace n’est pas un endroit au-delà de l’état de droit », soulignait-il, à l’occasion d’un discours d’ouverture de la World Internet Conference qui se tenait à Wuzhen, dans la province du Jiangsu. (via SCMP

 

Big Brother, terra marique

 

La mainmise chinoise ne s’exerce cependant pas uniquement sur son propre territoire. En début d’année, la disparition de plusieurs éditeurs et libraires travaillant pour la société d’édition Mighty Current avait été largement dénoncée dans la presse. Cinq employés étaient déclarés manquants, alors qu’ils travaillaient à Hong Kong : la Chine était alors soupçonnée d’avoir procédé à leur extradition, de manière plus ou moins légale. 

 

Ainsi, le Parlement européen avait appelé à la libération immédiate des cinq personnes, dans une résolution. Celle-ci réclame « la libération sur le champ de toutes les autres personnes arrêtées arbitrairement pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression et de publication, à Hong Kong ». 

 

En parallèle, les librairies de HK, alors même que le territoire devrait jouir d’une certaine autonomie vis-à-vis de Beijing, se retrouvent régulièrement à devoir jouer finement pour échapper à la Chine

 

« En théorie, tout le territoire bénéficie de la liberté de presse. Mais en vérité, nous ne sommes pas autorisés à mentionner ces sujets interdits. Beaucoup de lecteurs de Chine viennent regarder ces livres juste par curiosité. Pour le dire simplement, ici, vous pouvez lire la vérité », confiait Paul Tang, propriétaire de la librairie People, de Hong Kong.