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Chine : les revues scientifiques, nouvel outil des autorités contre les Ouïghours

Camille Cado - 06.12.2019

Edition - International - Ouïghours persécutés Chine - Propagande Chine revue - Spinger Nature et Wiley Chine


Le jeudi 5 décembre 2019, Spinger Nature et Wiley, deux éditeurs de prestigieuses revues scientifiques, ont décidé de reprendre voire de supprimer les articles et recherches qu'ils avaient pu publier sur les minorités ethniques en Chine. Cette décision fait écho à un article récemment publié dans la revue Nature qui décrivait la manière dont les autorités chinoises utilisaient les outils scientifiques et les études publiées pour traquer et persécuter ces groupes, comme les Tibétains ou les Ouïghours.
 
photo d'illustration : PhotoMIX Company - pixabay license


« Les autorités utilisent une base de données ADN nationale ainsi que d'autres types d'outils de surveillancestelles que les caméras ou les scanners faciaux pour traquer la population musulmane Ouïghour dans la province de Xinjiang » annonce Yves Moreau dans un article de la revue Nature publié le 3 décembre.

Dès lors, « les chercheurs qui travaillent sur les nouvelles techniques d'identification biométrique doivent faire plus attention sur la manière dont leurs inventions peuvent être utilisées et détournées » explique le journaliste. « Les éditeurs doivent s'assurer que les recherches qu'ils publient sur l'identification biométrique, surtout quand elles impliquent des populations en danger, ne doivent pas être utilisées à de mauvaises fins. »

En apprenant les enjeux et les risques de telles publications sur les nouvelles techniques d'identification, Spinger Nature et Wiley ont décidé de revoir certains de leurs articles qui auraient pu servir de bases de données pour les autorités chinoises. D'autant plus que certaines études auraient en réalité été financées et réalisées par des agences de surveillance chinoises...

« Au cours des huit dernières années, la revue International Journal of Legal Medicine (publiée par Springer Nature), ainsi que Forensic Science International et Forensic Science International: Genetics Supplement Series (toutes deux publiées par Elsevier) auraient rédigé 40 articles en collaboration avec des membres de l'autorité chinoise » affirme-t-il. Sans surprise, ces articles portent surtout sur les profils ADN des Tibétains et des Ouïghours.

« Et quand les journaux occidentaux publient de tels articles rédigés par des scientifiques chinois affiliés à des agences de surveillance du pays cela leur confère du prestige et une certaine légitimité. » Pour Yves Moreau, cela revient à prêter un couteau à son ami tout en ayant conscience qu'il l'utilisera pour tuer. 
 

« Vous produisez un élément de connaissance tout en sachant qu'il sera utilisé à des fins horribles... voilà le problème » reprend-il. A cela, Tom Reller, un porte-parole d’Elsevier, a déclaré que les éditeurs « ne pouvaient pas contrôler les potentiels abus dont les articles pouvaient faire l'objet ».
 

Des études génétiques illégales


En plus de s'inquiéter d'une potentielle utilisation des recherches chinoises sur les données personnelles des minorités ethniques pour créer des nouvelles technologies de surveillance, Yves Moreau craint également que les tests génétiques n'aient été faits dans les règles.

En effet, dans les cas de ces tests, une feuille de consentement est obligatoire. Or, impossible de vérifier que les Ouïghours aient donné leur accord par écrit pour les prélévements ADN.

Yves Moreau pointe alors du doigt un article de Springer, publié en 2018, qui analyse la forme crânienne des Ouïghours. Bien que l'étude indique que les sujets étaient « volontaires », elle ne mentionne pas les formulaires de consentement.

Le groupe d'édition scientifique allemand Springer Nature et la maison américaine Wiley se sont alors engagés à durcir leurs directives pour s'assurer que les scientifiques aient bien eu le consentement des personnes qu'ils étudient.
 

Springer Nature et Wiley : de nouvelles mesures établies


En septembre, Yves Moreau et trois autres scientifiques avaient déjà demandé à Wiley de retirer un article qui portait sur les visages des minorités, publié l'an dernier, évoquant le risque d'abus que cette publication pouvait susciter.

« Ici, même si les auteurs obtenaient le consentement de ceux qu'ils avaient étudiés, l'objectif était clairement de donner quelques outils pour mieux repérer les Tibétains et les Ouïghours » avance Jack Poulson, un autre scientifique. Si la maison d'édition avait initialement refusé de supprimer l'article, elle a annoncé cette semaine qu'elle allait reconsidérer sa décision.

Chine : des revues scientifiques censurées
à la demande du gouvernement



De même, alors qu'en février dernier, un journal du nom de Frontiers in Genetics avait rejeté un article basé sur les récentes découvertes autour de l'ADN de plus de 600 Ouïghours, Human Genetics, la revue appartenant à Springer Nature, avait décidé de le publier.

Philip Campbell, rédacteur en chef de Springer Nature, a déclaré que Human Genetics ajouterait une note éditoriale à l’étude. Il a également expliqué que les rédacteurs en chef feront preuve de plus de minutie dans le choix et le traitement des documents à l'avenir.

via The Bookseller




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