Chine : les scandales politiques attisent la convoitise

Clément Solym - 18.09.2012

Edition - International - Hong Kong - librairie - scandales politiques


Dans un pays pour qui politique rime avec oppression, pensée unique ou emprisonnement d'office de tout ce qui ressemble à un opposant au régime, les livres politiques n'ont pas bonne presse. Sinon en dehors du pays. Mais les scandales récents, sur fond de sexualité débridée et de crimes attirent les chalands, pris dans le vertige des frasques policières...

 

 

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Yingtak CC BY-ND 2.0

 

 

Même les Chinois continentaux ont du mal à parler de leurs goûts de lecteurs. On repose aussi rapidement une biographie entrouverte, qui raconte la vie du vice-président chinois Xi Jinping, que si l'on était pris en pleine lecture d'un magazine pornographique. 

 

D'un côté, on a donc la science-fiction chinoise qui commence à envahir les librairies américaines, avec des traductions qui permettent à l'industrie de faire son beurre. De l'autre, des scénaristes qui sont réprimés et doivent impérativement modérer leurs propos et idées... et au milieu, la rivière politique coule, alors que de juteuses affaires menacent d'éclater à l'approche du prochain congrès du Parti communiste...

 

Et dans ce contexte, nombre de livres sortent pour évoquer le triangle amoureux de cette Chinoise qui aurait pris part à l'assassinat d'un citoyen britannique, Neil Heywood, alors que son mari comptait parmi les grands pontes du milieu politique.

 

Pour un libraire travaillant à Hong Kong, chez One Page, la plupart des clients sont curieux, en découvrant ces ouvrages, parce qu'ils n'ont pas le droit de les acheter quand ils sont en Chine. L'isolement insulaire offre une liberté inédite, au point que Jin Zhong, analyste politique, et rédacteur en chef du magazine Open, explique : « Hong Kong est la capitale des livres interdits. Cette année tout particulièrement, il y a bien plus de livres qu'avant, alors que le Parti communiste essuie le plus grand scandale depuis 1989. »

 

Et d'ajouter, au LA Times, que les Chinois restent avides de livres et d'informations, mais la qualité n'est pas toujours au rendez-vous. Certains sont produits en une seule semaine, et ressemblent à des blogs mal ficelés. D'autres, en revanche, sont immédiatement très populaires, parce qu'ils jouent sur des thématiques qui excitent la curiosité. « Certains ne sont pas vraiment plus intéressants que la pornographie vendue dans un kiosque à journaux », ajoute-t-il.

 

Les Chinois sont captivés, pour peu qu'ils aient accès aux livres, par les frasques de leurs politiciens, un peu comme en France, les aventures Sinclair/DSK ont pu faire vendre ou comme celles du trio Hollande-Trierweiler-Royal peuvent intéresser le public. A la différence près que le pays n'exerce pas une censure terrifiante sur ces ouvrages...

 

Et Ho Pen, chef du Mirror Books, explique depuis son siège : « Parfois, les douanes effectuent une vérification aléatoire des bagages. Si un fonctionnaire des douanes découvre un livre, le pire qu'il fera, c'est de le confisquer. Et peut-être même de le lire... »