Chine : privé de médicaments, un écrivain meurt dans un camp de “rééducation”

Heulard Mégane - 21.06.2019

Edition - Société - écrivain ouïghour - camp d'internement en Chine - Pen America


Nurmuhammad Tohti, écrivain renommé de la communauté ouïghoure du Xinjiang est décédé dans un centre de « rééducation » de la pensée en Chine, où il était détenu depuis novembre 2018. Selon la famille, l’auteur a été privé de son traitement médical pour le diabète et les maladies cardiaques. Les organisations de défense des droits de l’homme et de la liberté d’expression, notamment le PEN America, s’insurgent contre ces camps d’internement chinois. 

mike.benedetti — CC BY 2.0


Selon les membres de la famille vivant en exil au Canada, les conditions de la mort de Tohti, âgé de 70 ans, restent floues. Berna Ilchi, la petite-fille de Tohti a déclaré à Voice of America, ne pas savoir s’il était décédé à l’intérieur du camp ou non, torturé à mort ou médicalement négligé. Ils ont appris le décès de l’auteur 11 jours après, il serait mort le 31 mai, car selon eux, la partie de la famille restée en Chine craint d’être prise pour cible s’ils divulguent des informations. 

Des doutes sur les causes du décès

La Radio Free Asia rapporte que le petit-fils de Tohti, Babur Ilchi, a confirmé sur son compte Instagram — maintenant supprimé — que sa grand-mère lui avait annoncé la nouvelle : « Peu de temps après l’appel, ma grand-mère a reçu un message du gouvernement chinois indiquant qu’elle avait répondu à un appel à l’étranger de Xinjiang et que cette décision était dangereuse. Qu’a-t-elle fait à part nous dire qu’il était décédé ? Pourquoi cela devrait-il avoir des conséquences ? »

Il ajoute : « Son nom était Nurmuhemmet Tohti et il était un écrivain respecté ; aucune affiliation avec le terrorisme, ce que le gouvernement chinois prétend que ces camps de concentration combattent. Il méritait mieux, ainsi que les MILLIONS d’Ouïghours qui souffrent à présent. » Ilchi a écrit  « mon grand-père a été assassiné par le gouvernement chinois » en lui refusant tout traitement.
 

Les camps d’internement de la Chine ont été critiqués et comdanés par les organisations de défense des droits de l’homme et de la liberté d’expression. Ils accusent le gouvernement chinois de violer les droits fondamentaux des Ouïghours.

“Traitement inhumain”

Summer Lopez, directrice principale des programmes de liberté d’expression de PEN America, a déclaré dans un communiqué : « Le traitement inhumain rapporté dans les camps d’internement est une terrible illustration de la gravité des violations de la liberté d’expression commises par la Chine. La mort de Tohti est une perte tragique pour la communauté littéraire ouïghoure, au moment où le gouvernement tente d’abolir leur vie culturelle et intellectuelle. »

Un rapport récent du Uighur Human Rights Project (une organisation de reportage et de défense des droits basée à Washington) montre que Nurmuhammad Tohti n’était pas le seul intellectuel ouïghour visé par le gouvernement chinois.

Le rapport intitulé “Détenus et disparus : intellectuels sous l’assaut de la patrie ouïghoure” dévoile près de 380 cas d’intellectuels internés, disparus ou emprisonnés, dont 101 étudiants, et 285 universitaires, artistes et journalistes.

Dans l’ouest de la province du Xinjiang, le gouvernement chinois a intensifié sa répression contre les Ouïghours et les autres minorités musulmanes. 

De rares témoignages... effrayants

En effet à l’occasion du 30e anniversaire de la manifestation sur la place Tiananmen, qui a été suivie par une répression militaire des manifestations pacifiques, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a déclaré dans un communiqué que « les citoyens chinois ont été victimes d’une nouvelle vague d’exactions, en particulier dans le Xinjiang, où les dirigeants du Parti communiste tentent méthodiquement d’étrangler la culture ouïghoure et d’éradiquer la religion islamique, notamment par la détention de plus d’un million de membres de groupes minoritaires musulmans ».
 

La Chine décrit les établissements comme des “pensionnats” offrant une formation professionnelle aux Ouïghours, décourageant la radicalisation et protégeant le pays du terrorisme. Mais dans des reportages, notamment celui de la BBC, on peut voir que les détenus sont décrits comme des « affectés par l’extrémisme religieux », et que le but des camps était « de se débarrasser de leurs pensées extrémistes ».

Un journaliste de la BBC, John Sudworth, a été invité à visiter un camp de « transformation de la pensée » dans le Xinjiang sous l’égide du gouvernement. Il en a fourni des images rares, tout en interviewant d’anciens détenus sur leurs expériences :



Via The Guardian, Voice of America, Radio Free Asia


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