Chine : s'accommoder de la censure, pour le bien des ventes

Antoine Oury - 21.10.2013

Edition - International - Chine - censure - Ezra F. Vogel


Le marché chinois, même sans faucille, est à double tranchant : énorme vivier de lecteurs, il garantit des ventes inimaginables dans un autre pays du monde, mais impose souvent aux auteurs de ne pas être top attaché à leurs textes. Certains acceptent de faire avec les coupes, d'autres préfèrent se retirer en signe de désaccord, tandis qu'une nouvelle catégorie d'auteurs fait son apparition...

 


Google U.S. vs. Google China

Google U.S. vs. Google China (Rory Finneren, CC BY 2.0)

 

 

Ezra F. Vogel, professeur à Harvard, a fait son choix : son livre, Deng Xiaoping and the Transformation of China, consacré à un secrétaire général du parti communiste chinois et chef de la République populaire, paraîtra allégé de quelques phrases dans le pays. « Le choix fut très simple. Je préfère voir 90 % du livre publié plutôt que pas de livre du tout », expliquait le professeur émérite, en tournée de promotion en Chine.

 

Jackpot, surtout : vendu à 30.000 exemplaires aux États-Unis, le livre s'écoule jusqu'aux 650.000 en Chine... Entre 1995 et 2012, le nombre d'ouvrages d'auteurs étrangers a bondi : de 1.664 petits chanceux à 16.000, et un véritable marché en la matière : J.K. Rowling aurait gagné 2,4 millions $ de ses ventes chinoises... Quand la trilogie d'EL James, Fifty Shades of Grey, attendrait le passage à l'impression dans les cartons d'un éditeur local, censuré par les autorités.

 

Sans surprise, les auteurs exilés sont bien moins arrangeants avec la censure : Qiu Xiaolong, auteur de polars, a ainsi été excédé des demandes des éditeurs, qui lui demandaient de supprimer toutes les références à Shanghai, et de remplacer la ville par une autre, imaginaire. Problème : toute l'enquête de son roman se déroule à Shanghai... Il a refusé la publication du tome suivant de sa série policière.

 

Parmi les sujets les plus risqués, les tensions ethniques de la région, évidemment, mais aussi Taiwan ou le Falun Gong, pratique spirituelle bannie, ainsi que toute référence à la Révolution culturelle, seraient l'assurance d'une censure suivie. Mais, comme le souligne un éditeur anonyme, « L'autocensure est devenue l'arme la plus efficace. Si vous laissez passer quelque chose qui est ensuite lu par quelqu'un de la haute, votre carrière peut être ruinée. »

 

(via New York Times)