Chine : un 4e libraire disparu réapparaît, assurant... qu'il n'a pas disparu

Antoine Oury - 16.06.2016

Edition - International - libraire Hong Kong - Lam Wing-kee Chine - Mighty Current Chine


En octobre 2015, cinq employés de la maison d'édition Mighty Current, installée à Hong Kong, avaient été portés disparus, dont quatre libraires. Les soupçons s'étaient rapidement dirigés vers le gouvernement chinois, soupçonnés d'avoir vu d'un mauvais oeil des publications dissidentes ou jugées irrespectueuses envers le régime. Après trois de ses camarades, un quatrième homme disparu, Lam Wing-kee, vient de réapparaître, dans les mêmes étranges circonstances.

 

The forbidden city - Beijing

La cité interdite (photo d'illustration, Ib Aarmo, CC BY-NC-ND 2.0)

 

 

6 mois de disparition complète et... rien. Lam Wing-kee, de retour chez lui ce mardi 14 juin, selon Reuters, aurait demandé aux autorités de Hong Kong de clore le dossier relatif à sa disparition, et assuré ne pas avoir besoin d'aide du gouvernement. Il « a refusé de dévoiler d'autres détails » sur les circonstances de sa disparition, a expliqué la police de Hong Kong.

 

Les disparitions de cinq employés de la maison d'édition Mighty Current avaient été signalées en octobre 2015, ravivant des craintes vis-à-vis de la liberté d'expression en vigueur à Hong Kong, territoire spécifique face au géant chinois. Les États-Unis avaient officiellement demandé à Beijing de fournir des explications : un porte-parole de la Maison-Blanche estimait que ces incidents « [soulevaient] de sérieuses questions quant à l’engagement de la Chine vis-à-vis de l’autonomie de Hong Kong ».

 

D'autres éléments tendaient à confirmer l'hypothèse d'un enlèvement politique : « Le Global Times, une publication du parti communiste, a récemment fait paraître un éditorial accusant Mighty Current Publishing “d’attiser les tensions sur le continent” », signalaient ainsi plusieurs ONG en mars 2016.

 

Si Lam Wing-kee ne s'est pas exprimé sur les conditions ou les raisons de sa détention, le bureau de liaison Interpol Guangdong, extension de la Chine sur le territoire hong-kongais, avait fait parvenir un courrier à la police de Hong Kong expliquant que Wing-kee et deux autres employés de Mighty Current avaient été « impliqués dans des activités illégales sur le continent. [...] Des mesures pénales obligatoires leur ont été imposées et ils font l’objet d’une enquête. »

 

Selon les agents chinois, les trois hommes avaient mis en place un trafic d'ouvrages concernant près de 4000 exemplaires, diffusés en Chine auprès de 380 lecteurs dans 28 provinces malgré l'interdiction qui les frappait. « Je reconnais pleinement ma faute. Je suis prêt à être puni » avait alors confessé Lam Wing-kee, selon les autorités chinoises. Aurait-il, depuis, perdu la mémoire ?

 

De nombreuses ONG s'étaient émues de la situation des libraires et éditeurs en Chine, et cette conclusion ne lèvera bien sûr pas les inquiétudes. Les autorités chinoises ont évidemment refusé tout commentaire sur les disparitions, en soulignant que les agents de l'État ne feraient rien d'illégal dans le cadre de leurs fonctions. 

 

Un cinquième homme, Gui Minhai, détenteur d'un passeport suédois, serait toujours en détention, soupçonné d'avoir dirigé ce réseau clandestin d'export de livres. Il avait confessé à la télévision chinoise en janvier 2016 qu'il était revenu dans le pays afin d'être jugé pour un accident de voiture qui avait provoqué un décès, 11 ans auparavant.