Chine : un éditeur de manuels critiqué parce qu'il “idolâtre” la culture occidentale

Joséphine Leroy - 03.05.2016

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Alors qu’une nouvelle législation en Chine « rend beaucoup plus difficile la marge de manœuvre des ONG » et que le matériel pédagogique dit occidental ne serait « en aucun cas » autorisé dans les salles de classe, People's Education Press, le premier éditeur de manuels scolaires du pays, surprend : il ferait l’éloge, dans l'un de ses manuels à destination des élèves de primaire, de la « culture étrangère » et rabaisserait la culture de son pays. 

 

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(Anna Stodart / CC BY-NC-SA 2.0) 

 

 

Le débat a été lancé par un article, posté le 20 avril sur un site chinois et rapidement devenu viral, dans lequel le rédacteur critique vivement People’s Education Press, l’éditeur en question. L’éditeur mépriserait la Chine en « idolâtrant » les cultures étrangères. L'éditeur a fait savoir dans un communiqué que « choisir des textes avec des éléments étrangers tend à ouvrir aux élèves de nouveaux horizons, à cultiver leur esprit scientifique ». 

 

Toujours selon l’éditeur, cela les aide à « assimiler ce qui fait l’excellence de la culture ». Parmi ces « éléments étrangers », on trouve une « leçon sur l’amitié » avec des personnages aux noms russes, « une histoire sur l’honnêteté » avec des personnages japonais et une référence à Leonard de Vinci et Lénine. Par contraste, il y aurait dans ce même manuel l’histoire d’un Chinois paresseux et égoïste. 

 

« De telles accusations reflètent un esprit étriqué, nationaliste et un manque de confiance dans la culture du pays », se défend l’éditeur. Il ajoute que, dans le manuel, il fait aussi l’éloge de héros chinois, sans jamais avoir voulu rabaisser la culture du pays. Selon un enseignant de primaire, de plus en plus de manuels scolaires sont écrits par des auteurs étrangers alors que les manuels traditionnels, traitant par exemple de la ruralité chinoise, disparaissent progressivement.

 

Pour Wang Shi, la vice-présidente à la direction de la Chinese Culture Promotion Society, c’est un malentendu : « Je ne crois pas que les éditeurs aient voulu promouvoir la culture étrangère volontairement. Les accusations montrent que certains Chinois ne sont toujours pas confiants vis-à-vis de leur culture d’origine et qu’ils se tiennent toujours sur leur garde dès qu’il est question de culture étrangère. »

 

L’année dernière, le ministre de l’Éducation chinois, Yuan Guiren, affirmait qu’« en aucun cas les outils pédagogiques étrangers ne serviraient à répandre les valeurs occidentales dans les salles de classe ». Des professeurs universitaires auraient été dans l’obligation de se séparer d’outils. Un professeur d’histoire à l’Université de Beijing s’en était ému : « Ce n’est pas parce que nous utilisons un outil occidental que cela nuit à nos élèves ». Une des raisons qui expliqueraient ce rejet massif pourrait être le départ d’étudiants chinois à l’étranger : environ 300.000 étudiants chinois auraient intégré des universités américaines. Et si la fille du Président chinois, Xi Jingping, est à Harvard, ce n’est bien sûr pas la même chose. 

 

Sur son site, l’éditeur dit « adhérer au Parti communiste chinois » et appelle à « participer à la construction d’une société socialiste et harmonieuse ».

 

On a vu plus dégradant pour le pouvoir en place et pour la culture telle qu'il l'entend... 

 

(via Time et Global Times