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Chinua Achebe, Nobel posthume ? 'Ecoeurant, obscène et irrévérencieux'

Nicolas Gary - 20.05.2013

Edition - International - Chinua Achebe - Waole Soyinka - prix nobel


Alors que cinq noms auraient été retenus par l'Académie Nobel pour la Littérature, vient d'éclater dans le même temps, une vive polémique. En effet, suite au décès de Chinua Achebe, l'auteur africain d'origine nigériane, certains ont appelé à ce que lui soit donné le prix Nobel, à titre posthume. Une proposition qui fait enrager Wole Soyinka, lui-même détenteur d'un Nobel de littérature. 

 

 

Chinua Achebe

Chinua Achebe

cliff1066 (CC BY 2.0)

 

 

Dans un entretien accordé à Sahara Reporters, l'auteur revient sur l'enterrement d'Achebe, qui a eu lieu la semaine passée, et exhorte tout bonnement les cohortes de fans à cesser leur lobbying. Ayant reçu un nombre considérable de lettres lui demandant de plaider auprès de l'Académie pour que le Nobel soit attribué à titre posthume, Wole s'énerve. Pourquoi vouloir « confiner le monde de Chinua à un bunker qui serait éclairé d'une lampe sur laquelle on verrait le mot Nobel » ?

 

Il parle sans détour de doléances stupides, voire d'un comportement « écoeurant », qui frise « l'obscène et l'irrévérencieux. Cela désacralise sa mémoire ». Certes son titre de Nobel lui donne le droit de soumettre des noms à l'Académie, mais est-ce réellement le meilleur de projets à envisager que de remettre à Achebe cette récompense ? 

 

« Chinua a le droit d'être mieux accompagné vers la tombe qu'avec cette manifestation monotone, hypocrite de lamentations, orchestrée par ceux qui, comme on dit dans mon pays, ‘teignent leurs habits avec une couleur indigo la plus profonde possible'. Il mérite la paix. Moi aussi. Et actuellement, pas à titre posthume. » Autrement dit, que ceux qui soudainement se font plus royalistes que le roi se calment un brin sur les revendications honorifiques. 

 

Surtout, explique Soyinka, qu'Achebe n'est pas non plus ce « père de la littérature africaine », comme on a bien voulu le présenter - un titre que l'auteur lui-même combattait. Quelle classification pourrait d'ailleurs être plus idiote, comme toute autre classification, alors qu'Achebe partage avec tant d'autres auteurs, dans d'autres registres ou sous d'autres formes littéraires, la constitution d'une littérature africaine. 

 

 « Permettez-moi d'ajouter qu'un certain nombre ‘d'experts africains étrangers' se sont emparés de cette bêtise avec joie. Elle légitime leur ignorance, leur connaissance précaire, leur permet de circonscrire, puis d'adopter une approche condescendante de la littérature et de la créativité africaines. »

 

« La place de Chinua dans le canon de la littérature mondiale ? Elle se trouve partout où l'art du conteur est célébré - et y est définitivement assurée », poursuit Soyinka.