Cholestérol : un livre aurait-il incité les patients à cesser leur traitement ?

Cécile Mazin - 04.08.2016

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Paru aux éditions du Cherche Midi en septembre 2012, le livre des professeurs Philippe Even et Bernard Debré, Guide des 4.000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux, a rapidement déclenché une polémique. L’historique scandaleux du Médiator planait encore dans l’air et l’ouvrage au succès immédiat – 175.000 exemplaires écoulés, annonçait-on – avait rapidement défrayé la chronique. Le voici étrangement de retour...

 

Magic Pills

Jonathan Silverberg, CC BY 2.0

 

 

Les deux co-auteurs avaient déjà sévi contre l’industrie pharmaceutique, un an en arrière, suite au scandale du Mediator. Dans leur nouveau livre, ils estiment que près de 50 % des médicaments sont inutiles, et évaluent la facture du gaspillage de 10 à 15 milliards d’euros aux frais de la Sécurité sociale. Selon l’ouvrage, 5 % des produits pharmaceutiques représentent un risque majeur pour la santé.

 

Or, près de quatre ans plus tard, voici que des chercheurs du CHU de Bordeaux, associés à l’université, reviennent sur les conséquences de cette parution. Il semblerait que nombre de patients aient choisi de mettre un terme à leur traitement contre le cholestérol. Et que cette décision fut motivée par la lecture du livre : les chercheurs ont constaté une hausse de 40 % des arrêts de traitement en 2013. 

 

Or, pour Julien Bezin, chercheur Inserm, « cette augmentation est inversement proportionnelle au risque cardio-vasculaire des patients ». Une simple observation, nuance-t-il, ajoutant qu’il n’est pas possible d’opérer une relation de causalité entre l’ouvrage et l’arrêt des traitements. Toutefois, comme une hausse de la mortalité a été constatée, les inquiétudes vont de pair dans le milieu médical. « Nous aurions besoin de réaliser une étude sur la base nationale de l’Assurance-maladie pour conclure, explique le chercheur bordelais. Nous avons d’ailleurs déposé une demande de financement en ce sens », ajoute-t-il.

 

De fait, les patients qui étaient traités de manière préventive sont plus nombreux à avoir mis un terme à leurs soins que ceux présentant un risque cardio-vasculaire. 

 

« Il est difficile d’établir un lien direct entre communication médiatique et arrêt de traitement, on peut juste observer qu’à partir du moment où le livre est sorti, il y a eu plus d’arrêts de traitement par statines, alors que sur le plan scientifique, il n’y a pas eu de nouveautés majeures pendant la période étudiée pouvant l’expliquer », indique Julien Bezin. 

 

Et dans le même temps, le professeur Philippe Even revient à la charge : « Les firmes pharmaceutiques ont gonflé artificiellement l’importance du cholestérol. Elles cachent leurs données gênantes. Et imposent la loi du silence, comme une vraie mafia. »

 

Rappelons que les deux auteurs avaient écopé d’une interdiction d’exercer durant une période d’un an, sanctionnés par l’Ordre des médecins. Les deux hommes étant déjà retraités, la sanction était avant tout symbolique, mais choquait Bernard Debré. « Nous sommes sanctionnés parce qu’on a dit ce qu’on pensait, c’est un délit d’opinion, cela ne tient pas une seconde. »

 

Dans leur livre, les conclusions étaient pour le moins alarmantes : la liste de médicaments choisis montre que 50 % d'entre eux sont inutiles, 20 % mal tolérés par les patients et 5 % ont un potentiel très dangereux. Cependant, pour rester dans l'incompréhensible, ils sont 75 % à être remboursés. Or, si la Sécu arrêtait de les rembourser, elle pourrait économiser entre 10 et 15 milliards €. Du pur délire.

 

À retrouver les aliments et le cholestérol.

 

 

via Le soir, Le Figaro