Chris Hedges : Plagiaire en série où simplement mal édité ?

Julien Helmlinger - 24.06.2014

Edition - International - Plagiat - Chris Hedges - Journalisme


Au début du mois, sur le site web de New Republic, l'écrivain Christopher Ketcham évoquait un manuscrit signé du journaliste et lauréat du Pulitzer Chris Hedges, qui aurait été envoyé à la corbeille par Harper's Magazine en 2010 pour des allégations de plagiat. Un membre de la rédaction aurait selon lui découvert des signes flagrants de ressemblance entre ce reportage sur la pauvreté dans la ville de Camden et un autre papier signé Matt Katz, du Philadelphia Inquirer. La semaine dernière, Chris Hedges y est allé de son droit de réponse, soutenant que les propos de Ketcham étaient faux et que son attitude journalistique était contraire à l'éthique.

 

 

 

 

Pour Christopher Ketcham, le « polémiste » et « moraliste de gauche » Chris Hedges serait un plagiaire multirécidiviste. Il estime notamment que son best-seller War Is a Force That Gives Us Meaning contiendrait un passage pompé dans A Farewell to Arms par Ernest Hemingway, entre autres prétendus emprunts. Quand par ailleurs, Ketcham accuse également le lauréat du Pulitzer 2002 d'avoir plagié sa propre épouse Petra Bartosiewicz, elle-même contributrice au Harper's.

 

Visiblement remonté, il explique avoir cherché à publier son papier dénonciateur depuis 2012 sans trouver preneur. Et c'est en effet toute une flopée de ressemblances troublantes, observées entre divers écrits de Hedges et d'autres sources, qu'il aura compilées dans son article fleuve.

 

Dans le cas du reportage renvoyé à la corbeille, selon Ketcham, un vérificateur de faits aurait été chargé par un autre membre de la rédaction de discuter avec Hedges de cette question de ressemblances entre son travail et celui de Matt Katz. Le journaliste leur aurait répondu avoir agi avec l'autorisation de son confrère avec lequel il aurait partagé le projet de reportage. Mais quand ils ont questionné ce dernier, il leur aurait affirmé n'avoir jamais vu le manuscrit de Hedges sans vouloir entrer dans les détails.

 

Finalement selon Ketcham, le rédacteur Theodore Ross, le vérificateur de faits resté anonyme, la rédactrice en chef Ellen Rosenbusch et d'autres membres de la rédaction de Harper's, auraient après quelques réunions pris la décision de ne pas publier le manuscrit de Chris Hedges. Une nouvelle qui n'aurait pas bien été accueillie ensuite par le signataire du reportage, furieux de se trouver accusé d'avoir manqué un bon sujet en ne voulant pas faire son travail.

 

Répondant au papier de Ketcham la semaine passée, Chris Hedges a nié être un plagiaire et estimé que son confrère Ketcham était motivé par une envie de lui nuire. 

 

En revanche l'écrivain admet, en ce qui concerne Hemingway, d'avoir réutilisé par erreur une note sans attribuer de crédit à l'auteur. Ce qui n'aura pas été corrigé dans le bouquin au motif de coût de repagination jugé prohibitif, avant que l'éditeur ne change la citation dans une édition ultérieure de War Is a Force That Gives Us Meaning. De même pour d'autres passages, notamment ceux empruntés à l'épouse de Ketcham, Chris Hedges aurait à l'origine prévu de les incorporer en tant que blocs de citation et pointe des soucis au moment d'éditer les publications.

 

On citera le Pulitzer comme il aurait dû citer ses sources : 

Mon travail en tant que journaliste et auteur a été consacré à dire la vérité. J'ai fait des erreurs, et j'en ferai sans aucun doute à l'avenir. Mais je cherche toujours quand je découvre ces erreurs, ou quand elles sont découvertes par d'autres, à faire des corrections. Je n'ai pas volontairement fait de mal à personne ni ne me suis approprié aucun travail. Les écrivains, en particulier ceux qui ont produit, comme moi, des centaines de milliers de mots en copies imprimées, sont faillibles. Ce qui importe est l'intention et la volonté d'assumer jusqu'aux erreurs ou fautes involontaires. J'ai toujours travaillé, et je vais continuer à travailler, à être aussi transparent et honnête que possible.

 

Certains critiques estiment qu'un écrivain ne peut pas reprocher toutes ses erreurs à ses éditeurs, surtout si elles s'accumulent de la sorte. Cependant, la directrice du Nation Institute, dont est membre Chris Hedges, Taya Kitman, interrogée à ce propos par Ketcham, lui aurait expliqué être au courant de l'affaire depuis quelques mois. Elle aurait dit pour sa part que le Nation Institute et Nation Books ont dans la foulée mené leur enquête interne sans trouver de cas avéré de plagiat dont se serait rendu coupable le principal intéressé, « l'un de nos intellectuels les plus précieux et dont on ne se lasse pas ».