Christiane Taubira : “Ils ne meurent ni Français ni binationaux. Ils meurent en morceaux.”

Cécile Mazin - 01.02.2016

Edition - Les maisons - Christiane Taubira - déchéance nationalité - livre publication


Alors que certains s’échinent toujours à pirater le livre de Nicolas Sarkozy, soucieux de ne pas verser un cent à son auteur, d’autres se dirigeront vers les librairies à la découverte d’un bien plus intéressant ouvrage. Murmures à la jeunesse, signé par Christiane Taubira, fait suite à son départ du gouvernement. Et le motif du livre et de l’abandon sont les mêmes : la déchéance de nationalité. Et d’autres joyeusetés.

 

Maison de la poésie

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Soigneusement dissimulé avant sa publication, le livre est publié aux éditions Philippe Rey, et donne à l’ancienne Garde des Sceaux l’opportunité d’un réquisitoire contre la déchéance de nationalité, que porte le gouvernement. C’est ce sujet, qui doit être examiné dans quatre jours à l’Assemblée nationale, qui avait entraîné sa démission du gouvernement. 

 

« Je ne suis sûre de rien, sauf de ne jamais trouver la paix si je m’avisais de bâillonner ma conscience », y écrit Christiane Taubira. « Céder à la coulée d’angoisse et se laisser entraîner, au lieu d’endiguer, signe la fin du Politique et de la politique. Le glas. Plus fatal que l’hallali. »

 

L’ouvrage aurait été imprimé à 40.000 exemplaires (ou 45.000), et présenté dans un grand anonymat aux libraires. Le président de la République aurait cependant reçu, le 22 janvier dernier, un exemplaire. Et ce, quelques quatre jours avant que la ministre de la Justice n’annonce qu’elle quittait son poste. 

 

Osons le dire : un pays doit être capable de se débrouiller avec ses nationaux. Que serait le monde si chaque pays expulsait ses nationaux de naissance considérés comme indésirables ? Faudrait-il imaginer une terre-déchetterie où ils seraient regroupés ?

 

Sur une centaine de pages, manifestement imprimées en Espagne, elle évoque plus globalement la question du terrorisme, pour aboutir au projet de loi. Elle en souligne une fois encore l’inefficacité à venir, et cause de son « désaccord politique majeur ». 

 

 

 

Évidemment, le livre ne manque pas de susciter l’intérêt dans la presse politique : le plaidoyer écrit, facilité par son départ, exprime une désapprobation supplémentaire de la volonté manifestée par François Hollande. Pourtant, à aucun moment l’ancienne ministre n’attaque frontalement : l’ouvrage aurait été rédigé bien avant qu’elle n’ait pris sa décision. Et elle ne manque pas de saluer le comportement du président Hollande, suite aux attentats du 13 novembre 2015.

 

L’éditeur insiste d’ailleurs que sa rencontre avec Christiane Taubira n’était pas motivée par la publication d’un livre de politicienne. « Elle ne nous a rien dit sur sa démission, mais c’était intrigant pour moi, car j’imaginais qu’une ministre en exercice allait avoir quelques ennuis en publiant un texte comme cela avant un débat politique majeur... Mais pour nous, il devait être mis en vente avec la mention de l’auteure comme ministre de la Justice », précise l’éditeur.

 

Quel effet sur des terroristes (...) qui célèbrent leurs noces avec la mort ? [...] Quel effet sur les mêmes ? Ils ne meurent ni Français ni binationaux. Ils meurent en morceaux.

 

Et de souligner que ses relations avec les libraires ont pu faciliter ce déploiement d’ouvrages. « Les libraires ont bien joué le jeu, car ils savent que nous ne sommes pas coutumiers du fait et que donc, c’était important. »

 

Je prétends, là, éclairer. Non par la Vérité, car je ne sais si elle est majuscule et singulière. Mais par la cohérence et la fidélité à moi-même, à mes engagements, à ma vie, à ceux qui croient en moi. C’est la seule légitimité qui m’autorise à m’adresser à vous, jeunes gens, jeunes filles, en aînée responsable et avec tendresse.

 

Réquisitoire, plaidoyer, manifeste, apostrophe : il restera à découvrir le livre pour mesurer sa portée. Ce dont on ne doutera pas trop, c’est de l’implication de son auteure dans le sujet. Et surtout, de ne pas voir que le grand absent, jamais cité, n’est autre que Manuel Valls.

 

(via Le Monde, France 2, Le Parisien)